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Répondant à l’invitation de GAVI, l’Alliance du vaccin, et de l’Union Africaine, le Président Bassirou Diomaye Faye a participé, le 20 juin 2024 à Paris, en compagnie de plusieurs autres chefs d’État africains au Forum mondial pour la souveraineté et l’innovation vaccinales. Une rencontre de haut niveau devant marquer le lancement de l’initiative «Accélérateur de la production des Vaccins en Afrique (AVMA) », ainsi que le début de la campagne de reconstitution des fonds de GAVI pour la période 2026-2030…

Les bons points du new  » soft power » sénégalais




Cependant, tous les regards sont tournés sur l’accueil qui lui a été réservé par son homologue français, Emmanuel Macron, qui l’a convié à un déjeuner à l’issue de cet événement. Particularité de cette visite qui défraie la chronique, c’est le premier déplacement du chef de l’État sénégalais en dehors du continent africain depuis son accession au pouvoir, le 02 avril dernier. Ce sera également le premier tête-à-tête entre le successeur de Macky Sall et le dirigeant français. Auparavant, le Premier ministre, Ousmane Sonko, avait accordé une audience à l’ambassadrice de France au Sénégal, Christine Pages.

Traditionnellement, les chefs d’État sénégalais nouvellement élus consacraient leur première sortie à l’étranger à un séjour en Hexagone. Ainsi, Macky Sall avait réservé sa première visite officielle en France. Il avait été reçu à déjeuner par le locataire du palais de l’Élysée, à l’époque Nicolas Sarkozy, le mercredi 13 avril 2012. Leurs échanges avaient porté sur « le développement de la coopération franco-sénégalaise », et surtout l’aide budgétaire de la France de 130 millions d’euros – qui sera concrétisée quelques jours plus tard – dont Dakar avait besoin pour répondre aux besoins immédiats de son économie.

Une routine que le président Bassirou Diomaye Faye a cassée. Depuis son investiture en avril dernier, il a effectué une dizaine de visites dans la sous-région ouest-africaine, dont le Mali et le Burkina Faso, deux pays qui ont dénoncé l’accord d’assistance militaire les liant à la France et, dans la foulée, annoncé leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qu’ils accusent d’être téléguidée par Paris.

Avant l’avènement du nouveau pouvoir, hormis quelques rares séquences assez heurtées sous le magistère du président Wade, le Sénégal et la France, ancienne puissance coloniale, ont toujours entretenu, historiquement, de fortes relations politiques, économiques et culturelles. Premier investisseur et, surtout, premier bailleur de l’aide publique au développement au Sénégal, la France a toujours considéré ce pays comme sa chasse-gardée, avec la Côte d’Ivoire et le Gabon.

En effet, la France est le premier fournisseur de biens du Sénégal en 2023, devant la Chine, avec respectivement 12 % des parts de marché contre 10,9 % (9,2 % pour la France et 10 % pour la Chine en 2022). Avec des volumes d’échanges de l’ordre de 1,1 milliard d’euros, dont un excédent de 937 M€ en 2023 pour la France, le Sénégal est le troisième client de la France en Afrique subsaharienne, derrière l’Afrique du Sud et la Côte d’Ivoire. La France est aussi le premier investisseur au Sénégal avec 17 % des investissements étrangers en 2021. L’apport des entreprises françaises et entités de droit sénégalais détenues par des ressortissants français est extrêmement important dans le dynamisme économique du pays. Employant plus de 30 000 personnes, celles-ci contribuent largement aux recettes fiscales de l’État.

Le discours souverainiste des nouvelles Autorités sénégalaises et la promesse maintes fois réitérée de rompre avec l’ancien système, constituent des alertes fortes qui donnent une nouvelle dimension aux relations entre les deux pays. Si le président Bassirou Diomaye Faye a affiché sa volonté de nouer des partenariats mutuellement bénéfiques à l’international, le Premier ministre, Ousmane Sonko, a toujours dénoncé l’emprise politique et économique que la France continue d’exercer, selon lui, au Sénégal.

