Journée presque terrible pour elles. Les occupants estiment être lésés et déçus de l’État. Ils sont plus de 800 détenteurs de permis d’occuper voire de lettres d’autorisation du maire du District de Bamako, qui ne cachent pas leur colère. L’opération de démolition concerne 1660 hectares pour libérer cette zone hautement stratégique.

Le ministre des Affaires foncières, de l’Urbanisme et de l’Habitat, Dionké Diarra a lancé jeudi dernier l’opération de démolition de toutes les constructions illicites dans la zone aéroportuaire. Une opération qui s’est déroulée en présence des ministres de la Sécurité et de la Protection civile ; des Transports et des Infrastructures. Qui l’eut cru ?

Personne surtout quand on sait que depuis plusieurs années l’Etat faisait face à un incivisme criard eu égard aux comportements des responsables municipaux et autres cadres. Ceux-ci ont eu la mauvaise habitude de morceler des domaines publics en violation des règles et principes. Ceux qui ont accepté de payer, de construire et occuper ces terres sont également dans l’illicite.

Les raisons de la démolition

Dans une note d’un conseiller technique du ministère des Affaires foncières, de l’Urbanisme et de l’Habitat, le gouvernement, évoque les mauvais pratiques de certains élus et fonctionnaires ayant favorisé l’occupation illicite de la zone aéroportuaire. Cette situation est due à  l’« incivisme criard et profond du fait de certains élus municipaux ; d’agents de l’État ;  et de certains citoyens ». Dans ledit document, le Conseiller dénonce ainsi le morcellement du domaine public de l’État par des maires, des préfets, sous-préfets, voire des gouverneurs en violation des textes. Or, indique la note, le domaine aéroportuaire est classé suivant le décret N° 99-252/P-RM du 15 septembre 1999 portant classement d’une parcelle de terrain à usage d’entreprise aéroportuaire d’une superficie de 7194 hectares. Un espace qui fait l’objet de lotissement et d’occupations illicites, déplore le département, rappelant qu’une démolition a été faite en 1995 par l’État dans la même zone. « Ces occupations illicites ont atteint une telle ampleur que l’aéroport est menacé de retrait de sa licence par les autorités de l’aviation civile internationale », indique le gouvernement. Pourtant, selon ministère de la tutelle, si ce retrait intervenait, il priverait le Mali des vols internationaux.

Cette décision de démolition a été ainsi prise par les autorités de la transition après le constat de l’ampleur et le caractère irrégulier desdites occupations. Ainsi, pour la démolition effective des constructions illicites de ces zones aéroportuaires, un montant total de 320.888.628 est prévu. C’est l’entreprise Africa Construction corporation (ACC) qui est sélectionnée pour les travaux.

La colère des victimes !

« Dans ce pays, jamais il ne peut y avoir de paix. Nous avons tous été surpris de cette démolition. On aurait dû nous informer au moins, au lieu d’agir ainsi. On nous a traité comme des étrangers dans notre pays. Mais on se remet à Dieu, puisque les pauvres n’ont jamais eu raison dans ce pays », exprimaient les victimes. Femmes, enfants, comme chefs de familles, tout le monde est resté bouche bée. Pendant que certains monologuent, exprimant leur désarroi, d’autres se mettaient à pleurer, employant des propos lamentables. « Mon mari ne peut plus rien faire, il a 75 ans. Cela nous faisait 26 ans en location. Mes enfants sont petits, ils n’ont rien. Pas de travail et il est même difficile d’avoir les frais de condiments parfois. Je faisais la construction de mon terrain grâce aux frais que j’obtenais dans l’entretien de mon petit jardin », expliquait Kandia Diarra qui ne cessait de pleurer.

Quant à Kadiatou Samaké, elle affirme « nous n’avons aucun moyen. Je peux dire que nous (victimes) ne sommes pas Maliens comme les autres. Nous nous confions à Dieu, parce que nous n’avons aucun pouvoir pour réagir. Nos autorités nous ont tués, parce que nous n’avons aucun espoir ». Nouhoum Bouaré, une autre victime ajoute : « je détiens mon permis, ma lettre de construction, et ma notification délivrés par le maire Adama Sangaré. On m’a remis cet espace après avoir détruit le premier ».Le mal, dit-il, c’est que personne d’entre nous n’a été avisée à propos de cette démolition. « Ce pays est toujours comme ça, les pauvres ont toujours été victimes de pareilles décisions étatiques. Je me demande si on doit même chasser son chien de cette manière », martèle Nouhoum Bouaré, chef de famille de 18 personnes qui dit être obligé d’aller à Ségou, en raison de la destruction du seul terrain qu’il a eu dans sa vie. Le maire Adama Sangaré est un agent de l’État, pourquoi l’Etat lui a laissé délivrer des pièces d’autorisation aux citoyens ? S’interroge Tidiane Diarra. C’est l’État qui est responsable de toute cette situation. Il ne fallait pas du tout laisser les gens construire.

Tout le désordre a commencé sous la transition en 2012.

En effet c’est à cette période que l’occupation anarchique du domaine aéroportuaire a pris de l’ampleur. On a enregistré 8 arrêtés d’attribution de parcelles pour une superficie de 60 hectares et 206 décisions  d’attribution Après la transition, sous IBK, Moussa Mara premier ministre et Bathily ministre de la justice ont interpellé Seydou Nantoumai de togouna et placé en détention un ministre de la transition David Sagara des domaines. L’état venait ainsi de mettre fin à une grande magouille foncière. Malheureusement les 219 convocations et 120 PV transmis aux procureurs du pôle économique sont restés sans suite. Les occupants des lieux dont des magistrats et d’autres personnalités de la République ont continué de travailler sur leurs chantiers parcequ’ils détiennent des autorisations dûment signées par le maire du district, Adama Sangaré.

Un nouveau quartier a surgi dans la zone aéroportuaire Kidalbougou. IBK a attendu son deuxième mandat pour libérer le domaine aéroportuaire. Mais devant la fronde sociale née des législatives truquées il a demandé de surseoir à la démolition des habitations illicites.

Voilà un dossier sur lequel la fédération des anciens travailleurs de l’aviation civile du Mali travaillait.  Convaincus que le domaine aéroportuaire est inaliénable, imprescriptible et insaisissable; Sachant que les autorités administratives et coutumières n’ont pas qualité pour attribuer des parcelles de terrain dans le domaine aéroportuaire,

Nous, anciens travailleurs de l’aviation civile du Mali félicitons la transition pour ce travail remarquable de déguerpissement, second du genre depuis 1995. Dixit Barro

Ces occupations du domaine aéroportuaire ont fortement sapé le moral des autorités de l’aviation civile. Fort heureusement que les autorités de la Transition ont pris la responsabilité.

L’opération de démolition a commencé par la zone contiguë à la piste de l’aéroport avec étals, restaurants et magasins de vente. Une opération considérée de salut public car la zone aéroportuaire était sauvagement agressée et devenue un danger pour la navigation aérienne. Les premières victimes de démolition de la zone aéroportuaire avaient été indemnisées dans un passé récent.

A en croire les autorités compétentes, les opérations de démolition vont se poursuivre dans l’intérêt du Mali et des Maliens. Un important dispositif est sur place pour les sécuriser.

Bakary M. COULIBALY

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