Il existe des blessures que le temps ne suffit pas toujours à effacer. Le mépris en fait partie. Il y a aussi ces blessures silencieuses, celles que l’on porte sans les montrer, nées d’une parole mal comprise, d’un geste mal interprété, d’un orgueil mal placé ou simplement d’une relation qui s’est brisée sans que personne ne trouve le courage de faire le premier pas…

Mais dans la vie, une vérité finit toujours par s’imposer : il vaut mieux que les gens te respectent plutôt qu’ils aient peur de toi. La peur peut imposer le silence, mais elle ne crée ni l’affection, ni la loyauté, ni le respect véritable.

On peut faire trembler les autres sans jamais être aimé. On peut être obéi sans jamais être estimé. Et lorsque la peur disparaît, que reste-t-il ?

Le respect, lui, laisse une trace. Lorsqu’une personne nourrit du mépris dans son cœur, aucune soumission, aucun compromis et aucun renoncement de l’autre ne suffisent nécessairement à apaiser ce sentiment.

Celui qui vous méprise pour ce que vous êtes ne vous acceptera pas forcément pour ce que vous abandonnez. C’est pourquoi il faut parfois avoir le courage de rester soi-même, sans arrogance, mais aussi sans accepter de se dépouiller de sa dignité pour obtenir l’approbation de quelqu’un.

Le Coran nous enseigne pourtant une autre voie : celle du pardon, de la maîtrise de soi et de la bienveillance. Allah dit dans la sourate Al-Imran: « eux qui dépensent dans l’aisance et dans l’adversité, qui dominent leur colère et pardonnent aux gens.

Et Allah aime les bienfaisants. » (Coran, 3:134). Quelle extraordinaire leçon d’humanité ! Maîtriser sa colère. Pardonner. Faire le bien, même lorsque l’on aurait mille raisons de répondre par la dureté. Cela ne signifie pas être faible. Au contraire, il faut parfois beaucoup plus de force pour pardonner que pour se venger.

Le Coran nous rappelle également : «La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles. Repousse le mal par ce qui est meilleur.» (Coran, 41:34). Voilà peut-être l’une des plus belles réponses aux conflits qui empoisonnent les relations humaines : ne pas laisser la méchanceté de l’autre déterminer notre propre comportement. Car nous commettons tous des erreurs. Nous interprétons parfois mal les paroles des autres.

Nous nous laissons emporter par l’orgueil, la colère ou les blessures anciennes. Et parfois, par simple incompréhension, nous faisons porter à quelqu’un un poids qu’il ne mérite pas. Un malentendu peut durer quelques minutes, mais ses conséquences peuvent durer des années.

Alors, pourquoi attendre ?

Pourquoi laisser une rancœur grandir jusqu’à devenir une haine ?

Pourquoi transformer une incompréhension en rupture définitive ?

Pourquoi refuser une poignée de main alors qu’un simple mot pourrait peut-être réparer ce qui a été brisé ?

La vie est étrange. La roue tourne. Même si c’est une roue de remorque, elle finit toujours par tourner. Celui qui se trouve aujourd’hui en position de force peut connaître demain la fragilité. Celui qui est respecté aujourd’hui peut avoir besoin demain de la main de celui qu’il a méprisé.

Et celui que l’on regarde parfois de haut peut être, un jour, celui dont on recherchera le soutien. C’est pourquoi l’humilité est une richesse. Il faut savoir distinguer l’humilité de la soumission, le compromis de l’abdication et le respect de soi de l’orgueil.

Faire un pas vers l’autre n’est pas toujours une défaite. Demander pardon n’est pas s’humilier. Pardonner n’est pas oublier ce qui s’est passé. Et tendre la main ne signifie pas que l’on accepte l’injustice.

Parfois, le plus grand acte de courage consiste simplement à dire : Nous avons peut-être mal compris. Recommençons. Certaines personnes, cependant, ne vous reprochent pas ce que vous faites ; elles vous reprochent simplement ce que vous êtes.

Dans ce cas, changer ses comportements, abandonner ses valeurs ou multiplier les concessions ne suffira jamais. Car le problème n’est plus dans vos actes, mais dans le regard que l’autre porte sur vous. Alors, restez digne. Ne répondez pas au mépris par le mépris.

Ne répondez pas à la haine par la haine. Ne cherchez pas à inspirer la peur pour obtenir le respect. La peur commande ; le respect rassemble. La peur éloigne ; le respect rapproche. La peur produit des silences ; le respect produit des consciences.

Et lorsque vient le moment de choisir entre avoir autour de soi des personnes qui tremblent et avoir auprès de soi des personnes qui respectent, le choix devrait être évident. Car au soir de notre vie, ce ne sont pas ceux qui nous auront craints que nous aurons envie de retrouver dans nos souvenirs. Ce sont ceux qui nous auront respectés. Ceux à qui nous avons tendu la main. Ceux à qui nous avons pardonné. Ceux que nous avons aidés sans rien attendre en retour.

Ceux qui pourront dire de nous: Cette personne m’a fait du bien. C’est peut-être cela, finalement, la véritable grandeur, pouvoir être puissant sans être arrogant, respecté sans être craint, ferme sans être cruel et capable de pardonner sans perdre sa dignité. Parce que personne ne sait de quoi demain sera fait. Et parce que la roue tourne toujours. Excellent début de semaine à toutes et à tous.

Source : Le Poing

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