Redéfinir de nouveaux axes de coopération

Le séjour du président Bassirou Diomaye Faye en France a été l’occasion de remettre à plat la coopération multiforme entre ce pays et le Sénégal à l’aune de la vision déclinée par les nouvelles Autorités sénégalaises. Il ne faut pas s’attendre, nécessairement, à une rupture brusque des relations qui ont traversé les siècles. Il s’agit, tout au moins, de « redéfinir » ces relations comme y invite le Premier ministre Ousmane Sonko qui n’a jamais caché son sentiment face à la relation jugée inégale, entre la France et le Sénégal. Cette position a été réitérée récemment et amplement expliquée, lors d’une conférence à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, en présence de Jean-Luc Mélenchon, leader du parti politique LFI (La France Insoumise).

La coopération devra donc prendre en compte la souveraineté du Sénégal dans le domaine monétaire, mais aussi sécuritaire. D’où son appel à une coopération « fondée sur le respect mutuel et la reconnaissance des aspirations légitimes de chaque nation à la souveraineté ». Au menu du déjeuner entre les présidents Macron et Faye, il y aura certainement des échanges portant sur l’avenir du partenariat militaire, les aspects sécuritaires en relation avec la situation de crise au Sahel ou la question de la réforme du franc CFA. Ce sujet ne peut donc être occulté compte tenu de la situation nouvelle observée au Sahel où la France a été obligée de retirer ses troupes engagées, depuis plusieurs années, dans la lutte contre le terrorisme. La France, qui dispose de plusieurs emprises militaires au niveau de la capitale sénégalaise, a entamé, dès 2023, une réduction de ses effectifs et ne devrait maintenir qu’une centaine de militaires au Sénégal, contre 350 actuellement.

Le Sénégal, un partenaire privilégié en matière de sécurité

Faut-il envisager, après le Burkina Faso, le Mali et le Niger, une éventuelle remise en cause des accords de coopération entre le Sénégal et la France ? La réponse à cette question peut être analysée sous le prisme de la position exprimée par le chef de l’État sénégalais, Bassirou Diomaye Faye.

Dans son premier message adressé au peuple sénégalais et à la communauté internationale, le président élu avait tenu à rassurer la communauté internationale en ces termes : « Je voudrais dire à la communauté internationale, à nos partenaires bilatéraux et multilatéraux, que le Sénégal tiendra toujours son rang ». Avant d’ajouter que le Sénégal « restera le pays ami et l’allié sûr et fiable pour tout partenaire qui s’engagera, avec nous, dans une coopération vertueuse, respectueuse et mutuellement productive. » Les relations entre le Sénégal et la France sont étroites et multiformes. Seul pays d’Afrique subsaharienne avec lequel la France tient un séminaire intergouvernemental (alternativement à Dakar et à Paris), le Sénégal est aussi le premier bénéficiaire de l’action de la coopération structurelle de défense et de sécurité de la France. Confronté, en matière de sécurité intérieure, aux mêmes défis sécuritaires que les autres pays côtiers, le Sénégal doit trouver des solutions adaptées à la problématique de l’expansion de la menace terroriste venue du Sahel. Même s’il est jusqu’ici épargné par des attaques terroristes, le pays n’en renforce pas moins ses capacités en la matière, avec l’appui de la France.

La visite du président Bassirou Diomaye Faye va sans doute dissiper tous les malentendus et évacuer, définitivement, le ressentiment qu’éprouve le nouveau pouvoir largement plébiscité à Dakar à l’égard de la gouvernance Macron. Il lui est reproché de n’avoir pas réagi face aux dérives du président sortant et aux nombreuses violations des libertés et des droits de l’homme. Le moment est venu de tourner la page et de jeter les bases d’un nouveau départ. Parmi les sujets examinés, la volonté exprimée par le gouvernement sénégalais de diversifier les partenariats diplomatiques et économiques, les problèmes liés à la sécurité, à l’intégration régionale et au plan continental, la revue des dossiers bilatéraux pour ouvrir de nouvelles perspectives dans le cadre de la coopération entre les deux pays.

La France reste, il est vrai, un partenaire privilégié du Sénégal, mais les nouveaux enjeux économiques et géostratégiques demandent une nécessaire redéfinition des partenariats dans un cadre gagnant-gagnant. Donc, la consolidation des relations bilatérales est au centre des préoccupations du président Bassirou Diomaye Faye et de son homologue français Emmanuel Macron. Leur rencontre permettra de tracer une nouvelle voie pour une coopération plus équilibrée et bénéfique pour les deux pays. Les attentes sont multiples. Des échanges entre les deux chefs d’État sortiront, sûrement, des résultats annonciateurs de belles perspectives pour une coopération profitable et durable.



Par Ismael AÏDARA (Confidentiel Afrique)

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