
Au lendemain de la fête de la Tabaski, la capitale malienne s’est réveillée sous des montagnes de déchets. Face à cette situation critique, la Direction des Services Urbains de Voirie et d’Assainissement (DSUVA) a déployé les grands moyens. Entretien exclusif avec Kadialy Fadiga, chef de la division assainissement de la DSUVA, au cœur d’une opération coup de poing…



Chaque année, le constat est le même mais le défi reste immense. Vingt-quatre heures seulement après les célébrations de la Tabaski, de nombreuses artères de Bamako ont croulé sous une marée de déchets, mêlant détritus ménagers, restes d’emballages et déchets organiques liés aux sacrifices.


Face à ce spectacle désolant qui asphyxie la capitale, les «soldats de la propreté» sont à pied d’œuvre.
Cette année, la DSUVA a ciblé de grands axes stratégiques, notamment l’avenue du Président Modibo Keïta, le boulevard du Peuple ainsi que l’avenue Mohamed V. C’est là, au milieu des vrombissements des engins lourds et du va-et-vient des bennes, que nous avons rencontré Kadialy Fadiga, chef de la division assainissement à la DSUVA.
Une mobilisation logistique et humaine exceptionnelle

«Nous sommes actuellement sur l’avenue Mohamed V. Pour faire face à cette situation, nous avons mobilisé d’importants moyens logistiques : des camions-remorques ainsi qu’un camion benne ampliroll. Nos équipes effectuent jusqu’à trois rotations par jour sur cette seule avenue», nous explique M. Fadiga, le visage marqué par la fatigue mais déterminé.



Les chiffres donnent le tournis : rien que sur le boulevard du Peuple, ce sont plus de 200 mètres cubes de déchets qui sont collectés quotidiennement. Pour relever ce défi herculéen, la Mairie du District n’a pas lésiné sur les moyens.
Plus de 400 agents se relaient désormais jour et nuit pour redonner à Bamako son éclat. L’organisation des équipes a été pensée pour couvrir l’ensemble de la journée et de la nuit : Les équipes diurnes commencent le travail à partir de 8h00.

Après une courte pause de trente minutes à la mi-journée, elles reprennent pour terminer à 16h00. Les équipes nocturnes prennent le relais de 20h00 à 2h00 du matin. Une équipe d’urgence prolonge les efforts, restant mobilisée parfois jusqu’à 4h00 du matin.
Le manque de civisme : le véritable obstacle

Si les moyens techniques et humains sont au rendez-vous, le chef de la division assainissement pointe du doigt le principal frein à l’efficacité de leurs actions : le comportement des citoyens.
«Ce qui nous fatigue le plus dans notre travail, c’est qu’il n’y a pas d’esprit de civisme chez les gens», déplore Kadialy Fadiga avec regret.
«On ne peut pas jeter les sachets sur les voies publiques. Certains ramassent les déchets chez eux pour venir les déposer directement sur la chaussée. D’autres, installés dans les véhicules de transport commun ou même dans leurs véhicules personnels, jettent des sachets un peu partout. C’est à tous les niveaux.»
Pour le responsable, la solution ne sera pas uniquement technique : «Il faut une prise de conscience, une sensibilisation et une implication à tous les niveaux pour que les gens comprennent l’ampleur de la situation. La salubrité, c’est pour le bien de nous tous.»
Un effort salué par les populations

Malgré les critiques récurrentes sur la gestion des ordures en période de fête, les habitants constatent et saluent l’effort abattu cette année. Sur place, plusieurs citoyens ont tenu à exprimer leur reconnaissance envers la DSUVA.

«Hier, nous étions totalement envahis par les ordures. L’équipe chargée de l’assainissement a fait du bon travail, l’effort est visible et nous les saluons pour cela», témoigne Aboubacar Keïta, un citoyen interrogé sur l’avenue Mohamed V.

Un avis partagé par Cheick Oumar Traoré, un autre habitant du quartier : «Ils sont vraiment à pied d’œuvre, de jour comme de nuit. En plus, ils assurent un suivi régulier tout en sensibilisant la population à ne pas jeter les ordures par terre. Ces efforts méritent d’être encouragés.»



Placée sous l’autorité directe de la Mairie du District, la DSUVA rappelle que ses missions vont au-delà de la collecte d’urgence : elle intervient au quotidien dans l’assainissement, l’entretien des espaces verts et l’embellissement de Bamako, la « ville des trois caïmans ».
Quelques heures seulement après le passage des engins et des balayeurs, le boulevard du Peuple offrait déjà un tout autre visage, net et dégagé.



Un soulagement pour les commerçants et les usagers, et la preuve que lorsque les moyens sont déployés, Bamako peut respirer. Reste à savoir si le message de civisme lancé par la DSUVA sera enfin entendu par les Bamakois pour que la propreté devienne durable.
Bakary Mamadou COULIBALY
EchosMedias
