
La communauté internationale célèbre le 12 avril de chaque année, la journée des enfants de la rue. L’objectif de cette journée est d’accroître la sensibilisation du public sur les réalités du phénomène des enfants vivant en situation de rue et de porter le plaidoyer devant les décideurs pour une meilleure protection des droits de ces enfants…

Acteur de première ligne dans la lutte contre le phénomène au Mali, le Samusocial Mali alerte sur l’évolution du phénomène à Bamako et invite les pouvoirs publics à l’action.
En lien avec la crise multidimensionnelle qu’il traverse depuis 2012, le Mali est confronté à de nombreux défis en matière de protection de l’enfant. Parmi ces défis, la problématique des enfants vivant en rue devient de plus en plus une préoccupation majeure.
L’évolution de ce phénomène à Bamako au cours des dernières années interpelle tous, pouvoir public, organisation de la société civile et communauté. L’une des dimensions de cette évolution est la forte croissance du phénomène constatée par le Samusocial Mali au cours de ces dernières années.
Visible de nos jours dans toutes les grandes villes du pays, les enfants vivant en rue sont surtout concentrés à Bamako. Ainsi, dans la capitale, où il intervient depuis 2001, le Samusocial Mali fait face à une forte augmentation de la population des enfants et jeunes vivant en rue depuis 2015.
D’une population moyenne d’environ 800 enfants et jeunes pris en charge chaque année, avant cette période, le Samusocial Mali a enregistré au cours de cinq dernières années, en moyenne 2100 enfants et jeunes vivant en rue pris en charge.
Un aspect de cette croissance du phénomène est l’augmentation de la gent féminine au sein de la population globale des enfants et jeunes vivant en rue. Représentant à peine 30% de la population bénéficiaire du Samusocial Mali avant 2015, les filles et jeunes mères vivant en rue ont dépassé le nombrer de garçons pris en charge en 2025 et ont atteint 55% de la population prise en charge au cours de cette année.
Il faut également souligner la cohabitation de plusieurs générations de personnes vivant en rue (mineurs, adolescents, jeunes et adultes), comme un aspect de l’évolution du phénomène. Dans cette même logique, l’on assiste de plus en plus au phénomène des bébés nés dans la rue.
Si les enfants vivant en rue affirmaient avec fierté qu’ils viennent tous d’une maison et pour signifier surtout leur rejet par les parents et la société, force est de reconnaitre aujourd’hui que certains enfants vivant en rue n’ont pas eu cette chance de naître et de faire les premiers pas de la vie dans un cadre familial.
Une autre dimension du phénomène qui préoccupe les acteurs de la protection de l’enfant, reste la prégnance des violences dans l’environnement de vie des enfants et jeunes vivant en rue et leur privation de certains droits fondamentaux.
Une enquête réalisée en 2021 a démontré que les enfants et jeunes vivant en rue sont victimes d’insultes à 99% ; d’extorsion d’argent à 100% ; de travail forcé à 91% ; de coups et blessures physiques à 100% ; de viols ou tentatives de viol à 96% pour les filles.
Une autre enquête réalisée en 2025 a mis en exergue la privation des enfants vivant en rue de droits fondamentaux reconnus par la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) et la Charte africaine des droits et du bien-être des enfants (CADBE).
83% des enfants rencontrés au cours de cette enquête trouvent qu’ils ne sont pas traités comme les autres enfants, 28% déclarent n’avoir pas d’acte de naissance, 47% déclarent avoir subi des violences physiques dans leur famille, 37% disent avoir été victimes de violences des forces de l’ordre, 43% affirment avoir subi des violences sur les sites qu’ils fréquentent, 65% se sentent rejetés par les agents de santé, 29% n’ont pas été à l’école, 51% ont été arrêtés au moins une fois par les forces de l’ordre et 36% disent avoir fait la prison.
Dans le contexte actuel de fragilisation des ressources financières des organisations de la société civile, limitant leur capacité d’action, l’intervention des pouvoirs publics est plus que jamais nécessaire pour une réponse adéquate à l’évolution du phénomène dans notre pays.
A cet effet, nous invitons les plus hautes autorités du Mali à véritablement s’inscrire dans les dynamiques lancées au plan mondial et régional pour lutter efficacement contre le phénomène des enfants et jeunes vivant en rue dans notre pays.
Dans cette perspective, le Samusocial Mali exhorte le Gouvernement à se référer à l’observation générale N°21 du Comité des droits de l’enfant (CDE) des Nations Unies, adoptée en 2017 afin de fournir aux Etats des orientations stratégiques sur la manière d’élaborer des stratégies nationales globales de prévention et de réponse au phénomène des enfants de la rue.
Aussi, étant un phénomène essentiellement urbain, le phénomène des enfants et jeunes vivant en rue interpelle également les collectivités locales de notre pays.

A cet effet, il est à souligner qu’une ambitieuse ‘’Campagne panafricaine pour des villes africaines sans enfants en situations de rue’’ d’ici 2023 a été lancée en 2018 par les Cités et Gouvernements locaux Unies d’Afrique (AfriCités), lors de son 8ème sommet à Marrakech au Maroc.
Cette initiative a pour but de mobiliser le plus grand nombre de villes africaines pour engager des actions, afin de garantir la protection, la dignité et la réintégration des enfants de la rue.
En adoptant en 2025 un plan d’action de lutte contre le phénomène des personnes en situation de rue à Bamako, élaboré conjointement avec les acteurs associatifs et publics intervenant auprès de ces personnes, la Mairie du District de Bamako a déjà pris une option sûre pour être au rendez-vous de 2030.
Alou COULIBALY, Directeur du Samusocial Mali
