C’est une victoire historique, mais encore fragile. Après des décennies de plaidoyers acharnés menés par les organisations de défense des Droits Humains, le Mali interdit désormais officiellement les mutilations génitales féminines (MGF) à travers son nouveau code pénal dans la section Violences Basées sur le Genre VBG/Violences Sexuelles. Une révolution juridique adoptée en décembre 2024, et qui place enfin le pays dans le sens de l’histoire. Mais un an après, une question brûle les lèvres : à quand la première condamnation ?

Mercredi 3 décembre 2025, le Président de l’ONG Sini Sanuman, Siaka Traoré, et la militante Kaniba Baguiya ont salué l’avancée majeure que représente cette loi… tout en alertant sur les défis persistants. Une loi qui ne dit pas son nom. Car curieusement, le texte adopté ne mentionne jamais les mots « excision » ou « MGF ».

L’interdiction se cache dans une définition élargie de l’agression sexuelle. L’excision est l’agression sexuelle aggravée. (Code Pénal, Chapitre 7, Section 2, Article 327-2, 3e paragraphe. https://tinyurl.com/CodePenalVBG « Une ambiguïté qui a semé la confusion pendant des mois », reconnaissent les acteurs de la société civile.

Est-ce que l’excision est clairement de l’agression sexuelle ?

Elle est classée comme telle dans le rapport du Ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, La Stratégie Nationale Holistique pour Mettre Fin aux Violences Basées sur le Genre – 2019-2030

https://tinyurl.com/StrategieVBG

 

Approchés par Sini Sanuman, plusieurs membres du Conseil National de Transition ont confirmé que les MGF sont belles et bien visées. Seulement, les parlementaires craignaient une levée de boucliers s’ils nommaient explicitement cette pratique encore profondément ancrée dans de nombreuses communautés.

Une situation qui oblige les ONG de mener la bataille de l’information, sur les ondes radios, des affiches et dans les villages.

Une loi encore muette dans les tribunaux

À ce jour, précisent les responsables de l’ONG Sini Sanuman, aucune plainte n’a été déposée ni aucune exciseuse poursuivie.

Le premier obstacle ?

La responsabilité parentale pour dénoncer, il faut accepter d’avouer : «Qui a emmené la fillette ?»

Une barrière psychologique difficile à franchir pour des parents qui regrettent souvent… mais craignent la honte et la prison. Pourtant, la sanction existe. La peine encourue pour l’excision d’une fille ou pour avoir conduit une fille à être excisée est de 10 ans de prison et d’une amende d’un million de francs CFA.

Qui sera la première personne à traduire en justice une exciseuse et ou un parent ?

Qui seront les premières personnes à être emprisonnées pour avoir excisé une fille ?

À l’hôpital Luxembourg de Bamako, souvent les gens amènent les filles récemment excisées au Dr Mohamed Camara pour les soigner/sauver. Il demande chaque fois de voir l’exciseuse qui l’a fait et de leur faire voir ce qu’elles ont fait.

Normalement, elles sont surprises, combien c’est grave. Il joue, lui, la carte du sursaut moral. Face aux exciseuses, il n’hésite pas à menacer d’actions judiciaires. Et ça marche : beaucoup d’entre elles jurent de ne plus jamais recommencer.

Des villages mobilisés, un changement profond en marche

A en croire les responsables de l’ONG, le combat n’a pas commencé avec la loi. Depuis des années, la société civile avance, patiemment mais sûrement. Résultat : Plus de 1200 villages à travers le Mali ont déjà déclaré l’abandon des MGF, 180 exciseuses ont renoncé grâce aux actions de Sini Sanuman.

D’anciennes praticiennes deviennent aujourd’hui des ambassadrices du changement. Parmi elles, figure Maimouna Kanté, qui a stoppé l’excision en 2004, encouragée par Kaniba Baguiya. Cette dernière continue, 21 ans plus tard, de soutenir les conversions les plus difficiles. Elle a déjà convaincu 50 personnes d’abandonner cette tradition mutilante

Kaniba Baguiya, à gauche, parle avec une exciseuse

Le président de Sini Sanuman, Siaka Traoré, souvent accompagné de sa mère Batio Fané, ancienne exciseuse, poursuit la sensibilisation sur les ondes et dans les voisinages. À eux seuls, ils ont convaincu 41 exciseuses de cesser définitivement.

En effet, le Mali n’est plus dans la honte d’être parmi les derniers à tolérer les MGF. Il ne reste que la Sierra Leone et le Libéria à n’avoir aucune interdiction.

Dans la même dynamique, les « 16 jours d’activisme contre les Violences Basées sur le Genre » célébrés du 25 Novembre au 11 Décembre donnent l’opportunité à Sini Sanuman de lancer un message. « Le peuple malien a désormais le pouvoir de protéger ses filles. Ensemble, tournons la page d’un rituel traumatisant. »

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