
Minimisant l’attaque du 7 décembre en un simple « incident », le président Patrice Talon a assuré jeudi que le Bénin avait démontré sa maturité démocratique et que de tels événements ne pourraient plus prospérer, tout en justifiant le recours à l’aviation nigériane pour éviter un bain de sang…
Lors d’une conférence de presse accordée à la presse nationale et internationale, le chef de l’État béninois a affirmé que la tentative de coup de force ne constituait pas véritablement un coup d’État, mais plutôt un « incident » mené par des « voyous » manipulés par des acteurs politiques marginaux, soulignant que l’armée et les institutions béninoises avaient démontré leur loyauté républicaine.
« Pour moi, ce n’est pas véritablement une tentative de coup d’État, parce qu’il faut bien plus que ça pour soumettre un État entier », a déclaré le chef de l’État béninois face à la presse nationale et internationale. Le président Talon s’est dit « très malheureux » pour l’image du pays, mais a assuré aller « très bien » physiquement, même si son « moral a pris un petit coup ».
Une armée loyale et une Garde nationale blanchie
Revenant sur les circonstances de l’attaque, le président Talon a tenu à blanchir la Garde nationale, dont l’ex-commandant Pascal Tigri était l’instigateur présumé. « Ce n’est pas la Garde nationale qui a opéré l’attaque. Heureusement », a-t-il affirmé, précisant que « ceux qui ont opéré l’attaque n’étaient pas tous, sinon, dans leur grande majorité, de la Garde nationale ».
Il a salué la réaction immédiate de l’ensemble de l’armée béninoise.
« Toutes les casernes ont appelé le chef d’état-major général, ont appelé le commandant de la garde républicaine, pour demander la conduite à tenir », a-t-il révélé, soulignant que « l’armée béninoise et la Garde nationale ont joué leur rôle ».
Des renforts de la Garde nationale stationnée à Allada et de la caserne de Ouidah étaient même en position de « bombarder le camp » de Togbin où s’étaient retranchés les mutins, selon le président. « J’aurai le bonheur, le plaisir, l’honneur de me lever et de les applaudir, parce qu’ils ont été extraordinaires », a-t-il lancé.
« Des voyous manipulés par des acteurs politiques marginaux »
Qualifiant les assaillants de « petits voyous » et de « petits terroristes », Patrice Talon a affirmé qu’ils avaient été « manipulés, encouragés par quelques acteurs marginaux politiques du Bénin et puis quelques personnes étrangères ». Il s’est toutefois gardé de citer des noms, indiquant que « la justice s’est déjà saisie de cette affaire ».
Le président a condamné ceux qui se sont « réjouis » publiquement de l’attaque. « On ne peut pas applaudir publiquement un crime. On ne peut pas se réjouir publiquement d’un crime », a-t-il martelé.
Le recours au Nigéria pour éviter un bain de sang
Patrice Talon a justifié l’intervention de l’armée de l’air nigériane par la nécessité d’éviter un bain de sang.
« Pour préserver Togbin, le quartier et les vies humaines, il fallait faire appel à une telle arme pour neutraliser un ou deux blindés », a-t-il expliqué, précisant que le Bénin ne disposait pas d’aéronefs capables de frappes chirurgicales.
L’appel a été lancé « vers midi » au président nigérian Bola Tinubu, « via la Cédéao », dans un cadre « normé, bien précis ». Les avions nigérians ont effectué « deux frappes » qui ont suffi à provoquer « la débandade » des mutins. Des troupes terrestres nigérianes sont également arrivées « vers minuit, une heure du matin », par courtoisie, bien que le président ait assuré ne pas en avoir eu besoin.
Pascal Tigri et ses complices toujours en fuite
Le lieutenant-colonel Pascal Tigri, qui devait assurer la présidence de la transition du Conseil militaire pour la refondation (CMR) et plusieurs de ses complices sont toujours en fuite. Le président a révélé avoir eu Tigri au téléphone pendant l’opération, par l’intermédiaire du patron de la Garde républicaine. « Il a dit, ah non, il ne faut pas sous-estimer ma capacité de nuisance », a rapporté Patrice Talon.
Le chef de l’État béninois a expliqué avoir donné « la consigne de ne pas abattre qui que ce soit en fuite » pour éviter davantage de victimes. Tigri lui-même « est parti du camp en civil et en voiture » avant les frappes aériennes, abandonnant ses hommes.
Des mandats d’arrêt ont été lancés contre les fugitifs, et le Bénin a « sollicité les pays concernés pour coopérer et nous les livrer », a indiqué le président, laissant entendre qu’ils auraient franchi les frontières.
« Le Bénin a franchi un palier »
Interrogé sur les risques de récidive, Patrice Talon s’est montré catégorique : « Pour moi, cela ne se reproduira plus jamais, juste parce que les uns et les autres ont pu constater que le Bénin est désormais stable ». Il a comparé le Bénin aux grandes démocraties, soulignant que personne n’oserait attaquer des institutions comme l’Élysée ou la Maison-Blanche, car de telles tentatives échoueraient
Le dirigeant béninois a rejeté toute lecture politique de l’événement. L’incident s’est produit à quelques mois de la présidentielle à laquelle ne prendra pas part la principale formation de l’opposition, Les Démocrates pour insuffisance de parrainages. « Je fais une lecture sociologique de ce qui s’est passé et non politique. Pour moi, cela n’a pas été engendré par une crise politique », a-t-il affirmé.
Il a accueilli favorablement la résolution du Parlement de la Cédéao condamnant l’attaque et appelant au dialogue. « La Cédéao est dans son rôle », a-t-il déclaré, tout en précisant que l’incident n’avait pas de dimension politique nécessitant des discussions particulières.
Il a confirmé la mort de de l’épouse du général Bada et d’un soldat de la garde républicaine.
AC/Sf/APA
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