«Celui qui oublie d’où il vient ne saura jamais où il va.»

Issa KANTE, Ingénieur d’Agriculture et du Génie Rural, Spécialisé en Aménagement du Territoire, Environnement et Gestion Urbaine

22 SEPTEMBRE 1960 : L’HÉRITAGE D’UNE INDÉPENDANCE ET LE DEVOIR DE MÉMOIRE

Le 22 septembre 1960 n’est pas une date ordinaire dans l’histoire de notre pays. C’est le jour où le Mali, alors République soudanaise, accède à l’indépendance et affirme sa volonté de prendre en main son propre destin. Cette indépendance est l’aboutissement d’un long combat politique, intellectuel et populaire, porté par des hommes et des femmes qui avaient fait le choix de la dignité, de la liberté et de la souveraineté.

Parmi les grandes figures de cette histoire, Modibo Keïta occupe une place particulière. Avec d’autres pionniers de la lutte anticoloniale et de la construction nationale, il a incarné la vision d’un Mali debout, uni et maître de son destin. Mais derrière ces grandes figures de notre histoire se trouvaient aussi des milliers de femmes et d’hommes, connus ou anonymes, qui, chacun à leur manière, ont contribué à faire naître cette indépendance.

Soixante-six ans après le 22 septembre 1960, une question mérite d’être posée : que faisons-nous aujourd’hui de cet héritage ?

Cette interrogation prend une résonance particulière dans le Mali d’aujourd’hui. Notre pays traverse une période importante de son histoire, marquée par la volonté des autorités de la Transition de renforcer la souveraineté nationale, de restaurer l’autorité de l’État, de consolider la défense et la sécurité et d’engager une dynamique de refondation.

Dans ce contexte, il convient de saluer les efforts des autorités actuelles de la Transition, ainsi que les sacrifices consentis par les Forces de défense et de sécurité, les fonctionnaires, les travailleurs et l’ensemble des citoyens qui contribuent, chacun à son niveau, à la marche du pays.

La volonté affichée de renforcer la souveraineté du Mali, de valoriser ses ressources, de consolider ses institutions et de promouvoir une plus grande autonomie dans les choix nationaux mérite d’être accompagnée par un engagement collectif en faveur du développement et de la cohésion sociale.

La souveraineté n’a véritablement de sens que lorsqu’elle se traduit par davantage de dignité, de sécurité, de justice, de travail et d’espoir pour les populations.
C’est pourquoi l’héritage de l’Indépendance doit continuer à inspirer l’action présente.

Si septembre devenait un mois de mémoire nationale ?

La célébration de l’indépendance ne devrait peut-être pas se limiter à une seule journée de cérémonies, de défilés et de discours.

Pourquoi ne pas faire de tout le mois de septembre un grand moment de mémoire, de reconnaissance et de patriotisme?

Dans les écoles, les universités, les administrations, les collectivités territoriales, les associations, les villages et les quartiers, septembre pourrait être rythmé par des conférences, des expositions, des projections de films historiques, des concours scolaires et des rencontres entre générations.

Les jeunes doivent connaître l’histoire de leur pays. Ils doivent savoir qui furent les pères et les pionniers de l’Indépendance, mais aussi mesurer les sacrifices consentis par les générations qui les ont précédés.
Une jeunesse qui connaît son histoire comprend mieux la responsabilité qu’elle porte envers l’avenir.

Si nous rendions hommage à tous les bâtisseurs du Mali ?

Le mois de septembre pourrait également devenir un temps privilégié pour honorer celles et ceux qui ont contribué à bâtir le Mali : responsables politiques, enseignants, militaires, agriculteurs, ouvriers, fonctionnaires, artistes, religieux, chefs traditionnels et simples citoyens.

La reconnaissance nationale ne devrait pas être réservée aux seules grandes personnalités inscrites dans les livres d’histoire. Il faut à cet égard saluer la volonté déjà engagée par les autorités actuelles de faire revivre la mémoire nationale à travers la mise en place de statues, de monuments et d’autres lieux dédiés à la mémoire de grandes figures de notre histoire. Cette démarche, qui permet de donner une présence visible à celles et ceux qui ont marqué le destin du Mali, mérite d’être encouragée et amplifiée.

Honorer nos grandes figures, c’est aussi transmettre aux générations futures les valeurs de courage, de sacrifice, de patriotisme et de dévouement au service de la nation. C’est rappeler que la construction du Mali n’est pas l’œuvre d’une seule génération, mais un héritage collectif que chaque époque doit préserver, enrichir et transmettre.

Cette démarche contribue à faire vivre notre mémoire nationale. Elle rappelle surtout _que la construction du Mali n’est pas l’œuvre d’une seule génération : elle est un héritage collectif que chaque époque doit préserver, enrichir et transmettr_ e.

Un pays qui sait reconnaître ses bâtisseurs apprend à sa jeunesse que le service de la nation ne se mesure pas à la célébrité, mais à la contribution apportée à la communauté.

Pourquoi ne pas instaurer, chaque mois de septembre, une véritable tradition de reconnaissance nationale : témoignages d’anciens, distinctions honorifiques, statues et plaques commémoratives, récits historiques et collecte de témoignages dans toutes les régions du pays ?

Si le patriotisme passait davantage des paroles aux actes ?

Le patriotisme ne devrait pas être seulement une émotion ressentie pendant les fêtes nationales ou un mot prononcé dans les discours.

– Aimer le Mali, c’est respecter le bien public.

– Aimer le Mali, c’est travailler avec honnêteté et conscience.

