Dans l’article publié le 6 janvier par le site Russia in Global Affairs, le directeur du département de la planification de la politique étrangère du ministère russe des Affaires étrangères, Alexeï Drobinine, examine le rôle croissant de l’Afrique dans la politique internationale. RT en français publie l’ensemble de l’article…

[…] je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés.  L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches.

Patrice Lumumba

En novembre 2024, j’ai eu l’occasion de participer à la première conférence ministérielle du forum du partenariat « Russie-Afrique » qui s’est tenue à Sotchi dans la foulée du sommet russo-africain ayant eu lieu à Saint-Pétersbourg un an plus tôt. La conférence a accéléré le développement des liens renaissants avec le continent noir et a posé un autre jalon important dans la réorientation de la politique étrangère de la Russie vers les pays du Sud et de l’Est.

En tant que planificateur, il m’intéressait de me faire une image complète de nos partenaires africains, de leurs points de vue, de leurs préoccupations, de leurs inquiétudes et de leurs aspirations.

De retour à Moscou, j’ai réalisé mon intention de longue date et couché sur papier mes impressions, mes pensées et mes idées sur l’Afrique et son rôle croissant dans les affaires internationales, nées de mes nombreuses années d’observations, de voyages, de contacts et de mes lectures de littérature spécialisée.

Cet article est écrit avec une intention particulière : celle de montrer que l’Afrique a tout pour occuper la place d’un des centres puissants du monde multipolaire émergent, et que les Africains ont déjà commencé à progresser vers leur objectif.

J’avoue tout de suite que je ne prétends pas couvrir le sujet de manière exhaustive, je n’aborde volontairement pas de nombreux aspects historiques, culturels, linguistiques et autres qui relèvent de la compétence des spécialistes d’études régionales.

L’accent sera mis avant tout sur les faits et les preuves permettant de juger de la dynamique de la formation du pôle africain, de ses particularités et perspectives.

Je prévois d’explorer tous les centres existants de prise de décision politique d’importance mondiale, ainsi que les candidats à ce rôle. D’ailleurs, c’est un motif purement symbolique qui m’a poussé à commencer par l’Afrique, car c’est sur ce continent que le berceau de l’humanité est situé, notre patrie ancestrale commune.

Sur la base des découvertes anthropologiques faites dans la région des gorges d’Olduvaï (Tanzanie, 1959) et du lac Turkana (Kenya, 1972), les scientifiques ont émis l’hypothèse que l’humain moderne, Homo sapiens, est apparu probablement dans la partie orientale de l’Afrique il y a environ 200 000 ans.

L’Afrique d’aujourd’hui est une communauté civilisationnelle extrêmement complexe. Elle se compose à la fois ce qu’on appelle l’Afrique sub-saharienne et du Maghreb arabo-berbère, où le monde africain rencontre le monde arabo-musulman, où une civilisation se superpose à une autre et s’y intègre.

C’est un continent vaste, constitué de nombreux peuples, cultures, courants religieux et races distincts, au passé extrêmement diversifié.

Cependant, le sentiment interne d’un destin commun et la croyance en un avenir commun, le désir d’un développement commun, les aspirations d’intégration dans l’économie et la politique, la recherche active d’une identité africaine, tout cela et bien plus encore permet de considérer l’Afrique comme une entité géopolitique intégrale, faisant partie intégrante du système multipolaire de l’avenir.

Le pôle africain : défis et perspectives

La déclaration adoptée à l’issue du deuxième sommet Russie-Afrique à Saint-Pétersbourg proclame « le rôle et l’influence croissants de l’Afrique au niveau international en tant qu’un des principaux piliers du monde multipolaire ».

