En décembre 2024, le gouvernement a révisé le Code pénal en condamnant les Agressions Sexuelles.  Le Ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille a classé clairement l’Excision dans  La Stratégie Nationale Holistique pour Mettre Fin aux Violences Basées sur le Genre – 2019-2030 comme une des agressions sexuelles.  Il serait encore plus clair de mentionner dans la Loi le mot Excision au lieu d’agressions sexuelles…

À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les mutilations génitales féminines, le Président du Conseil d’administration de l’Association Sini Sanuman, Siaka Traoré, monte au créneau. Pour lui, la sensibilisation seule ne suffit plus. Le Mali doit adopter une loi spécifique interdisant clairement l’excision. Entretien sans détour. 

Monsieur le Président, que signifie “Sini Sanuman” et pourquoi avoir créé cette association ?

Siaka Traoré : “Sini Sanuman” signifie en langue bamanankan « lendemain sain ». Ce nom traduit notre vision de bâtir un avenir où la femme et la fille malienne vivent en bonne santé, dans la dignité et l’épanouissement.

Nous avons créé cette structure pour lutter contre les pratiques néfastes à la santé et aux droits des femmes, notamment l’Excision la cheville ouvrière des combat de Sini Sanuman. Très vite, nous avons compris qu’il fallait non seulement sensibiliser les communautés, mais aussi engager un plaidoyer fort auprès des leaders politiques, administratifs, religieux et culturels pour aller vers une loi interdisant clairement cette pratique.

C’est ainsi qu’est né le «Pacte contre l’excision», une initiative de mobilisation et de collecte de signatures pour fédérer toutes celles et ceux qui souhaitent l’abandon définitif de cette pratique.

Pourquoi insistez-vous sur l’adoption d’une loi spécifique contre l’excision ?

Siaka Traoré : Nous avons une loi contre les violences basées sur le genre d’où les agressions sexuelles sont condamnées dans le nouveau code pénal malien publié dans le journal officiel de la république du Mali en Dcemebre 2024.

C’est une avancée importante mais l’excision mérite une loi spécifique, claire et sans ambiguïté. Aujourd’hui, des pays voisins comme le Sénégal, la Guinée Conakry, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et le Niger disposent de lois spécifiques.

Certaines familles traversent les frontières pour venir pratiquer l’excision au Mali. Cela pose un vrai problème. Nous voulons que le Mali soit en conformité avec les standards régionaux et internationaux. Une loi spécifique serait une arme dissuasive forte et rappelle que l’intégrité physique de la fille malienne n’est pas négociable.

Quels sont vos principaux domaines d’intervention ?

Siaka Traoré : Nous intervenons dans la lutte contre les violences basées sur le genre, qui constituent une violation grave des Droits Humains. Mais nous avons accentué nos actions sur l’excision, en raison des dangers physiques et psychologiques qu’elle engendre.

Nous travaillons également sur la réinsertion socioprofessionnelle des survivantes de violences sexuelles à travers la formation en coupe-couture, la saponification, l’informatique et autres métiers générateurs de revenus. Notre objectif est qu’elles puissent subvenir à leurs besoins et contribuer au développement économique de leur communauté.

Comment percevez-vous l’évolution des mentalités ?

Siaka Traoré : Il y a des avancées. Avant, l’excision était un sujet tabou. Aujourd’hui, on en parle ouvertement. Grâce aux sensibilisations, aux formations et aux plaidoyers, certaines communautés ont même procédé à des abandons collectifs.

L’État a également révisé le Code pénal en intégrant l’interdiction des Agressions Sexuelles. C’est un pas important. Cependant, des résistances persistent, notamment chez certains leaders religieux musulmans ou coutumiers.

À cela s’ajoutent les difficultés liées à l’insécurité et au manque de financement, qui limitent notre accès à certaines zones. Mais nous n’allons pas baisser les bras.

Comment accompagnez-vous concrètement les victimes et survivantes ?

Siaka Traoré : Nous offrons une prise en charge globale à travers l’assistance médicale, le soutien psychosocial, l’accompagnement juridique, la sécurité et la réinsertion socioéconomique.

Mais nos ressources sont très limitées et nous ne pouvons pas toujours aider tous les gens qui expriment le besoin d’assistance. 

Nous hébergeons certaines victimes en collaboration avec la mairie de la commune où se trouve notre siège. Nous travaillons avec des médecins qui assurent des consultations gratuites. Si un cas dépasse nos compétences, nous l’orientons vers des partenaires spécialisés.

Quel rôle doit jouer les leaders communautaires ?

Siaka Traoré : Ils ont un rôle déterminant. C’est pourquoi nous voulons qu’ils soient nos relais essentiels dans les communautés. Leur implication peut accélérer l’abandon de la pratique. Mais pour cela, nous avons besoin d’un appui technique et financier. Avec le retrait de certains partenaires, nos moyens sont limités. Nous appelons l’État et les partenaires à renforcer leur soutien afin que nous puissions couvrir les zones non accessibles et consolider nos acquis.

Votre message aux autorités et aux parents maliens ?

Siaka Traoré : Aux autorités, je dirais qu’ils ont déjà fait des efforts, mais il faut aller plus loin encore. Nous voulons une loi spécifique interdisant l’excision au Mali. Aux parents, je dirais chaque fille mérite d’être protégée. Sinon les pratiques néfastes finissent toujours par se retourner contre eux.

Les Agressions Sexuelles sont interdites et punies par la loi. Protéger nos filles, c’est protéger notre avenir. Au-delà de la lutte contre l’excision, je formule ma prière pour un Mali uni et prospère. Je souhaite que le Mali retrouve sa quiétude, que chacun puisse circuler librement et travailler sans crainte. C’est dans un pays stable et uni que nous pourrons véritablement protéger nos filles et construire un «demain saint»

Adama COULIBALY

EchosMedias

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