0 0
Read Time:2 Minute, 30 Second

Cher grand-père, Je t’adresse cette 333ᵉ lettre, dans laquelle je murmure pour la troisième et dernière fois. Un murmure, car ici nul n’ose hausser le ton sans risquer d’être brisé au menton. Oui, grand-père, nous sommes allés très loin dans la crise malienne, au point de perdre le sens du chemin, qu’il soit d’aller ou de retour…

 

Aujourd’hui, nous stagnons, avançant à vue entre résilience et résignation. Chaque jour apporte sa peine, plus lourde encore que celle de la veille. Du Grand Nord au Sud, en passant par le Centre, la crise s’est étendue partout. Il n’y a plus d’abri. Se battre est devenu le seul refrain, le « va-t-en-guerre » la formule psalmodiée par tous. Plus d’alternative apparente : la sécurité avant le développement.

 

Voilà maintenant treize ans, onze mois et onze jours que la rébellion a éclaté dans le Grand Nord du Mali. Si cette rébellion avait des causes diplomatiques, elle s’est aussi nourrie de causes internes : une administration lourde et lente, incapable de garantir partout une éducation équitable, une justice efficace et un développement partagé.

 

À cette rébellion se sont ajoutés les gouffres du sous-développement : chômage, misère, jeunesse désœuvrée et livrée à elle-même. De cette accumulation est née une crise asymétrique, mêlant rébellion, terrorisme et grand banditisme. Les institutions n’y ont pas résisté. Elles ont fini par céder, nous plongeant dans une instabilité politique et socioéconomique profonde.

 

Face à nos trois grands problèmes, la guerre, l’insécurité et l’instabilité politique, qui sont les conséquences de trois maux majeurs, la concentration de l’État, l’extrême sous-développement et les crises institutionnelles, il faut trois grandes solutions. Oui, grand-père : les élections, la décentralisation et le développement.

 

Nous avons beau tourner indéfiniment autour de nos maux, rébellion, insécurité et instabilité politique, tant que nous ne traitons pas leurs causes profondes par la décentralisation, le développement et les élections, nous continuerons à stagner, sans répit. Trois maux, trois solutions, trois voies… et cette 333ᵉ lettre.

 

C’est pourquoi, cher grand-père, je murmure pour la troisième et dernière fois : il faut dialoguer et bâtir un consensus politique. Personne ne peut agir seul. Il faut établir un chronogramme clair, clore les débats stériles et chercher notre place dans le concert des nations. Le dialogue et le développement doivent être privilégiés comme les réponses les plus durables à la guerre et à l’insécurité.

 

Les choses bien faites le sont au bon moment, par les bons acteurs et de la bonne manière. Le pouvoir est un vin qui enivre son cavalier, mais aussi un cheval dangereux, dont on ne voit pas les oreilles quand il décide de faire mal.

 

Cher grand-père, je te confie cette 333ᵉ lettre, en souhaitant une bonne et heureuse année 2026 à tout le Mali.

 

À mardi prochain, Inch’Allah.

 

Lettre de Koureichy

 

 

Source : Mali Tribune

 

 

Happy
Happy
0 %
Sad
Sad
0 %
Excited
Excited
0 %
Sleepy
Sleepy
0 %
Angry
Angry
0 %
Surprise
Surprise
0 %
Previous post Cession directe de logements sociaux-OMH : « Bientôt les bénéficiaires restants auront leur clé »
Next post Mali : Un rapport historique validé pour briser la double discrimination des femmes handicapées