De la rigueur de gestion à la reconquête de la confiance, l’Institut national de prévoyance sociale face à l’exigence des résultats. L’Institut national de prévoyance sociale (INPS) n’est pas une administration comme les autres. Derrière ses cotisations, ses comptes, ses agences et ses procédures se trouvent des droits sociaux, des carrières, des pensions et, pour des milliers de familles maliennes, une part essentielle de leur sécurité économique…

Dans ce contexte, toute volonté de transformation de l’institution mérite d’être regardée à la fois avec bienveillance, vigilance et exigence. Depuis l’arrivée d’Idrissa Bakary Diarra à la Direction générale, plusieurs orientations rapportées témoignent d’une volonté de renforcer la discipline de gestion, d’améliorer le recouvrement, de maîtriser les charges, de moderniser les services et de mieux connaître les réalités du terrain.

Une telle dynamique peut constituer une opportunité importante pour l’INPS. Mais une refondation ne se juge ni aux discours ni aux intentions. Elle se mesure à la qualité des procédures, à la transparence des décisions et, surtout, aux résultats durables obtenus au bénéfice des assurés.

Un patrimoine social qui appartient à toute la Nation

Chaque cotisation versée à l’INPS correspond à un droit futur.

Chaque pension représente souvent des années de travail.

Chaque prestation peut déterminer l’équilibre d’un ménage.

La solidité de l’institution constitue donc une question sociale, mais également économique et nationale. Une protection sociale durable exige des ressources correctement recouvrées, des charges maîtrisées, des réserves sécurisées et une gestion conforme aux textes.

C’est précisément sur ce terrain que la notion de refondation prend son sens.

L’objectif ne devrait pas être simplement de faire fonctionner l’INPS différemment, mais de construire une institution plus robuste, plus moderne et capable de résister aux changements de personnes et de conjoncture.

Une nouvelle méthode de gestion à confirmer par les résultats

La connaissance directe du terrain peut constituer l’un des leviers d’une gouvernance plus efficace. Les déplacements dans les structures, l’écoute des agents, l’identification des difficultés opérationnelles et le contact avec les réalités des assurés permettent de compléter les informations produites par les tableaux de bord.

À cela s’ajoutent les enjeux de digitalisation, de rationalisation des dépenses, de renforcement du recouvrement et de valorisation des compétences.

Mais une question doit rester au centre de l’évaluation : quels résultats ces changements produisent-ils ?

Une mesure administrative devient une réforme lorsqu’elle améliore durablement le fonctionnement de l’institution.

C’est donc moins le nombre de décisions prises que leur impact qui devra retenir l’attention.

Ressources humaines : la rigueur doit rester compatible avec le droit

La décision rapportée concernant l’abrogation de 115 décisions d’embauche et de stages probatoires constitue un dossier particulièrement sensible.

La maîtrise des effectifs, l’adéquation des compétences aux besoins et la conformité des recrutements relèvent légitimement des exigences de bonne gouvernance. Mais la rigueur ne peut jamais être confondue avec l’arbitraire.

Toute décision concernant les agents doit reposer sur une base juridique claire, des critères cohérents et, lorsque les textes le prévoient, le respect des garanties procédurales.

Cette exigence ne fragilise pas la réforme. Elle la renforce.

Une institution moderne doit pouvoir corriger ses dysfonctionnements tout en protégeant les droits de ceux qui y travaillent. C’est précisément cette articulation entre autorité, droit et équité qui donne sa crédibilité à une transformation institutionnelle.

Le recouvrement, test grandeur nature de la gouvernance financière

Pour un organisme de prévoyance sociale, le recouvrement constitue un indicateur central.

Une cotisation qui échappe durablement au système représente une ressource perdue pour la protection sociale et peut, à terme, fragiliser la capacité de l’institution à honorer ses engagements.

Le dossier évoqué concernant Barrick Gold illustre l’importance de cette question. Selon les informations communiquées, une créance évaluée à 14 milliards de FCFA aurait donné lieu à une procédure judiciaire à Sikasso avant qu’une démarche négociée n’aboutisse à un accord portant sur 6 milliards de FCFA. Les mêmes informations font état de 5,5 milliards effectivement recouvrés après prise en compte des honoraires d’avocats.

