
La parole publique est elle confisquée par le vide ?
Dans le débat public malien, il est devenu courant de voir surgir, à chaque fait marquant, une cohorte « d’experts» autoproclamés, prompts à tout commenter, à tout juger, sans fondement ni légitimité...
Des voix qui s’élèvent avec arrogance, occupant les médias, les réseaux sociaux et les espaces publics, comme si l’intelligence était devenue une affaire de bruit, et non de profondeur.
Ces « experts en rien », sans compétences avérées ni ancrage sérieux dans le réel, ne doivent leur position qu’à un petit morceau de pouvoir ou de visibilité qui leur a été octroyé par des circonstances. Mais sans cela, beaucoup d’entre eux seraient totalement perdus, incapables même de gérer un atelier de formation ou de faire preuve de bon sens dans un contexte paysan.
Ils ne sont ni journalistes, ni chercheurs, ni praticiens, ni penseurs structurés.
Ils parlent sans rigueur, donnent des avis tranchés sur tout, surtout sur ce qu’ils ne maîtrisent pas.
Dernier exemple en date: l’affaire judiciaire impliquant l’ancien Premier ministre Moussa Mara.
Plutôt que de laisser la justice faire son travail en toute indépendance, voilà que certains s’arrogent le droit de dicter ce que le pertinent Mara aurait dû dire ou taire, comme si le bon fonctionnement de la justice dépendait de leurs états d’âme.
Or, dans un État de droit, seuls les magistrats, avec leur intime conviction et les éléments du dossier, peuvent prendre des décisions aussi graves qu’un mandat de dépôt. Tout le reste relève de l’agitation inutile, voire de la malveillance.
Nous devons avoir le courage de dire que la République a besoin de compétences véritables, de rigueur, d’engagement, et non de grandes gueules et de stratégies d’apparat. Certains de ces orateurs bavards seraient bien plus utiles dans les champs aux côtés des braves paysans, plutôt que d’encombrer l’espace public avec du vide bruyant.
Notre pays ne se développera pas à coups d’improvisation verbale ou de posture. Il se développera avec le travail, le sérieux, et le respect des institutions. Que chacun reste à sa place.
Source : Le Poing
