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La pose du premier panneau d’une centrale solaire d’une très grande puissance est une très bonne chose pour le Mali qui, en allant vers le solaire de façon si déterminante, amorce ainsi une phase cruciale de transition énergétique pour sortir de la crise qui plombe l’économie nationale et exacerbe les inégalités sociales.  La transition énergétique doit déboucher rapidement sur une vraie politique de mix-énergétique en inaugurant des projets dans divers domaines comme l’hydro-électricité et l’éolienne, en plus du solaire. Autant de possibilités qui s’offrent au Mali. Mais à quel prix?…

Avec la fourniture d’un maximum de quatre heures d’électricité par jour, la société nationale de production et de distribution d’énergie électrique, la tristement célèbre EDM-SA, est en quasi-faillite. L’économie nationale en est la première victime parce que plombée. Au niveau des ménages, l’inégalité sociale se trouve exacerbée, les uns affichant qu’ils ont les moyens de se payer le luxe d’un groupe électrogène ou d’une installation d’un système d’acquisition de l’énergie solaire, tandis que les autres souffrent stoïquement dans la chaleur et l’obscurité, faute de courant.


Dans la situation actuelle du Mali, toute initiative destinée à améliorer la production et la distribution de l’énergie électrique est donc la bienvenue. Cependant, comme le dit si bien un adage africain : “Avoir très soif en cas de coupure de la fourniture d’eau ne doit pousser à se précipiter de boire l’eau de lessive car ce sera la honte, voire la désolation, si l’eau recommence aussitôt à couler du robinet”.

C’est pour rappeler que les investisseurs, n’étant pas des enfants de cœur, peuvent tenter de profiter de la détresse nationale que représente la crise énergétique pour donner l’impression de venir au secours du Mali qui se retrouvera en réalité pris au collet par les conditionnalités. C’est déjà bien de penser, voire même de se décider à investir dans le mixte énergétique en mettant en place un système puissant de production d’énergie solaire. Surtout que la capacité de production de la centrale dont la première pierre a été posée, telle qu’annoncée, devra satisfaire les besoins de Bamako et mettre la capitale malienne à l’abri des délestages intempestifs.

Cependant, la forme de financement intéresse tout aussi bien que la capacité de production. Ce qui amène la question suivante : Est-ce bien vrai que cette centrale va fonctionner 10 ans comme propriété des partenaires russes, avant d’être transférée au Mali, comme on le laisse entendre par-ci par-là ? Le Gouvernement, qui appelle depuis le début de la Transition à une gestion transparente des ressources et contrats publics, devra donc réagir en donnant les bonnes et vraies informations afin de mettre fin aux supputations.

De toute façon, des spécialistes de la question affirment, qu’en la matière, le financement privé international par le canal du B.O.T est la moins bonne solution. Le souhait des spécialistes contactés est, dans pareil cas, de voir l’Etat du Mali financer lui-même ce genre d’opérations, même s’il faut recourir à des prêts sur le marché financier international. Cette palette de réalisations justifie amplement un endettement du pays.

En effet, bénéficier d’un prêt pour une centrale qui lui appartient totalement, puisque le soleil est gratuit, est l’option à privilégier puisque permettant, en ce moment-là, d’avoir un contrôle sur la production et la commercialisation aux fins de vendre l’électricité aux Maliens à un prix raisonnable.  En plus, c’est un pas vers la souveraineté énergétique véritable.

Toujours parlant de souveraineté, s’il faut recourir au capital privé, pourquoi ne pas faire appel au secteur privé national ? Ce dernier a les moyens de financer de tels projets, pourvu que le business plan puisse convaincre de la nécessité d’une levée de leurs fonds. Qu’on y pense alors pour les projets à venir !

Par ailleurs, au plan technique, le soleil ne pouvant fournir de l’énergie que durant une partie de la journée, il va falloir penser au processus de stockage qui, pour le moment, n’est pas très économique. C’est donc un dispositif qu’il faut prévoir pour compenser les carences de production à des moments de l’année ou même de la journée, au cours desquels la source d’énergie qu’est le soleil est moins rentable.

Il faut que le Mali continue dans la voie de la transition énergétique pour sortir de ce gouffre à sous qu’est l’énergie thermique, surtout avec de très vielles machines, prédatrices en matière de consommation de carburant.  Mais pour éviter de tomber dans certaines erreurs qui pourraient être des facteurs bloquants à l’avenir, il faut veiller sur les contrats des nouvelles centrales. Par ailleurs, il ne faut pas que l’urgence empêche de négocier des conditionnalités garantissant une offre de prix du kilowatt heure supportable pour le consommateur.

En attendant, les Maliens se posent les questions suivantes : comment la dette sera-telle remboursée ?  Si c’est bien un B.O.T. qui permet à la société russe d’exploiter la centrale pendant dix ans avant de la rendre au Mali, comme cela se dit, est-ce une bonne option, connaissant la fragilité des centrales solaires qui nécessitent d’énormes charges d’entretien en vieillissant ? Wait and sea.   

Amadou Bamba NIANG Journaliste et Consultant

Source : Aujourd’hui Mali

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