Djélika Traoré, coordinatrice et fondatrice de l’association El ’Protect, a bien voulu nous accorder un entretien au cours duquel elle a parlé de son association El ’Protect. Créée le 24 juin 2024, El ’Protect est une organisation de la société civile qui a pour mission de renforcer les compétences des adolescents et des jeunes, tout en veillant à leur bien-être. Elle intervient dans le domaine de la santé, l’éducation et le numérique…

Son objectif est de garantir l’accès à l’information fiable autour de l’hygiène menstruelle, et globalement la sante sexuelle et reproductive, au niveau des adolescents des jeunes des communautés ; lutter contre la précarité menstruelle en confectionnant des serviettes hygiéniques réutilisables ; faciliter l’accès à l’éducation aux jeunes filles qui sont en situation d’abandon de l’école ; former les jeunes sur l’utilisation responsale des réseaux sociaux à travers des créations de contenus la formation sur les application comme canva, leur permettant de générer des revenus et de promouvoir leur couche. La coordinatrice d’El ’Protect a également énuméré les difficultés rencontrées lors des campagnes de sensibilisation d’El ’Protect, ainsi que les réalisations de l’association. Elle n’a pas manqué d’évoquer les projets, avant de lancer un appel aux jeunes, à la population et à l’État afin de mieux promouvoir la santé sexuelle et reproductive qui, pour elle, est un sujet qui ne doit pas être un tabou au sein de notre société. « Je pense qu’il faut communiquer et informer les jeunes sur la santé sexuelle et reproductive », a-t-elle dit.

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Le Républicain : Bonjour, présentez-vous à nos fidèles lecteurs.

Djélika Traoré : Je m’appelle Djélika Traoré, militante pour les droits en santé reproductive, coordinatrice fondatrice de l’organisation El ’Protect.

Pouvez-vous nous parler des objectifs, missions, et les cibles de El ’Protect ?

El ’Protect est une organisation de la société civile qui a pour mission de renforcer les compétences des adolescents et des jeunes, tout en veillant à leur bien-être. Notre approche se décline en trois domaines d’interventions qui sont la santé, l’éducation, et le numérique. El ’Protect a pour objectifs de garantir l’accès à l’information fiable autour de l’hygiène menstruelle, et globalement la santé sexuelle et reproductive, au niveau des adolescents, des jeunes des communautés ; lutter contre la précarité menstruelle en confectionnant des serviettes hygiéniques réutilisables, c’est-à-dire lavables ; faciliter l’accès à l’éducation aux jeunes filles qui sont en situation d’abandon de l’école ; former les jeunes sur l’utilisation responsale des réseaux sociaux à travers des créations de contenus, la formation sur les application comme canva, leur permettant de générer des revenus et de promouvoir leur couche.

Quelle est l’appréhension des populations par rapport à la santé sexuelle et reproductive au Mali ?

Au Mali, il faut savoir que certains sujets restent encore tabous, même si depuis des années nous sommes dans la lutte. Nous essayons de mettre en place des stratégies pour faciliter la communication, surtout les parents et les enfants que nous encourageons. Mais avec tout cela, la plupart des populations pensent que certains sujets doivent rester encore tabous, jusqu’à ce que les enfants, les adolescents ou les jeunes se marient ou encore soient victimes des problèmes liés à la santé sexuelle et reproductive pour ensuite la leur expliquer. Je pense qu’il faut vraiment communiquer et informer les enfants, les adolescents et les jeunes sur tout ce qui est lié à la santé sexuelle et reproductive. Il ne faut pas attendre que cette couche juvénile soit victime des problèmes de sante sexuelle pour lui venir en aide.

Quelles sont les différentes zones que vous avez sillonnées dans le cadre de vos campagnes de sensibilisation ?

Les différentes zones où nous intervenons sont : Bamako, Ségou, Mandé, Samakô. Bientôt, nous serons à Sikasso, Mopti et Kayes.

Les problèmes liés à la santé sexuelle et reproductive sont-ils communs à toutes les zones cibles ou y a-t-il des particularités d’une zone à une autre ?

