La tenue ou non de ce procès n’est pas une affaire banale, car ce procès de Amadou Haya Sanogo est co-inculpés ne se base pas à abaisser des droits de douane, comme c’est le cas avec d’autres… on tiendra aussi le procès des marcheurs de l’histoire, ceux qui ont des semelles de vent pour apaiser tous les tournements du temps. C’est un procès qui depuis qu’on l’attend va démanteler nos normes, notamment sociales. Les accusés, qu’ils sont, ont déjà reçu dans les jours passés un tombereau de demandes de pardon par le seul fait de la clément divine… la fiction occupe une place grandissante dans nos vies, mais si nous aimons nous faire peur, n’est-ce pas pour mieux savourer ensuite notre confort, nous rassurer ? Apprenons à faire quelque chose de nos frustrations. Apprivoiser nos fautes, c’est essentiel pour ne pas s’en laisser imposer par ceux qui voudraient nous dresser les uns contre les autres pour mieux nous gouverner.
Il y a cette formule empruntée et connue de Shakespeare, devenue un grand classique du commentaire diplomatique « Il faut une longue cuillère pour manger avec le diable ». De tous les diablotins qui comptent notre pays actuellement, c’est sans doute à Amadou Haya qui s’applique le mieux. De quel propos stratégiques, notre soldat qui a rompu les rangs avec ses compagnons d’alors en 2012, va-t-il proposer pour sortir de l’impasse, lui qui nous a imposé dans le temps son rapport de force. Amadou Haya, dans le prétoire, c’est donc un pari assez risqué, pour lequel « une longue cuillère » ne sera pas de trop.
L’essentiel n’est pas dans un accord politique. Il ya en cela autant de réponse que de juristes…
Comment peut-on planter ce militaire ? Derrière chaque réussite, il y a un rêve. L’audace, c’est d’y croire. On l’a vu comme « tête brulée ». Etait-cet assez dit ? Aujourd’hui, ou plutôt les premiers moments de la prise du pouvoir passé, Amadou Haya a su faire d’un simple vêtement de chef d’une équipée, un emblème chic à la malienne. Il a fini général de Brigade. Excusez du peu. Depuis qu’à la sortie d’une saison de la cour des assises, un de nos bretteurs en droit avait déclaré qu’il fallait savoir terminer un procès-comme on le fait si bien pour un vote- alors un parfum de vertu flottait. On était là à se répéter que selon les résultats de ce procès à tenir, on saura si la prise en compte de l’urgence clinique de notre démocratie – saison III – était une réalité pour que les uns s’en aperçoivent ou s’il ne s’agissait que du Viol de nos convictions. Pour ce qui est de la tenue de ce procès, disons-le on aura la possibilité de refuser de l’ouvrir et d’ouvrir ainsi une période d’inconnu… ceux qui n’avaient pas les 20 ans au moment de ces faits ont-ils oublié que les gens arrêtés après le putsch de 1968, furent renvoyés chez eux sans une autre forme de procès, dans leurs foyers leurs jetant simplement à la figure en 1978….que le Mali avait changé sans eux et qu’ils devaient se tenir à carreau… on ne peut analyser le rapport de Amadou Haya à la destinée sans passer par des détours. Dans le Mali d’aujourd’hui, si le soldat solitaire qu’il fut sur un rond-point, il n’en demeure pas moins que les actions ont permis de comprendre les raisons de la colère de la bande de putschistes. Souvenez-vous, son coup de force, il l’évoquait pour soigner notre « fatigue démocratique ». Seulement voilà, ainsi va le pouvoir, se donnant en lumière avec ses erreurs, ses vices et ses vertus, cela a rendu à la longue le tyran de lui-même et dans la nature. Il a exploré en 2 ans toutes ses failles narcissiques jusqu’au vertige d’une célébrité qu’il a recherché et détestée. Si un jour, ce procès venait, Amadou Haya aura cette habitude de rentrer en lui-même et qui lui fera perdre le sentiment et jusqu’au souvenir de ses maux. Ainsi comprendra-t-il qu’il ne dépend pas des hommes de rendre vraiment misérable celui qui sait vouloir être à la tête des autres….
ALBELA
Source : La Veridiqur

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