
IN MEMORIAM
Figure emblématique du barreau malien, Me Tiéssolo Konaré s’est éteint le 27 juin 2025 à l’âge de 68 ans, laissant derrière lui l’image d’un avocat intègre, rigoureux, et profondément tourné vers les causes des plus vulnérables…
Né le 17 août 1956 à Tioribougou, dans le cercle de Kolokani, il a tracé un parcours sans compromis, guidé par une soif insatiable de savoir et un engagement constant pour la justice.
Après des études primaires et secondaires brillantes à Tioribougou, Kolokani, Banamba et Bamako, il obtient son baccalauréat et poursuit un cursus en anglais à l’École Normale Supérieure de Bamako. C’est toutefois à l’Université d’État de Kiev, en ex-URSS, qu’il affine sa vocation juridique. Grâce à une bourse du Kosmosol, il y obtient un DEA en droit international public, avec une spécialisation en droit pénal international. Polyglotte (français, russe, anglais, bambara), il revient au Mali prêt à mettre le droit au service du peuple.
Après un stage formateur chez Me Hamaciré N’Doure, il prête serment en 1990 et devient avocat titulaire en 1992. Il se forge rapidement une réputation d’homme de principes, de rigueur et de conviction.
Le natif de Tioribougou s’est illustré dans plusieurs affaires emblématiques de la justice malienne. Il a été l’un des avocats du pool de défense du Général Moussa Traoré, jugé pour crimes de sang et crimes économiques. De 2012 à 2016, il assure la défense du Général Amadou Aya Sanogo et de ses coaccusés. À l’issue de l’une des audiences marquantes, il lâche une formule restée célèbre :
« La chambre d’accusation vient de faire droit au droit. »
Il fut également l’un des défenseurs d’Aliou Mahamar Touré, dit le « Coupeur de mains » de Gao, dans une plaidoirie difficile mais fidèle à ses principes : tout homme a droit à une défense digne, quelle que soit la gravité des faits.
Mais au-delà des grands procès, Me Tiéssolo Konaré a bâti sa légende dans la proximité avec les anonymes. À Djanguinébougou, son domicile était un refuge pour les oubliés du système. À l’ombre d’un vieux manguier, les plaintes devenaient des causes, les détresses trouvaient écho. Il ne promettait pas toujours des victoires, mais il rendait l’espoir possible. Il était un alchimiste du droit, capable de transformer l’impuissance en action.
En 2003, il renforce son expertise en droit pénal des affaires à l’ERSUMA de Cotonou, et exerce également à Casablanca entre 2010 et 2011. Malgré des possibilités de carrière à l’étranger, il choisit toujours de rester au plus près des réalités maliennes, convaincu que le droit devait d’abord parler la langue du peuple.
Jusqu’à ses derniers jours, il demeura une voix respectée, écoutée tant par les magistrats que par les citoyens ordinaires. Sobre, droit, fidèle à sa déontologie, il incarna une vision du métier d’avocat fondée sur le service et la dignité.
Le surlendemain de sa disparition, c’est sur le terrain de football de Djanguinébougou, au cœur de son quartier, que la foule s’est réunie pour une cérémonie d’hommage émouvante et populaire. Confrères, anciens clients, voisins, magistrats et simples citoyens sont venus saluer l’homme, le maître, le repère.
Me Tiéssolo Konaré repose désormais au cimetière de Soutiba, aux côtés de Djanguiné Traoré, le fondateur du quartier et l’imam Namakry, selon un proche de la famille. Un honneur pour sa droiture et son engagement.
De la part d’un de ses millions de fils à travers le monde.

Source : Mali24
