
À l’initiative du Vivier d’expertise féminin et de ses partenaires, une session de sensibilisation sur la fistule obstétricale s’est tenue hier mercredi 17 juin 2026 à Hamdallaye, en Commune IV du District de Bamako. Cet événement a réuni leaders locaux, autorités civiles et citoyennes autour d’un combat commun : briser le silence, éduquer et restaurer la dignité des femmes affectées…
La déclaration de Hawa Coulibaly : le Vivier d’expertise féminin s’engage
Ouvrant la séance, Mme Hawa Coulibaly, représentante du Vivier d’expertise féminin, a rappelé la mission profonde de cette campagne d’information. Elle a insisté sur le fait que la lutte contre la fistule obstétricale ne se limite pas aux soins médicaux, mais nécessite une véritable déconstruction des mythes entourant la maladie.
Selon elle, l’objectif principal du Vivier est de redonner une voix et une place dans la société aux femmes marginalisées par cette affection. Elle a appelé à une synergie d’actions entre les organisations de la société civile, les professionnels de santé et les communautés locales pour bouter cette maladie hors du Mali.
L’appel à la solidarité du chef de quartier : vaincre l’isolement social
Prenant la parole à la suite de ce cadrage, Abderrahmane Bagayoko, conseiller et représentant du chef de quartier, a salué une initiative sanitaire cruciale. Cette maladie provoque une perte d’urine continue chez les femmes touchées.
Au-delà de la souffrance physique, M. Bagayoko a dénoncé l’isolement social dramatique des victimes, souvent rejetées par leur propre famille en raison des odeurs et des préjugés liés à la propreté. Évoquant des cas de détresse psychologique extrême menant parfois à la folie, le conseiller a lancé un appel vibrant à la solidarité et à l’inclusion.
Il a rappelé avec insistance que la fistule obstétricale se guérit grâce à la médecine moderne, exhortant la communauté à soutenir ces femmes pour qu’elles retrouvent leur dignité.

Le plaidoyer fort de Bakari Coulibaly : impliquer les hommes dans le combat
Le président de la séance, M. Bakari Coulibaly, par ailleurs agent chargé des affaires courantes du Centre secondaire d’État civil de Hamdallaye I, a emboîté le pas en saluant une initiative salvatrice.
Selon lui, cette campagne menée par le Vivier d’expertise féminin est essentielle et doit s’étendre à toutes les localités du pays.
Pour maximiser l’impact de cette formation, M. Coulibaly invite les participantes à devenir de véritables ambassadrices au sein de leurs communautés.
«Les femmes présentes doivent être les yeux et les oreilles de celles qui n’ont pas pu faire le déplacement », a-t-il souligné, tout en plaidant pour l’octroi de moyens matériels et financiers afin de faciliter ce relais d’information dans les quartiers.
L’officier d’état civil a également formulé une recommandation majeure : intégrer les hommes dans les futures sessions de sensibilisation. Bien que la fistule obstétricale touche exclusivement les femmes, ses conséquences affectent directement les couples.
«Lorsqu’une femme mariée est atteinte, cela devient immédiatement un défi majeur pour son époux», a-t-il expliqué. Associer les hommes permettrait, selon lui, une meilleure prise en charge et un soutien accru des conjoints.
M. Bakari Coulibaly a conclu son intervention en adressant ses vifs remerciements au Vivier d’expertise féminin ainsi qu’aux organisations partenaires engagées dans cette lutte commune.
Témoignages : la voix des participantes

La parole a ensuite été donnée aux bénéficiaires de la formation. Leurs témoignages poignants illustrent l’urgence d’agir sur le terrain.
Mme Salimatou Doumbia : « Relayer l’information auprès de notre entourage »
Marquée par son expérience, elle exprime son émotion et sa motivation face à cette initiative. « Ce thème est crucial et parfaitement ciblé, car il touche directement de nombreuses femmes, souvent victimes de cette affection en silence », confie-t-elle.
Pour elle, cette formation est un appel à l’action : «Notre participation nous engage à briser le tabou et à sensibiliser à notre tour notre communauté.»
Mme Djenenou Dieng : «Une solution concrète pour nos proches touchés»
Pour elle, cette session arrive au moment opportun. Touchée de près par cette réalité à travers une parente malade qu’elle cherchait à faire hospitaliser, elle témoigne de son soulagement : «Je remercie le Tout-Puissant de m’avoir permis de suivre cette formation dont j’avais un besoin urgent.»
À l’issue des travaux, elle s’engage à devenir une ambassadrice : «Je vais informer mes proches et mes collaborateurs sur les ravages de cette maladie encore trop méconnue.»
Mme Bassira Diallo : «Lutter contre les mariages précoces et forcés»
Elle retient, quant à elle, une leçon humaine et sociale poignante.
Face aux ravages de la maladie, elle établit un lien direct avec les pratiques traditionnelles néfastes. «J’ai été confrontée à un cas dramatique causé par le mariage précoce et forcé», déplore-t-elle. Elle lance ainsi un appel pressant à la responsabilité collective : « J’invite les parents à renoncer définitivement au mariage des mineures, qui constitue l’une des causes majeures de la fistule obstétricale.»
Vers une mobilisation générale

Cette journée de sensibilisation à Hamdallaye aura permis de lever le voile sur une souffrance trop longtemps tue. Entre la nécessité médicale de soigner, l’urgence sociale d’installer les conjoints au cœur de la solution, et le combat culturel contre les mariages précoces porté par le Vivier d’expertise féminin, la lutte contre la fistule obstétricale au Mali demande une implication de tous.
Le message des organisateurs et des participants est clair : la fistule se guérit, et aucune femme ne devrait plus en souffrir dans l’isolement.
Aissetou CISSÉ
EchosMedias