Ces éléments doivent naturellement être appréciés avec prudence et confrontés aux documents administratifs, comptables et judiciaires disponibles.

Mais au-delà de ce dossier particulier, le principe est essentiel : un organisme social doit être capable de mobiliser efficacement les ressources qui lui sont dues.

L’efficacité ne doit toutefois jamais être dissociée de la légalité, de la traçabilité et de l’égalité de traitement.

La vérité des chiffres sera le meilleur juge

La prochaine étape de toute refondation crédible sera celle de la mesure.

Quel est le niveau réel des cotisations recouvrées ?

Quelle est l’évolution des créances ?

Quelles sont les charges et leur structure ?

Quels investissements sont réalisés ?

Quels sont les délais de traitement des prestations ?

Combien de dossiers restent en instance ?

Quelle est la situation des réserves et des engagements ?

Ces questions ne constituent pas une attaque contre la Direction générale. Elles relèvent de la responsabilité inhérente à la gestion de ressources collectives.

La transparence doit ainsi devenir un instrument permanent de gouvernance.

Un INPS plus performant devra pouvoir démontrer ses progrès par des indicateurs fiables et régulièrement suivis.

Le pensionné demeure le premier baromètre

Il existe néanmoins un indicateur plus important que tous les tableaux de bord : l’expérience du bénéficiaire.

Pour le pensionné, la réforme signifie d’abord la régularité du paiement.

Pour une veuve ou un veuf, elle signifie la célérité du traitement d’un dossier.

Pour une victime d’un accident du travail, elle signifie l’effectivité de ses droits.

Pour le travailleur en activité, elle signifie la sécurité de ses droits futurs.

Des appréciations favorables rapportées de représentants de la CONARI concernant notamment la régularité du paiement des pensions et certaines régularisations constituent des signaux qui méritent d’être entendus.

Ils ne dispensent cependant pas l’institution d’une évaluation objective.

L’idéal serait que les témoignages positifs du terrain et les indicateurs de performance convergent.

C’est là que se trouvera la véritable preuve d’une amélioration durable.

Soutenir le changement sans renoncer à l’exigence

Un principe mérite d’être clairement affirmé : lorsqu’une institution stratégique entreprend de corriger ses méthodes, de renforcer ses contrôles, d’améliorer le recouvrement ou de moderniser ses services, le débat public ne devrait pas systématiquement se transformer en confrontation avec les hommes et les femmes qui portent ces changements.

Il ne s’agit pas de combattre les initiateurs d’une réforme simplement parce qu’ils bousculent certaines habitudes.

Lorsqu’un changement est utile, légal et orienté vers l’intérêt général, il doit pouvoir être encouragé.

Cela ne signifie nullement accorder un blanc-seing à ceux qui le conduisent.

Soutenir une réforme et exercer son esprit critique sont deux attitudes parfaitement compatibles.

Questionner une décision ne signifie pas nécessairement combattre son auteur. De même, encourager une transformation ne signifie pas renoncer au contrôle citoyen.

Cette nuance est fondamentale pour la construction d’un État plus responsable.

Le Mali ne gagnera rien à fragiliser systématiquement ceux qui tentent de corriger les dysfonctionnements de ses institutions. Mais il ne gagnera rien non plus à remplacer le contrôle par l’adhésion automatique.

Les porteurs du changement doivent être jugés sur leurs méthodes, leurs actes et leurs résultats.

La souveraineté financière commence aussi par les institutions sociales

La question dépasse largement l’INPS.

La souveraineté financière ne consiste pas seulement à disposer de ressources. Elle suppose la capacité à les mobiliser, les sécuriser, les gérer avec prudence et les utiliser conformément à leur vocation.

Les réserves de l’INPS ne sauraient être considérées comme une caisse générale destinée à répondre indistinctement aux besoins de l’État.