En effet, l’Afrique a tout ce qu’il faut pour devenir un centre de pouvoir souverain. L’Afrique, dotée de ressources démographiques et naturelles inépuisables, a des perspectives géopolitiques enviables si elle saisit l’opportunité de développement souverain. Ne dit-on pas – et ce n’est pas pour rien – que l’Afrique est le continent de l’avenir ? En termes de population, avec 1,5 milliard d’habitants, l’Afrique se situe au même niveau que l’Inde et la Chine ; en termes de structure d’âge elle dispose d’un avantage : la moitié des Africains ont moins de vingt ans. Des experts ont estimé que d’ici 2050, la population du continent pourrait atteindre 2,5 milliards d’habitants, autrement dit, une personne sur quatre sur Terre sera africaine. L’Afrique est une véritable réserve de richesses terrestres. Elle possède 30% des ressources minérales mondiales : hydrocarbures, métaux et pierres précieux, chrome, bauxite, cobalt, uranium, lithium, manganèse, charbon, terres rares… Avec sa superficie totale de 30,37 millions de kilomètres carrés (environ deux fois plus grande que celle de la Russie et avec un climat beaucoup plus chaud), elle possède suffisamment de sols fertiles pour nourrir tous les Africains. Grâce à sa situation géographique, l’Afrique a un accès direct aux couloirs mondiaux de transport, en particulier les couloirs océaniques. Sur le plan politique, l’Afrique compte 54 États membres de l’Organisation des Nations unies (ONU), 27 membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), 6 membres de l’OPEP, 5 membres du Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG). L’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Éthiopie représentent le continent parmi les États membres des BRICS, et l’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Union africaine participent régulièrement au G20. L’Afrique s’achemine rapidement vers le renforcement de la structure institutionnelle nécessaire à l’harmonisation et à la réalisation des intérêts du continent. Elle s’appuie pour cela sur l’idée originale de panafricanisme, basée sur l’histoire séculaire des peuples africains et le traditionalisme local. Il ne fait aucun doute que « la renaissance des valeurs traditionnelles de la civilisation africaine est la clé de la montée de l’Afrique en tant que civilisation autonome ». L’Union africaine est l’incarnation des principes panafricains. En consolidant les pays sur une plateforme continentale, elle élève de plus en plus sa voix dans la politique internationale au nom de tous les Africains. L’Union africaine revêt une importance particulière dans la planification stratégique. En 2015, le sommet d’Addis-Abeba a adopté l’Agenda 2063, un document directif visant à transformer le continent en une « zone de puissance » d’ici à 2063. Cette initiative fondamentale de l’Union africaine vise à promouvoir l’industrialisation et à renforcer l’unité africaine. Le projet stratégique de la création de la Zone continentale africaine de libre-échange, la plus grande du monde, vise à renforcer qualitativement les processus d’intégration afin de transformer l’Afrique en acteur commercial et politique de classe mondiale.

Un pas significatif vers l’élargissement des possibilités des Africains à défendre leurs priorités sur la scène internationale a été l’obtention par l’Union africaine en septembre 2023, avec le soutien de la Russie et d’autres États membres, du statut d’association-membre permanent du G20 sur un pied d’égalité avec l’Union européenne. L’architecture d’un monde multipolaire repose sur des formats interpolaires horizontaux, et dans ce contexte, l’Union africaine, l’Afrique en tant qu’ensemble des États, est l’un des leaders mondiaux. Nous avons évoqué les sommets Russie-Afrique. Il existe des mécanismes similaires Afrique-Chine, Afrique-États-Unis, Afrique-Inde, Afrique-Union européenne, Afrique-Monde arabe, Afrique-Amérique latine, Afrique-Turquie. La mise en place d’un format Afrique-ASEAN s’impose. L’intégration de l’Afrique dans les processus intercontinentaux est également assurée par la participation de certains États africains à l’Association de coopération régionale des pays côtiers de l’océan Indien (ACROI), à l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique et à la Communauté des pays de langue portugaise. Les groupements multinationaux au niveau sous-régional sont essentiels pour structurer l’espace africain. Il s’agit tout d’abord de la Communauté de développement de l’Afrique australe (CDAA), de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). La Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) et le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) ont un potentiel considérable. Le tissu dense des liens politiques et économiques à l’intérieur du pôle africain renforce la résilience de celui-ci. Selon les experts russes bien informés, les pays africains « se soutiennent mutuellement sur la scène internationale et prennent des positions communes sur de nombreuses questions de l’agenda international ». Dans le même temps, l’Afrique s’efforce de canaliser les débats internationaux de façon constructive, en mettant l’accent sur la résolution des problèmes pratiques de développement socioéconomique, sur la lutte contre la pauvreté et l’injustice, sur l’élimination des pratiques modernes du néocolonialisme, sur la sécurité et le règlement des conflits, et sur le renforcement de la résistance aux épidémies. Comme la majorité mondiale, et peut-être même dans une plus grande mesure, les Africains souffrent des tentatives de politisation des discussions internationales et de subordination des mécanismes de coopération internationale aux intérêts des anciennes métropoles coloniales. Les Africains ne sont pas satisfaits d’être toujours utilisés comme extras dans le cadre des projets de politique étrangère présentés sous l’égide de « l’ordre fondé sur des règles ». Il s’agit notamment de tentatives pour les attirer aux « sommets pour la démocratie » organisés à l’initiative de l’administration américaine en 2021-2024, de pressions exercées pour les forcer à voter en faveur des décisions antirusses à l’ONU et sur d’autres plateformes, d’efforts déployés pour obtenir au moins une apparence de soutien à des initiatives partiales visant à régler la crise ukrainienne qui ne tiennent pas compte des intérêts de la Russie.

