Après quatre mois et demi d’interruption dus à l’épidémie de coronavirus, le championnat de basket nord-américain va se terminer à Disney World en Floride, mais à huis clos. Une décision qui n’est pas sans conséquences, notamment économiques. Entretien avec Frank Pons, directeur de l’Observatoire international en management du sport à l’université Laval à Québec. 

RFI : Dans quel état économique se trouve la NBA, qui va terminer sa saison à Orlando (Floride) après quatre mois et demi d’inactivité ?

Frank Pons : La NBA s’en sort mieux que d’autres ligues, parce que sa marque est globale et établie. Mais cette année sera sans doute la pire saison dans l’histoire pour les sports professionnels et donc pour la NBA. Les habitudes ont été complètement changées. C’est une très mauvaise saison, où l’on sauve les meubles. La plus grosse peur, c’est ce qui va se passer ensuite : est-ce qu’on va être capable de reprendre ?

Les ligues en position plus fâcheuse sont la MLS (Major League Soccer), la NHL (Ligue Nationale de Hockey) qui ont besoin des spectateurs pour rentrer de l’argent, qui ont un modèle économique bâti autour de l’expérience-fan. C’est aussi le cas de la NBA, mais elle bénéficie de droits TV très élevés. Elle a une empreinte dans les médias sociaux, y compris ailleurs dans le monde, qui est très forte, avec le relationnel des joueurs et des équipes. La NBA est capable d’aller chercher des revenus auxiliaires, comme est aussi capable de le faire la NFL (ligue de football américain). Ces deux ligues s’en sortent mieux que les autres sans spectateurs. Cela explique aussi pourquoi elles ont repris rapidement. 

Le fait que cette fin de saison NBA se déroule sur un seul site en Floride aura-t-il des conséquences financières ?

Bien sûr des villes vont perdre de l’argent parce qu’elles n’auront pas de spectateurs pour assister aux matchs. Mais ce qui détermine le modèle NBA à l’heure actuelle, ce sont les droits TV, avec un système de partage équitable des revenus entre les franchises. Et que l’on joue dans une ou plusieurs villes, ils seront les mêmes. L’ambiance dans « une ville-bulle » sera certes différente. Mais les fans ont été privés de basket pendant longtemps, ils vont donc regarder ces matchs. En regroupant les matchs dans une ville, on a réduit les revenus, mais au moins on est sûr de pouvoir tenir l’événement, malgré des cas de coronavirus chez les joueurs et leurs entourages.

Est-ce que cette crise peut être l’occasion de changer quelque chose dans le spectacle NBA ?

Il faut savoir que la NBA a toujours innové, en matière d’expérience-fan, avec la réalité augmentée. C’est son ADN. C’est sans doute la ligue la plus avancée en terme d’utilisation des médias sociaux. Celle qui touche le public le plus jeune en Amérique du Nord, alors que toutes les autres ligues ont un public vieillissant. C’est une ligue qui est agile. La crise actuelle peut lui offrir d’autres opportunités. 

Qu’en est-il de son expansion en Chine ?

Cela fait des années que la NBA travaille la Chine en profondeur. C’est la ligue américaine la plus internationale, alors que la NFL ou la NHL ont échoué par exemple en Europe. Le basket est un sport facilement vendable, qui utilise peu de joueurs. L’avenir de la NBA est aussi en Afrique. Grâce à la formation et aux actions de développement menées depuis des années sur le continent, des joueurs africains sont en train d’exploser, comme l’ont fait de nombreux joueurs européens ou Yao Ming à son époque. Aujourd’hui, le problème avec la Chine est politique. Il faudra voir comment ça évolue avec l’élection présidentielle aux Etats-Unis. 

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