La traque des fausses nouvelles s’organise au cœur de Bamako. Le samedi 8 août 2026, les locaux de Badialan III Kodabougou, en Commune III, ont vibré au rythme d’une session intensive d’initiation au fact-checking. À l’initiative de l’association Dème wati bè, des dizaines de jeunes et de professionnels des médias se sont rassemblés pour une mission précise : apprendre à débusquer la manipulation de l’information…


Animée par Bouréima Soulo, journaliste et président de la Communauté des Blogueurs du Mali (Doniblog), cette formation s’est déroulée en présence du président de l’association, Djibril Bagayoko.


Sur le web malien, la réalité est quotidienne : la course au « buzz » sur Facebook ou X (ex-Twitter) et la viralité des audios WhatsApp saturent et polluent le débat public. Pour les organisateurs, il y a urgence à agir. «Il faut impérativement maîtriser son outil de travail avant de l’utiliser», a martelé Djibril Bagayoko lors de l’ouverture. «Cette formation vise à renforcer les capacités des jeunes pour qu’ils utilisent les réseaux sociaux à bon escient, dans l’intérêt général du pays.»

Démonter les mécanismes du faux

Pendant plusieurs heures, Bouréima Soulo a décortiqué la mécanique des fausses nouvelles. Le journaliste a d’abord insisté sur les nuances, trop souvent oubliées, de la manipulation en ligne.

Il a rappelé que la désinformation (l’intention délibérée de nuire ou de tromper) ne partage pas les mêmes ressorts que la mésinformation (le partage involontaire d’une fausse information) ou la malinformation (l’utilisation de faits réels sortis de leur contexte).

Pour ancrer son propos, l’expert est revenu sur l’histoire récente du Mali. Il a notamment montré comment les amalgames nés de l’usage approximatif de certains termes, comme «rébellion touareg» depuis les années 1990, ont pu fragiliser la cohésion nationale.

Face à ces pièges, un seul mot d’ordre a été donné aux participants : la vérification croisée. Douter des sources anonymes, recouper l’information auprès de deux canaux indépendants et préférer la rigueur à la course au scoop.
Du numérique au terrain : l’engagement concret de «Dème wati bè»

Cette journée de sensibilisation n’est pas un fait isolé. Elle prolonge le travail de terrain mené par Dème wati bè. Active depuis 2024 avec pour leitmotiv «Cohésion, Action, Émergence», l’association multiplie les projets à Bamako, Bougouni, Massigui, Koulikoro et Ségou.

Sur le terrain, les résultats parlent d’eux-mêmes : réhabilitation de trois classes à l’école Monzo Traoré, installation de 350 panneaux solaires et soutien scolaire pour 500 enfants. Côté économie, l’organisation soutient l’autonomisation des femmes et des jeunes via des unités de couture et de savonnerie, tout en finançant 30 projets locaux.

Enfin, les actions de salubrité, comme le curage de près de 800 mètres de caniveaux et l’aménagement des berges du marigot Koda, illustrent la philosophie de l’organisation : «Aidons-nous vivants».

En liant l’assainissement de l’espace numérique à l’amélioration concrète du cadre de vie, l’association et la diaspora malienne rappellent que la stabilité du pays repose d’abord sur la vigilance de ses citoyens. Prochaine étape pour Dème wati bè : s’attaquer aux modules liés à l’éducation environnementale.
Aissetou CISSÉ

EchosMedias

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