Les experts africains se plaignent que l’Occident n’est pas prêt à « accepter le droit des pays africains à leur propre agenda » et que la politique occidentale à l’égard de ses opposants se résume à « punir ceux qui ont leurs propres intérêts ». Nous ne pouvons que soutenir les Africains qui appellent ouvertement « l’UE et d’autres alliés des États-Unis à ne pas imposer un mode de vie et des valeurs à ceux qui n’en veulent pas ». Force est de constater que depuis un certain temps, le sujet de l’Ukraine a éclipsé tous les autres en Occident. Renforcée par son potentiel naturel, la voix de l’Afrique retentit de plus en plus fort dans le monde. Il ne fait aucun doute que ce processus bénéfique s’intensifiera sur le sujet de la consolidation et de la reconquête de souveraineté du pôle africain. Toutefois, pour acquérir un niveau élevé d’autonomie économique et, par conséquent, de viabilité géopolitique, le continent noir doit d’abord « éliminer tous les effets persistants du colonialisme ». L’Afrique en proie au néocolonialisme L’Afrique, le continent qui a le plus souffert du néocolonialisme, a été impitoyablement pillé par les Européens pendant des siècles au détriment de ses ressources humaines et matérielles. Les biens volés ont servi de « carburéacteur » au développement avancé des pays européens et des États-Unis. Le poète libérien Bai Moore a écrit dans les années 1950 : « La civilisation bat son plein : l’or et les diamants sont expédiés en Europe ». Ces mots amers illustrent le traumatisme historique causé aux Africains par les métropoles coloniales. Les experts africains sont convaincus : les conditions préalables au retard de développement de l’Afrique et aux conflits territoriaux et ethno-confessionnels ont été principalement posées par la politique prédatrice des colonisateurs.