Les problèmes liés à la santé sexuelle et reproductive ne sont pas du tout identiques dans toutes les zones cibles. Il y a certaines zones où le problème principal peut être les mutilations génitales féminines comme l’excision. Par contre, dans d’autres localités, le problème est lié à l’inaccessibilité aux produits de contraception, ou de planification familiale. Dans d’autres zones encore, il est lié au mariage précoce des adolescentes qui sont obligées d’abandonner l’école pour le foyer, exposées aux grossesses précoces à la suite desquelles elles peuvent avoir des fissures, être délaissées ou marginalisées. Donc, les réalités changent selon les zones.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez lors de vos campagnes de sensibilisation ?

Les difficultés que nous rencontrons sont énormes malgré les avancées. Aujourd’hui, il y a de l’amélioration, contrairement à il y a quelques années où on ne pouvait pas parler de ces sujets. Mais, actuellement, on en parle sur les réseaux sociaux, au grin, en famille… Les problèmes que nous rencontrons généralement, c’est le fait de ne pas avoir les adolescents cibles avec nous. Il y a des parents qui refusent que leurs enfants se joignent à nous, pensant que c’est pour la mauvaise cause. Cela rend difficiles nos campagnes de sensibilisation, surtout pour nos cibles. Une autre difficulté est le manque d’appui technique et financier. Il arrive parfois que nous organisions des campagnes sur fonds propres, c’est-à-dire à travers des cotisations. Ce n’est pas toujours facile. A cause de ces difficultés, on rate beaucoup d’occasions et d’opportunités pour atteindre nos cibles là où elles sont.

Quels sont les avantages de vos serviettes hygiéniques ? Pouvez-vous nous dire si elles présentent des effets secondaires ?

Les serviettes hygiéniques présentent de nombreux avantages. Elles sont écologiques, économique, réutilisables et lavables pendant deux ans. Sachant que les serviettes à usage unique dans les boutiques présentent récemment des signes d’infection et sèment des troubles, les serviettes hygiéniques lavables d’El ’Protect sont douces et conçues de telle sorte qu’elles n’agressent pas la peau. Donc, elles sont utilisables par tout le monde et adaptées à toutes les tailles. Les serviettes hygiéniques d’El ’Protect n’ont pas d’inconvénients, car elles sont inspirées des moyens de protection que les femmes utilisaient au paravent, notamment les morceaux de tissus, pour des protections hygiéniques. Elles sont adaptées et plus propres ; les tissus sont soigneusement choisis pour éviter tout risque. Cependant, lorsque les serviettes hygiéniques ne sont pas bien entretenues, cela pourrait entrainer des effets secondaires. Il faut donc savoir comment les utiliser. Dans nos serviettes, il y a une étiquette qui indique leur mode d’emploi.

   Quelles sont vos différentes réalisations que vous avez faites depuis la création d’El ’Protect ?

Depuis la création d’El ’Protect, le 24 juin 2024, vu que nous n’avions pas de soutien financier conséquent, nous avons directement misé sur la communication digitale en ligne, en produisant plusieurs contenus tels que des vidéos de sensibilisation, que ce soit sur fonds propre ou à l’aide d’appui financier. Nous avons aussi mené des séances de sensibilisation en dehors de Bamako sur fonds propre. Nous avons sensibilisé des adolescents et des jeunes (vous pouvez avoir des photos sur nos différentes plateformes). Ces activités n’ont pas été faciles à réaliser, mais nous y sommes parvenus grâce à l’engagement des membres. Par ailleurs, en un an, nous avons confectionné des serviettes hygiéniques, en avons vendu 250 en un mois. Nous nous rendons dans les écoles et les espaces publics. A cet effet, nous avons sensibilisé plus de 1000 personnes en un an, en présentiel, sans compter les sensibilisations en ligne.

Quel est l’impact de El ’protect auprès des jeunes filles ?