– Aimer le Mali, c’est protéger notre environnement.

– Aimer le Mali, c’est respecter les autres et préserver la cohésion nationale.

– Aimer le Mali, c’est transmettre notre culture et notre histoire.

– Aimer le Mali, c’est contribuer, à son niveau, au développement de sa communauté.

– Aimer le Mali, c’est aussi être prêt à le défendre, à protéger son intégrité, sa souveraineté et son unité.

Ainsi, chaque commune, chaque école, chaque association et chaque quartier pourrait réaliser, au cours du mois de septembre, une action citoyenne : opération d’assainissement, plantation d’arbres, restauration d’un espace public, soutien à une école, protection d’un site culturel ou action de solidarité.
Ce serait une manière simple mais forte de rappeler que nous sommes les héritiers de l’Indépendance et que nous avons, à notre tour, une responsabilité dans la construction du Mali.

Si nous faisions de la transmission une priorité nationale ?

Les générations qui ont vécu les premières années de l’indépendance disparaissent progressivement. Avec elles risque de s’effacer une partie précieuse de notre mémoire collective : les récits, les sacrifices, les espoirs, les difficultés et les rêves qui ont accompagné la naissance de notre nation.

Il convient, là encore, de saluer les initiatives visant à faire revivre cette mémoire et à honorer les grandes figures de notre histoire. La mise en place de statues, de monuments et d’espaces de mémoire permet de donner un visage à notre histoire et d’offrir aux jeunes générations des repères pour mieux comprendre le chemin parcouru par notre pays.

Mais les monuments ne suffisent pas. Une statue peut rappeler un homme ; seul le témoignage peut faire revivre une époque. Il est donc urgent de renouer le dialogue entre les générations.

Les anciens doivent raconter, témoigner et transmettre ; les jeunes doivent écouter, questionner, comprendre et, à leur tour, devenir les gardiens de cette mémoire.

Pourquoi ne pas instituer dans les établissements scolaires une journée intitulée « Je connais mon Mali » ? Chaque élève pourrait y présenter une personnalité, un événement, une bataille, une œuvre culturelle, un lieu historique ou une grande réalisation ayant marqué notre histoire.
Car la mémoire n’est véritablement vivante que lorsqu’elle est transmise.

Si le meilleur hommage aux pères de l’Indépendance était de construire ?
Les pères de l’Indépendance nous ont légué un pays. Les générations qui leur ont succédé ont poursuivi cette œuvre, chacune à leur manière. Aujourd’hui encore, les efforts entrepris par les autorités de la Transition pour renforcer la souveraineté du Mali, consolider l’État, défendre le territoire national et poursuivre la refondation du pays convergent vers un même objectif : améliorer durablement la vie des Maliens et préparer l’avenir de la nation.

Il convient de saluer et d’encourager le travail déjà engagé dans ces domaines, ainsi que la volonté de faire de la souveraineté, de la défense des intérêts nationaux et de la valorisation des ressources du pays des priorités de l’action publique.

Le meilleur hommage que nous puissions rendre aux pères de l’Indépendance, aux anciens bâtisseurs et à tous ceux qui servent aujourd’hui le Mali n’est donc pas seulement de déposer des gerbes de fleurs ou de prononcer de discours. C’est aussi de poursuivre, chacun à son niveau, l’œuvre de construction nationale et d’accompagner les efforts engagés pour faire du Mali un pays plus fort, plus uni, plus souverain et plus prospère.
La souveraineté n’est pas seulement une affirmation politique.

Elle doit aussi se traduire par une agriculture forte, une école performante, des services publics efficaces, des infrastructures adaptées, une économie créatrice d’emplois et une jeunesse qui croit en son avenir.

Ces efforts, quelles que soient les difficultés et les défis qui demeurent, s’inscrivent dans une même exigence : faire du Mali un pays capable de décider de son destin, de protéger ses intérêts et de construire son développement sur ses propres forces.

Mais l’œuvre de construction nationale ne peut être portée par les seules autorités. Elle appartient à tous les Maliens. Chacun doit prendre sa part de responsabilité, dans son village, son quartier, sa commune, son service, son entreprise ou son exploitation agricole.

Car le véritable hommage à ceux qui nous ont légué l’Indépendance n’est pas seulement de regarder le passé avec fierté. C’est de transformer cet héritage en une force pour construire l’avenir.

C’est de construire.

– Construire un Mali plus juste.

– Construire un Mali plus uni.

– Construire un Mali plus souverain.

– Construire un Mali qui protège sa mémoire, valorise ses ressources et donne à sa jeunesse les moyens de réussir.

Le 22 septembre doit rester une date de fierté et de mémoire. Mais le patriotisme, lui, ne doit pas attendre le calendrier. Il doit devenir une attitude quotidienne, une manière de travailler, de servir et de vivre ensemble.

Alors, si septembre devenait véritablement le mois de la mémoire, de la reconnaissance et de l’engagement patriotique ?

– Un mois pour nous souvenir.

– Un mois pour transmettre.

– Un mois pour honorer.

– Un mois surtout pour agir.

Car se souvenir de l’Indépendance, c’est honorer ceux qui nous l’ont léguée.

– La célébrer, c’est faire vivre notre dignité.

– La défendre, c’est servir la patrie.

– Et la transmettre, c’est préparer le Mali de demain.

«Celui qui connaît le chemin parcouru sait mieux choisir celui qu’il reste à parcourir.»

SEPTEMBRE : SE SOUVENIR, S’ENGAGER ET MIEUX SERVIR LE MALI

Issa KANTE

EchosMedias

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