
À la lumière du récent rapport d’audit financier publié par le Bureau du Vérificateur Général (BVG) couvrant la période de 2021 au 30 juin 2025, la rédaction de Bamada.net analyse les dysfonctionnements administratifs et financiers mis en évidence au sein de l’Office Central de Lutte contre l’Enrichissement Illicite (OCLEI). Entre impératif de transparence budgétaire, mesures correctives engagées et respect scrupuleux du cadre judiciaire, retour complet sur un dossier majeur de la gouvernance publique malienne…
Une évaluation au cœur du dispositif anti-corruption
Dans le cadre de sa mission régalienne de contrôle et d’évaluation de la gestion des deniers publics, le Bureau du Vérificateur Général (BVG) a rendu publiques ses conclusions à l’issue de la vérification financière menée au sein de l’Office Central de Lutte contre l’Enrichissement Illicite (OCLEI). Couvrant les exercices budgétaires allant du 1er janvier 2021 au 30 juin 2025, cet examen approfondi visait à s’assurer de la régularité et de la sincérité des opérations de recettes et de dépenses d’une institution clé dans l’architecture malienne de lutte contre la délinquance financière.
Acteur central de la mise en œuvre de la Stratégie Nationale de Lutte contre la Corruption (SNLC) et s’inscrivant dans la vision de refondation de l’État (Mali Kura), l’OCLEI gère des ressources publiques significatives. Entre le 1er janvier 2022 et le 30 juin 2025, sur un montant prévisionnel de 10,33 milliards de FCFA inscrit dans les lois de finances, l’organisme a exécuté des dépenses globales s’élevant à 9,05 milliards de FCFA, appuyé en cela par divers partenaires techniques et financiers (PTF).
Les dysfonctionnements administratifs relevés par les vérificateurs
Au-delà des aspects purement financiers, l’équipe d’audit du BVG a identifié une série de lacunes d’ordre administratif et procédural au niveau du contrôle interne :
Absence de manuel de procédures validé : L’audit souligne que l’OCLEI ne dispose pas encore d’un manuel de procédures administratives, financières et comptables formellement homologué par la Commission de suivi des systèmes de contrôle interne, en raison d’observations de fond formulées dès septembre 2020 nécessitant un alignement des textes fondateurs.
Conformité à la protection des données personnelles : Il a été constaté une omission des déclarations et demandes d’autorisations préalables auprès de l’Autorité de Protection des Données à caractère Personnel (APDP) concernant certains fichiers informatisés (gestion de la paie, des usagers, des recrutements et du site web).
Position statutaire du personnel détaché : Le rapport pointe du doigt l’absence d’actes formels de mise en position de détachement pour les membres du Conseil issus de la fonction publique, créant un risque de confusion statutaire ou salariale.
Procédures de passation des marchés : Les vérificateurs ont mis en exergue des non-respects de la composition réglementaire des commissions d’évaluation et de réception des biens, ainsi que le non-respect des délais minimaux de convocation et de constitution des garanties de bonne exécution.
Panorama des irrégularités financières évaluées à 352,9 millions de FCFA
Sur le volet financier, le rapport du BVG chiffre le montant global des irrégularités à 352 917 947 FCFA (dont 900 000 FCFA ont immédiatement fait l’objet d’une régularisation au cours des travaux). Les points saillants de cette évaluation concernent notamment :
Paiements au titre de mandats échus : Le maintien du virement de traitements mensuels pour un montant cumulé de 100,8 millions de FCFA en faveur de deux anciens membres du Conseil après la constatation de la fin de leurs fonctions découlant d’arrêts de la Section Administrative de la Cour Suprême (Arrêts n°413 du 4 août 2022 et n°616 du 19 octobre 2023).
Prise en charge d’assurance santé complémentaire : L’octroi d’une police d’assurance maladie privée aux membres du Conseil pour un montant de 38,62 millions de FCFA, alors que ceux-ci bénéficient déjà des prestations de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO).
Gestion du carburant et prestations : Des imputations de carburant estimées indues ou non encadrées par une décision administrative préalable (13,15 millions de FCFA), ainsi que des règlements financiers intervenus avant la constatation effective du service fait.
Source : Bamada.net
