
Après avoir bien rempli leurs estomacs de haricots, de viande ou d’autres festins dignes d’un banquet d’État, certains, bien calés dans leurs fauteuils, télécommande ou journal à la main, entre un rot non maîtrisé et un bâillement satisfait, lâchent leur sentence : « Les journalistes maliens ne font plus d’investigation. » C’est devenu la mode, critiquer sans rien connaître, juger sans jamais avoir risqué une seule vérité. Aujourd’hui, tout le monde veut escalader le mur journalistique… parce que c’est, paraît-il, le plus ‘court.
Il faut rappeler que, pour être journaliste, d’abord, c’est une option d’amour à la justice, un droit à la liberté, un équilibre social et une conviction de vie. Pour être journaliste, il faut avoir un niveau élevé mais vraiment élevé de culture générale, de discernement, de dissertation, d’analyse, de rébellion, un niveau linguistique de sommet, un caractère imperturbable, une carapace de caïman, une tête pleine, une capacité de riposte intellectuelle inégalable, une propriété intellectuelle et corporelle irréprochable.
Donc, on peut imiter les journalistes, mais jamais les égaler. Des journalistes sans lâcheté peuvent faire et défaire un régime. Dans notre pays, à part quelques-uns qui ont pu, soit par compromission, soit par conviction, se stabiliser économiquement, beaucoup de journalistes maliens publics ou privés confondus vivent dans strategies de vie. Non pas par manque de vivacité, mais par une conspiration voulue, planifiée depuis plus de trente ans.
Très confortablement et presque unanimement, des Maliens affirment aujourd’hui que l’ORTM n’est pas efficace. Qu’elle manque d’initiative, de ton, de réactivité. Mais à qui la faute ?
La première faute est celle des gouvernants qui, depuis des années, considèrent que parce que l’ORTM est un média d’État, elle doit attendre docilement les injonctions de l’État. Une conception rétrograde qui tue toute autonomie éditoriale et toute créativité journalistique.
La seconde faute est celle de certains journalistes eux-mêmes, talentueux mais résignés, qui ont accepté de se coucher sans même murmurer. On les entend parfois dire, entre deux frustrations: « On proteste en sourdine ». Djantre ! Protester en sourdine, c’est protester pour rien. Il est temps de dire haut et fort à ceux qui dirigent que le journalisme ne se fait pas avec la peur au ventre, ni avec des moyens de misère.
Car oui, pour faire du vrai reportage, aller au plus près des réalités, éclairer les zones d’ombre, informer sans se courber, il faut des moyens. Pas des perdiems d’humiliation ou des budgets symboliques. Il faut des moyens comparables à ceux des grandes opérations, car informer un peuple est un acte stratégique.
Mais beaucoup de journalistes privés sont aussi devenus des dindons de la farce. Pour les incrédules( il faut rappeler que les génériques ne touchent pas tout le monde).
Les plus audacieux cherchent conférence après conférence à faire un rang, et espérer recevoir 10.000 FCFA, souvent avec le mépris de certains chargés de communication. Ces derniers pensent être différents des jeunes reporters.
Certains communicants d’ONG, d’organisations internationales ou diplomatiques méprisent les journalistes privés, comme si ces derniers n’étaient là que pour salir, soutirer de l’argent, puis trahir.
Ce que je dis n’est pas une parole en l’air(on développera un article sur ce phénomène).Les journalistes privés, de façon générale, sont soupçonnés d’être manipulés à partir d’une position de circonstance.
Beaucoup de ces journaux sortent par orgueil, honneur, dignité, en sachant qu’au bout, il n’y a rien. La grande majorité des journaux privés ont mis la clé sous le paillasson.
L’ORTM ne manque ni de compétence ni de professionnels. Ce qui lui manque, c’est l’audace soutenue par les moyens, et la liberté garantie par une volonté politique. Ce n’est pas un luxe, c’est une urgence. Car un média national à genoux ne peut pas servir une nation debout. L’actuel directeur est un As de la loyauté à la transition donc le temps est venu de réveiller l’ORTM créative, dynamique, audacieuse. Donnons aux journalistes la dignité qu’ils méritent, pour qu’en retour, ils servent leur pays sans complaisance, mais avec excellence.
- Les structures étatiques ont des hommes de valeur en silence.
Il faut rappeler que toutes les structures de l’État dans le domaine de l’information et de la communication sont dirigées par des journalistes aguerris, compétents, respectueux, avec des personnalités acceptables et responsables qui aiment tellement leur pays, qu’ils se taisent. Et parfois, derrière ces bazins et ces costumes, il y a une résistance, une stratégie, une survie.
Tous sont capables de faire des choses extraordinaires pour défendre le pays, en ce moment de lutte pour la souveraineté.
Les journalistes privés, les oubliés de la Nation Depuis plus de sept ans, aucune aide. Beaucoup de journalistes n’ont plus de carte de presse, beaucoup de faîtières sont devenues amorphes, faute de financement pour leur fonctionnement. Certains sont considérés comme des collabos d’anciens régimes, d’opérateurs économiques ou de chefs politiques. Une confusion permanente.
Et pourtant, les faîtières privées ont fait de leur mieux, notamment pendant cette période de transition, pour proposer des éléments de langage sur la souveraineté retrouvée, pour accompagner le » Mali Kura ».
Il faut aider la presse privée, ne pas laisser mourir les convictions. L’État actuel du Mali doit sauver la presse privée pour l’honneur national. Mais la presse privée aussi doit revenir à la doxa journalistique, respecter les principes, ne pas vendre la plume au plus offrant. Sortir du » djeni ka gnini » (les insultes à vil prix), et se dresser pour des analyses sérieuses et profondes.
Il faut faire des tirs groupés contre ceux qui insultent les journalistes, sortir de la peur d’un professionnalisme trop théorique, qui interdit d’avoir du répondant face aux vidéastes populistes qui dénaturent la profession.
À ce que je sache, si on mettait à la disposition de nos journalistes de la presse publique ne serait-ce qu’un quart des moyens dont disposent certains médias de la propagande mensongère, notre pays les surpasserait.
Il faut que l’État sache qu’il doit créer des moyens solides pour rehausser l’image de la presse, pour que le patriotisme convictionnel soit renforcé, et que nous soyons amoureux de notre pays autant que les militaires sur le front.
Le journaliste malien doit se dire, enfin, que nous devons élever notre niveau d’honneur pour notre Nation. Source Le Poing