Le pôle africain du monde multipolaire 18 janv. 2025 Source: Sputnik Première session plénière de la première conférence ministérielle du Forum Russie-Afrique, en novembre 2024. Suivez RT en français sur Telegram Dans l’article publié le 6 janvier par le site Russia in Global Affairs, le directeur du département de la planification de la politique étrangère du ministère russe des Affaires étrangères, Alexeï Drobinine, examine le rôle croissant de l’Afrique dans la politique internationale. RT en français publie l’ensemble de l’article. […] je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés.  L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. Patrice Lumumba   En novembre 2024, j’ai eu l’occasion de participer à la première conférence ministérielle du forum du partenariat « Russie-Afrique » qui s’est tenue à Sotchi dans la foulée du sommet russo-africain ayant eu lieu à Saint-Pétersbourg un an plus tôt. La conférence a accéléré le développement des liens renaissants avec le continent noir et a posé un autre jalon important dans la réorientation de la politique étrangère de la Russie vers les pays du Sud et de l’Est. En tant que planificateur, il m’intéressait de me faire une image complète de nos partenaires africains, de leurs points de vue, de leurs préoccupations, de leurs inquiétudes et de leurs aspirations. De retour à Moscou, j’ai réalisé mon intention de longue date et couché sur papier mes impressions, mes pensées et mes idées sur l’Afrique et son rôle croissant dans les affaires internationales, nées de mes nombreuses années d’observations, de voyages, de contacts et de mes lectures de littérature spécialisée. Cet article est écrit avec une intention particulière : celle de montrer que l’Afrique a tout pour occuper la place d’un des centres puissants du monde multipolaire émergent, et que les Africains ont déjà commencé à progresser vers leur objectif. J’avoue tout de suite que je ne prétends pas couvrir le sujet de manière exhaustive, je n’aborde volontairement pas de nombreux aspects historiques, culturels, linguistiques et autres qui relèvent de la compétence des spécialistes d’études régionales. L’accent sera mis avant tout sur les faits et les preuves permettant de juger de la dynamique de la formation du pôle africain, de ses particularités et perspectives. Je prévois d’explorer tous les centres existants de prise de décision politique d’importance mondiale, ainsi que les candidats à ce rôle. D’ailleurs, c’est un motif purement symbolique qui m’a poussé à commencer par l’Afrique, car c’est sur ce continent que le berceau de l’humanité est situé, notre patrie ancestrale commune. Sur la base des découvertes anthropologiques faites dans la région des gorges d’Olduvaï (Tanzanie, 1959) et du lac Turkana (Kenya, 1972), les scientifiques ont émis l’hypothèse que l’humain moderne, Homo sapiens, est apparu probablement dans la partie orientale de l’Afrique il y a environ 200 000 ans. L’Afrique d’aujourd’hui est une communauté civilisationnelle extrêmement complexe. Elle se compose à la fois ce qu’on appelle l’Afrique sub-saharienne et du Maghreb arabo-berbère, où le monde africain rencontre le monde arabo-musulman, où une civilisation se superpose à une autre et s’y intègre. C’est un continent vaste, constitué de nombreux peuples, cultures, courants religieux et races distincts, au passé extrêmement diversifié. Cependant, le sentiment interne d’un destin commun et la croyance en un avenir commun, le désir d’un développement commun, les aspirations d’intégration dans l’économie et la politique, la recherche active d’une identité africaine, tout cela et bien plus encore permet de considérer l’Afrique comme une entité géopolitique intégrale, faisant partie intégrante du système multipolaire de l’avenir. Le pôle africain : défis et perspectives La déclaration adoptée à l’issue du deuxième sommet Russie-Afrique à Saint-Pétersbourg proclame « le rôle et l’influence croissants de l’Afrique au niveau international en tant qu’un des principaux piliers du monde multipolaire ». Lire aussi Céréales : le marché algérien «quasi, voire complètement fermé» au blé français En effet, l’Afrique a tout ce qu’il faut pour devenir un centre de pouvoir souverain. L’Afrique, dotée de ressources démographiques et naturelles inépuisables, a des perspectives géopolitiques enviables si elle saisit l’opportunité de développement souverain. Ne dit-on pas – et ce n’est pas pour rien – que l’Afrique est le continent de l’avenir ? En termes de population, avec 1,5 milliard d’habitants, l’Afrique se situe au même niveau que l’Inde et la Chine ; en termes de structure d’âge elle dispose d’un avantage : la moitié des Africains ont moins de vingt ans. Des experts ont estimé que d’ici 2050, la population du continent pourrait atteindre 2,5 milliards d’habitants, autrement dit, une personne sur quatre sur Terre sera africaine. L’Afrique est une véritable réserve de richesses terrestres. Elle possède 30% des ressources minérales mondiales : hydrocarbures, métaux et pierres précieux, chrome, bauxite, cobalt, uranium, lithium, manganèse, charbon, terres rares… Avec sa superficie totale de 30,37 millions de kilomètres carrés (environ deux fois plus grande que celle de la Russie et avec un climat beaucoup plus chaud), elle possède suffisamment de sols fertiles pour nourrir tous les Africains. Grâce à sa situation géographique, l’Afrique a un accès direct aux couloirs mondiaux de transport, en particulier les couloirs océaniques. Sur le plan politique, l’Afrique compte 54 États