Dans notre pays, et plus particulièrement dans la capitale Bamako, les thermomètres affichent depuis plusieurs années des températures exceptionnellement élevées. Ils dépassent régulièrement les 40 °C, au moment même où une crise énergétique marquée par des délestages récurrents s’installe durablement. Cette situation constitue une menace sérieuse pour la conservation de l’insuline, un traitement indispensable dans la prise en charge du diabète…

Face à cette réalité, comment préserver ce médicament précieux, particulièrement sensible à la chaleur, dans un environnement aussi contraignant ?

Cette situation climatique vient s’ajouter aux défis socio-économiques et sécuritaires que connaît le pays. La conservation de l’insuline dans des conditions optimales demeure complexe alors que son efficacité dépend du respect d’une température adéquate.

Pourtant, à Bamako, les coupures fréquentes d’électricité et les effets du changement climatique, qui entraînent une hausse constante des températures, compliquent davantage la tâche. À cela s’ajoutent le manque d’équipements adaptés et les difficultés financières rencontrées par de nombreuses familles.

Malgré ces contraintes, les patients développent diverses stratégies pour conserver ce médicament vital dans des conditions souvent précaires.

À peine le soleil se lève-t-il sur Bamako et ses environs que la chaleur s’installe. Les patients sous insulinothérapie sont ainsi contraints à une vigilance permanente. Beaucoup deviennent de véritables sentinelles auprès de leurs réfrigérateurs, redoutant une coupure de courant ou une panne susceptible de compromettre la conservation de leur traitement.

Dans le quartier de l’Hippodrome, Mariam Coulibaly, 48 ans, vit avec le diabète et dépend de l’insuline. Elle surveille régulièrement son réfrigérateur afin de s’assurer que son traitement est conservé dans de bonnes conditions.

«Je suis très préoccupée lorsque les coupures d’électricité durent longtemps, car le médicament peut perdre son efficacité alors que ma vie en dépend désormais», confie-t-elle.

Son inquiétude est loin d’être isolée. À travers Bamako, la conservation de l’insuline est devenue une préoccupation majeure pour de nombreux patients diabétiques confrontés à des conditions climatiques et énergétiques difficiles.

Une lutte permanente contre la chaleur et les coupures d’électricité
L’insuline est un médicament particulièrement sensible aux températures extrêmes. Les recommandations internationales préconisent généralement une conservation entre 2 et 8 °C.

Une mauvaise conservation peut réduire son efficacité et compromettre l’équilibre glycémique du patient, notamment dans une ville où les fortes chaleurs sont devenues habituelles.

À Korofina, Mamadou Traoré accompagne son fils de 13 ans atteint de diabète de type 1. «Nous sommes obligés d’être constamment prudents. Dès qu’il y a une coupure de courant, nous cherchons immédiatement une solution pour mettre l’insuline à l’abri de la chaleur. C’est devenu une habitude familiale», explique-t-il.

Selon ce parent, chaque déplacement nécessite une organisation particulière : glacière isotherme, accumulateurs de froid et contrôle régulier de la température font désormais partie du quotidien.

Le délestage, une menace permanente pour l’insuline

Une seule journée de délestage peut anéantir tous les efforts consentis pour assurer une bonne conservation de l’insuline. «Lorsque l’électricité disparaît pendant toute une journée, nous sommes très stressés. L’insuline coûte cher et risque de perdre certaines de ses propriétés, ce qui affecte son efficacité», s’indigne Fatoumata Cissé, habitante du quartier de Missira.


Comme beaucoup d’autres patients, elle a appris à développer des solutions alternatives pour préserver son traitement.


«Parfois, nous utilisons une petite jarre en terre cuite afin de protéger le médicament de la chaleur», explique-t-elle.

Entre précarité et débrouillardise
Au-delà des difficultés liées à l’énergie, les contraintes économiques pèsent lourdement sur les familles. L’achat d’un réfrigérateur performant, d’une glacière médicale ou d’un système solaire demeure hors de portée pour de nombreux ménages.


«Beaucoup de patients consacrent déjà une grande partie de leurs revenus aux consultations médicales, aux examens et à une alimentation adaptée. Acheter du matériel spécialisé représente souvent une charge supplémentaire difficile à supporter», déplore Boubacar Coulibaly, rencontré à Djoumanzana.

Une sensibilisation indispensable

Pour les professionnels de santé, l’information et la sensibilisation des patients restent essentielles. Beaucoup ignorent encore les bonnes pratiques de conservation de l’insuline ou les mesures à adopter en cas de fortes chaleurs.

Les spécialistes recommandent notamment d’éviter toute exposition directe au soleil, de ne jamais congeler l’insuline et de consulter un professionnel de santé en cas de doute sur l’efficacité du produit.

Avec l’augmentation du nombre de personnes vivant avec le diabète au Mali, la question de la conservation de l’insuline devient un véritable enjeu de santé publique. Derrière chaque flacon soigneusement protégé se cache souvent une histoire de vigilance, de sacrifices et de résilience.

Pour Mariam Coulibaly, le combat ne se limite pas à la maladie.
«Nous nous battons chaque jour contre le diabète, mais aussi contre la chaleur, les coupures d’électricité et les difficultés du quotidien.»


À Bamako, préserver l’insuline face aux défis énergétiques et aux aléas climatiques est devenu un véritable parcours du combattant pour des milliers de patients dont la survie dépend de ce traitement indispensable.
Baba TOURE

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