La relation entre l’armée et la population civile constitue l’un des piliers essentiels de la sécurité nationale et de la stabilité d’un État. Elle est, dans les contextes fragiles ou en transition comme c’est le cas dans plusieurs pays du Sahel un facteur déterminant de paix durable ou, à l’inverse, de conflictualité persistante…

 

La Réforme du Secteur de la Sécurité (RSS) repose précisément sur cette idée centrale : les forces armées ne sont pas de simples instruments de coercition, mais des institutions républicaines au service des citoyens, agissant dans le respect de l’État de droit, des droits humains et sous contrôle démocratique.

 

 

 

Toute politique de sécurité efficace repose d’abord sur un capital immatériel fondamental : la confiance. L’armée doit être perçue par les populations comme une force de protection et non comme un facteur de crainte ou de prédation. Inversement, la population ne peut être considérée comme une menace permanente, mais comme un partenaire central de la sécurité collective.

 

C’est tout le sens de l’approche moderne dite de sécurité humaine, qui place le citoyen au cœur du dispositif sécuritaire, non comme objet, mais comme acteur.

 

Dans cette logique : l’armée assure la défense nationale, la protection des personnes et des biens, le respect de l’ordre républicain et des droits fondamentaux ; la population contribue, sans se substituer à l’État, par l’alerte, l’information, la coopération et le soutien à la légitimité des institutions.

 

Il s’agit là d’une coproduction de la sécurité, et non d’une militarisation de la société. Une collaboration efficace entre l’armée et la population suppose, du côté des forces armées : des actions régulières de sensibilisation auprès des communautés ; une communication claire sur leurs missions, leurs limites et leurs règles d’engagement ; l’instauration de cadres de dialogue civilo-militaires (forums locaux, concertations communautaires, relais civils).

 

L’armée doit être présente sans être oppressante, visible et accessible sans perdre son autorité. En retour, la population joue un rôle clé dans le renseignement de proximité, car elle détient une connaissance fine du terrain : mouvements suspects; infiltrations de groupes armés; trafics ou dynamiques locales à risque.

 

Cependant, cette coopération ne peut exister que si trois conditions sont réunies : la protection effective des informateurs ; l’absence de représailles ou d’abus ; un usage responsable et professionnel des informations recueillies.

 

Sans confiance, il n’y a pas de renseignement fiable. La Réforme du Secteur de la Sécurité repose sur un principe cardinal : il ne peut y avoir de sécurité durable sans respect des droits humains. Les exactions, arrestations arbitraires, violences contre les civils ou humiliations publiques détruisent instantanément le lien de confiance et nourrissent les dynamiques de radicalisation.

 

À l’inverse : la discipline militaire ; la justice militaire crédible; la sanction effective des abus; la transparence des opérations; renforcent la légitimité de l’armée et consolident son ancrage républicain.

 

Par ailleurs, dans de nombreux pays, l’armée contribue utilement à : la construction d’infrastructures ; l’assistance humanitaire ; la gestion des catastrophes ; le soutien sanitaire et logistique.

 

Ces actions renforcent l’image d’une armée au service du peuple, et non tournée contre lui.

 

 

Au Sahel : une relation encore fragile

 

Dans l’espace sahélien, la collaboration entre armée et population existe, notamment au Mali à traverse des actions civilo-militaires bien ancrées, mais elle demeure : fragile; inégale selon les zones; vulnérable aux crises sécuritaires.

 

Les causes sont bien identifiées : un lourd passif de méfiance hérité des crises antérieures ; des abus commis par des éléments incontrôlés ; la peur des représailles des groupes armés ; la faible présence de l’État civil dans certaines zones rurales.

 

Cette fragilité empêche la consolidation d’un véritable pacte de sécurité entre l’État et les citoyens.

 

Recommandations pour une collaboration durable

 

Dans une perspective de réforme et de stabilisation, plusieurs axes se proposent : Renforcer la formation civilo-militaire, notamment sur : les droits humains ; le droit international humanitaire ; la gestion des relations avec les civils.

 

Institutionnaliser les cadres de dialogue : comités locaux de sécurité ; médiation communautaire ; implication des chefs traditionnels et religieux.

 

Garantir la redevabilité des forces: mécanismes de plainte accessibles ; sanctions effectives en cas d’abus ; contrôle parlementaire et citoyen.

 

Articuler sécurité et développement : emploi des jeunes ; services sociaux de base ; infrastructures locales.

 

Il ne saurait y avoir de sécurité durable sans développement inclusif. Enfin, la collaboration entre l’armée et la population n’est ni un luxe ni un slogan : elle constitue la condition même de la paix durable.

 

Elle ne peut être fondée sur la peur, la contrainte brutale ni la suspicion permanente.

 

Elle doit reposer sur : la confiance ; le respect mutuel ; la transparence ; l’intérêt général.

 

Dans une approche moderne de la Réforme du Secteur de la Sécurité, l’armée n’est plus seulement une force de combat : elle devient un acteur central de la cohésion nationale, de la stabilité politique et du développement durable.

 

Bonne fête!

 

 

Par Dr. Mahamadou Konaté

 

Centre Kurukanfuga – Bonne Gouvernance et Consolidation de la Paix (CK-BGCP)

 

20 janvier 2026

Source Mali Tribune

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