membres de l’Organisation des Nations unies (ONU), 27 membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), 6 membres de l’OPEP, 5 membres du Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG). L’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Éthiopie représentent le continent parmi les États membres des BRICS, et l’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Union africaine participent régulièrement au G20. L’Afrique s’achemine rapidement vers le renforcement de la structure institutionnelle nécessaire à l’harmonisation et à la réalisation des intérêts du continent. Elle s’appuie pour cela sur l’idée originale de panafricanisme, basée sur l’histoire séculaire des peuples africains et le traditionalisme local. Il ne fait aucun doute que « la renaissance des valeurs traditionnelles de la civilisation africaine est la clé de la montée de l’Afrique en tant que civilisation autonome ». L’Union africaine est l’incarnation des principes panafricains. En consolidant les pays sur une plateforme continentale, elle élève de plus en plus sa voix dans la politique internationale au nom de tous les Africains. L’Union africaine revêt une importance particulière dans la planification stratégique. En 2015, le sommet d’Addis-Abeba a adopté l’Agenda 2063, un document directif visant à transformer le continent en une « zone de puissance » d’ici à 2063. Cette initiative fondamentale de l’Union africaine vise à promouvoir l’industrialisation et à renforcer l’unité africaine. Le projet stratégique de la création de la Zone continentale africaine de libre-échange, la plus grande du monde, vise à renforcer qualitativement les processus d’intégration afin de transformer l’Afrique en acteur commercial et politique de classe mondiale. Lire aussi Le marché africain des jeux vidéo en plein essor Un pas significatif vers l’élargissement des possibilités des Africains à défendre leurs priorités sur la scène internationale a été l’obtention par l’Union africaine en septembre 2023, avec le soutien de la Russie et d’autres États membres, du statut d’association-membre permanent du G20 sur un pied d’égalité avec l’Union européenne. L’architecture d’un monde multipolaire repose sur des formats interpolaires horizontaux, et dans ce contexte, l’Union africaine, l’Afrique en tant qu’ensemble des États, est l’un des leaders mondiaux. Nous avons évoqué les sommets Russie-Afrique. Il existe des mécanismes similaires Afrique-Chine, Afrique-États-Unis, Afrique-Inde, Afrique-Union européenne, Afrique-Monde arabe, Afrique-Amérique latine, Afrique-Turquie. La mise en place d’un format Afrique-ASEAN s’impose. L’intégration de l’Afrique dans les processus intercontinentaux est également assurée par la participation de certains États africains à l’Association de coopération régionale des pays côtiers de l’océan Indien (ACROI), à l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique et à la Communauté des pays de langue portugaise. Les groupements multinationaux au niveau sous-régional sont essentiels pour structurer l’espace africain. Il s’agit tout d’abord de la Communauté de développement de l’Afrique australe (CDAA), de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). La Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) et le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) ont un potentiel considérable. Le tissu dense des liens politiques et économiques à l’intérieur du pôle africain renforce la résilience de celui-ci. Selon les experts russes bien informés, les pays africains « se soutiennent mutuellement sur la scène internationale et prennent des positions communes sur de nombreuses questions de l’agenda international ». Dans le même temps, l’Afrique s’efforce de canaliser les débats internationaux de façon constructive, en mettant l’accent sur la résolution des problèmes pratiques de développement socioéconomique, sur la lutte contre la pauvreté et l’injustice, sur l’élimination des pratiques modernes du néocolonialisme, sur la sécurité et le règlement des conflits, et sur le renforcement de la résistance aux épidémies. Comme la majorité mondiale, et peut-être même dans une plus grande mesure, les Africains souffrent des tentatives de politisation des discussions internationales et de subordination des mécanismes de coopération internationale aux intérêts des anciennes métropoles coloniales. Les Africains ne sont pas satisfaits d’être toujours utilisés comme extras dans le cadre des projets de politique étrangère présentés sous l’égide de « l’ordre fondé sur des règles ». Il s’agit notamment de tentatives pour les attirer aux « sommets pour la démocratie » organisés à l’initiative de l’administration américaine en 2021-2024, de pressions exercées pour les forcer à voter en faveur des décisions antirusses à l’ONU et sur d’autres plateformes, d’efforts déployés pour obtenir au moins une apparence de soutien à des initiatives partiales visant à régler la crise ukrainienne qui ne tiennent pas compte des intérêts de la Russie.  