Elles doivent d’abord servir la pérennité du système de protection sociale.

Une stratégie de long terme devrait donc privilégier la consolidation des réserves, la sécurisation des placements, la maîtrise des risques, l’amélioration des rendements dans le respect du cadre légal, le contrôle interne et la protection permanente des droits des assurés.

C’est ainsi que la souveraineté financière prend un sens concret.

Une réforme réussie est celle qui survit à son initiateur

Aucune refondation durable ne peut reposer sur un seul responsable.

La Direction générale donne l’impulsion. Les cadres structurent les orientations. Les agents les mettent en œuvre. Les partenaires sociaux participent au dialogue. Les employeurs assument leurs obligations. Les assurés et les pensionnés évaluent quotidiennement la qualité du service.

L’enjeu est donc de transformer une dynamique de direction en culture institutionnelle.

Une réforme réussie doit laisser derrière elle des procédures plus solides, des systèmes d’information mieux sécurisés, des comptes mieux maîtrisés, des compétences mieux valorisées et des mécanismes de contrôle plus efficaces.

Autrement dit : moins d’hommes providentiels, davantage d’institutions solides.

La promotion des jeunes cadres doit également reposer sur la compétence, l’intégrité, l’expérience, la responsabilité et les résultats. Ni l’âge ni les appartenances ne devraient remplacer le mérite et l’aptitude à servir l’intérêt général.

Le véritable tableau de bord : les résultats

À terme, les débats sur l’INPS devront moins porter sur les intentions que sur des indicateurs concrets :
davantage de cotisations effectivement recouvrées ;
des charges mieux maîtrisées ; des pensions régulièrement payées ;
des délais de traitement réduits ;des systèmes numériques sécurisés ;
des investissements prudents ; des contrôles internes renforcés ; une information financière plus lisible ; un dialogue social plus constructif ; un assuré mieux accueilli et mieux servi.

Voilà le véritable tableau de bord d’une refondation.

Car derrière chaque ligne comptable se trouve une réalité humaine.

Un franc mal géré peut devenir une capacité d’investissement perdue. Une procédure défaillante peut retarder un droit. Une faiblesse informatique peut exposer des données sensibles. Une créance non recouvrée peut réduire les capacités futures de l’institution.

La bonne gouvernance n’est donc pas une affaire de communication. Elle constitue une obligation envers ceux qui financent le système et ceux qui en dépendent.

L’INPS, un patrimoine collectif à protéger

Le Mali a besoin d’institutions capables de dépasser les personnes et les cycles.

L’INPS peut être l’un des piliers de cette ambition.

Mais sa consolidation ne se fera ni par les slogans, ni par les procès d’intention, ni par la personnalisation excessive de la réforme.

Elle se fera par la preuve.

La preuve que les ressources sont mieux recouvrées.

La preuve que les charges sont maîtrisées.

La preuve que les prestations sont sécurisées.

La preuve que les procédures sont respectées.

La preuve que les agents sont responsabilisés.

La preuve que les assurés sont mieux servis.

La véritable réussite de la refondation de l’INPS ne sera donc pas le bruit des décisions prises, mais la constance des résultats obtenus.

Pour les pensionnés, elle se traduira par la régularité et la dignité des prestations.

Pour les travailleurs, par la sécurité de leurs droits.

Pour les employeurs, par un système contributif plus lisible, équitable et efficace.

Pour l’État, par un partenaire social solide.

Et pour le Mali, par une institution capable de protéger aujourd’hui les ressources qui financeront la protection sociale de demain.



Dans un pays qui aspire à renforcer sa souveraineté financière, encourager sincèrement les réformes utiles et ceux qui les portent, tout en exigeant d’eux la transparence, la légalité et les résultats, n’est pas de la complaisance.

C’est une responsabilité citoyenne.

La meilleure ambition pour l’INPS ne devrait donc pas être de devenir plus puissant, mais plus solide, plus transparent, plus performant et plus digne de la confiance de ceux au service desquels il existe.

Mamadou CAMARA 

13 août 2026

Source : Info360.info 

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