El’Protect a un impact positif, et a su s’installer comme une meilleure copine pour les filles. Parce qu’aujourd’hui, nous avons des filles dont les parents nous confient pour que nous veillions sur elles. Ces filles sont incluses dans les activités. Grâce à El ’Protect, beaucoup d’entre elles sont parvenues à prendre la parole en public pour parler des sujets tabous, sortir de leurs zones de confort et rencontrer d’autres personnes.

El ’Protect est-elle appuyée par l’État malien, notamment le ministère de la santé ou des partenaires étrangers ?

Pour le moment, El ’Protect n’est pas appuyée par l’État malien, malgré les demandes d’audience déposées. Mais la stratégie est de vraiment travailler afin que nous n’ayons pas à déposer des lettres, mais que les actions soient impactantes et que l’État vienne vers El’Protect pour d’éventuelles collaborations. On espère en tout cas dans les jours à venir qu’on pourra être utile à l’État, surtout dans les domaines de la sante, de l’éducation et de l’utilisation responsable des réseaux sociaux, être un partenaire et un allier sûr de l’État, parce que c’est du Made in Mali.

Avez-vous des projets dans le cadre de la santé sexuelle et reproductive ?

Nous avons beaucoup de projets dans le cadre de la santé sexuelle et reproductive. Nous ambitionnons d’aller dans les villages, où, contrairement à Bamako, les femmes sont déconnectées du reste du monde, où elles font de l’automédication.  Dans ces zones éloignées de Bamako, les femmes n’ont ni accès à des moyens de contraception fiables, ni à l’information, ni aux produits hygiéniques adéquats. Dans les jours à venir, nous prévoyons de nous rendre dans les villages du Mali pour être auprès de ces femmes, les sensibiliser et leur être utiles surtout. Nous continuerons avec la confection des serviettes hygiéniques en innovant encore. C’est pour très bientôt. Aussi, nous sommes en train de mettre en place des stratégies pour permettre aux jeunes filles et garçons de créer des profils responsables sur les réseaux sociaux, de pouvoir les alimenter, les maintenir, et de promouvoir leurs compétences, plutôt que d’être exposés au cyberharcèlement et autres choses néfastes.

Quels derniers messages avez-vous à l’endroit des jeunes filles, de la population et de l’État ?

D’abord, le message que j’ai à lancer à l’endroit des jeunes filles surtout est de parler, de communiquer et de ne pas se mettre de côté quant au sujet de la santé sexuelle et reproductive. Il faut vraiment une communication approfondie autour de ce sujet, même si les parents refusent d’en parler. Pour les jeunes filles, je les conseillerai de rejoindre des associations comme El’Protect pour pouvoir s’informer, réseauter, et apprendre beaucoup afin de pouvoir voler de leurs propres ailes. Être avec des associations comme El ’Protect, c’est aussi se former et avoir des compétences.

Ensuite, à la population, je dirai qu’il faut comprendre que les sujets liés à la santé sexuelle et reproductive ne sont pas des sujets malsains. Il faut communiquer avec les enfants, bien avant ou pendant la puberté, pour leur faire comprendre les phases par lesquelles ils vont passer. Ce qui n’est pas le cas chez nous. On laisse les jeunes et les adolescents et quand il y a des complications, ce n’est pas facile de rattraper. Il faut comprendre que c’est un sujet indispensable qui touche notre quotidien, accepter de communiquer, sensibiliser et de s’impliquer dans la promotion de la santé sexuelle et reproductive.

Enfin, à l’endroit de l’État, je dirai qu’il faut collaborer avec les associations œuvrant dans le domaine de la sante sexuelle et reproductive comme El ’Protect. Avec cette évolution aujourd’hui, une association peut avoir des stratégies bien mises en place pour atteindre des cibles quant à la santé sexuelle et reproductive. Avec la collaboration de l’État, je pense que les résultats pourraient être satisfaisants. Donc, l’État doit épauler et impliquer les associations dans les activités en faveur de la santé sexuelle et reproductive au Mali, les comprendre, les écouter et les appuyer.

Propos recueillis par Siaka Coulibaly



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Source : Le Républicain

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