Lire aussi Sénégal : le départ des troupes françaises prévu pour l’été 2025 Les experts africains se plaignent que l’Occident n’est pas prêt à « accepter le droit des pays africains à leur propre agenda » et que la politique occidentale à l’égard de ses opposants se résume à « punir ceux qui ont leurs propres intérêts ». Nous ne pouvons que soutenir les Africains qui appellent ouvertement « l’UE et d’autres alliés des États-Unis à ne pas imposer un mode de vie et des valeurs à ceux qui n’en veulent pas ». Force est de constater que depuis un certain temps, le sujet de l’Ukraine a éclipsé tous les autres en Occident. Renforcée par son potentiel naturel, la voix de l’Afrique retentit de plus en plus fort dans le monde. Il ne fait aucun doute que ce processus bénéfique s’intensifiera sur le sujet de la consolidation et de la reconquête de souveraineté du pôle africain. Toutefois, pour acquérir un niveau élevé d’autonomie économique et, par conséquent, de viabilité géopolitique, le continent noir doit d’abord « éliminer tous les effets persistants du colonialisme ». L’Afrique en proie au néocolonialisme L’Afrique, le continent qui a le plus souffert du néocolonialisme, a été impitoyablement pillé par les Européens pendant des siècles au détriment de ses ressources humaines et matérielles. Les biens volés ont servi de « carburéacteur » au développement avancé des pays européens et des États-Unis. Le poète libérien Bai Moore a écrit dans les années 1950 : « La civilisation bat son plein : l’or et les diamants sont expédiés en Europe ». Ces mots amers illustrent le traumatisme historique causé aux Africains par les métropoles coloniales. Les experts africains sont convaincus : les conditions préalables au retard de développement de l’Afrique et aux conflits territoriaux et ethno-confessionnels ont été principalement posées par la politique prédatrice des colonisateurs.  Lire aussi Burkina Faso : les juges abandonnent les perruques de style colonial L’Afrique a eu sa chance historique de gagner son indépendance et une importance dans les affaires mondiales avec le début de la décolonisation dans les années 1950-1960. Grâce au combat héroïque de plusieurs générations d’Africains pour leur indépendance, toute une série d’hommes politiques ont inscrit leurs noms dans l’histoire du monde. Patrice Lumumba, Nelson Mandela, Jomo Kenyatta, António Agostinho Neto, Samora Machel, Amilcar Cabral et bien d’autres. L’année 1960 a été déclarée « L’Année de l’Afrique ». Sur les 17 États admis à l’ONU en 1960, 16 étaient africains. Débarrassés de l’oppression militaire et politique des puissances coloniales (Belgique, Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne, Italie, Portugal, France), ils avaient un chemin difficile à parcourir pour construire un nouveau système étatique.  La fin annoncée de l’ère coloniale n’a pas véritablement libéré l’Afrique de la dépendance extérieure, principalement dans le domaine économique. Le continent, riche en ressources, mais sous-développé en termes d’infrastructures et d’industrie, attire toujours l’attention des entreprises occidentales transnationales. Pour l’écrivain kényan Ngugi wa Thiong’o, la lutte de l’Occident pour l’Afrique se résume à « l’accès aux ressources locales ».  L’Afrique occupe toujours une place périphérique dans le système de la division internationale du travail et sert, en fait, de source de matières premières peu chères et de marché pour les produits à forte valeur ajoutée. Cet arrangement purement discriminatoire est absolument bénéfique pour l’Occident qui assure ainsi son développement au détriment des autres dans le cadre d’échanges inégaux. Pour préserver et consolider cette pratique, les anciennes métropoles utilisent un large éventail d’outils néocoloniaux. Il s’agit de l’asservissement par l’endettement via la politique de crédit du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et d’autres « donateurs » occidentaux, de l’exercice du contrôle extérieur sur les gouvernements africains et de la mise en œuvre de systèmes de pillage, impliquant le transfert des bénéfices vers les territoires occidentaux dans leur quasi-totalité. Comme l’ont bien noté les politologues africains, « l’Occident bénéficie d’un schéma qui fait que tout progrès se fait principalement aux dépens des entreprises transnationales et ne se convertit pas en développement ». Il y a déjà eu des tentatives de briser ce système et de mettre les richesses de l’Afrique au service de ses habitants. Par exemple, les initiatives panafricaines du dirigeant de la République arabe libyenne Mouammar Kadhafi, brutalement assassiné avec l’aide de l’OTAN, visaient à exploiter le potentiel de l’Afrique dans le cadre de grands projets de développement. Les idées concernaient la création d’une monnaie commune (le dinar en or), la construction d’infrastructures aussi bien que la création d’une identité panafricaine. Il n’est pas surprenant qu’une vision aussi progressiste de l’avenir du continent noir soit entrée en conflit direct avec les intérêts mercantiles et étroits de l’Occident et ses pratiques néocoloniales de pillage et de dictature. Aujourd’hui encore, l’aide financière accordée à l’Afrique par les institutions de Bretton Woods et les États occidentaux individuels est soumise à des exigences humiliantes. Les experts africains se plaignent que l’Agence américaine pour le développement international, par exemple, promeuve un programme essentiellement politique enraciné dans l’idéologie néolibérale mondialiste. L’agence donne la priorité à son travail en Afrique en promouvant « la démocratie, en soutenant la société civile et en aidant à élire les dirigeants ». L’Initiative d’ «Accès global» de l’Union européenne ne propose rien de moins que de confirmer l’adhésion des Africains aux fameuses valeurs et normes occidentales (y compris le primat des LGBT, la justice juvénile, le racisme et la russophobie) en échange d’une assistance.

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Source : RT en français

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