Dans un pays où, tous les cinq ans, de grandes gueules se découvrent soudainement révolutionnaires avant de disparaître aussi vite qu’elles sont apparues, il convient de reconnaître une chose : Ben le Cerveau, que l’on partage ou non ses positions, est resté constant dans ses engagements. C’est cette constance, plus que toute autre considération, qui nous conduit aujourd’hui à lui consacrer cet article…

Je ne connais pas personnellement Adama Diarra, dit « Ben le Cerveau ». Avant son arrestation, je connaissais peu ses prises de position. C’est d’ailleurs à travers cette affaire judiciaire que j’ai commencé à m’intéresser à son parcours et à écouter les propos qui lui sont reprochés. Au cours d’un grin avec des jeunes, où nous débattions de révolution, de souveraineté et de progressisme, la question de Ben le Cerveau m’a été posée.

Ma réponse a été simple : après avoir écouté l’enregistrement évoqué dans cette affaire, je n’y ai pas entendu un discours qui, à mes yeux, justifiait nécessairement une arrestation.

J’y ai entendu des critiques politiques, parfois dures, parfois prononcées sous le coup de la colère, mais qui s’inscrivent dans un débat public que beaucoup de Maliens tiennent, parfois avec les mêmes interrogations. Le procès du 28 juillet 2026 devant la chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako a permis d’entendre les explications de l’intéressé.

Il a reconnu être l’auteur de la conversation téléphonique produite au dossier, tout en contestant avoir proféré des menaces ou des injures à l’encontre des autorités. Il a également présenté ses excuses si certains de ses propos avaient été mal interprétés, tout en réaffirmant son soutien aux autorités de la Transition.

Au-delà du cas de Ben le Cerveau, cette affaire soulève une question plus large : quelle place accorder à la critique dans un pays engagé dans une transition politique ? Soutenir les autorités lorsqu’elles défendent la souveraineté nationale ne signifie pas renoncer à toute liberté d’analyse.

De même, critiquer certaines décisions ne signifie pas automatiquement s’opposer au pays ou vouloir déstabiliser les institutions. J’observe aussi un phénomène regrettable. Certains appellent les autres au courage, les exhortent à parler haut et fort, mais disparaissent dès que surviennent les difficultés.

Les messages de soutien remplacent alors les actes.

La solidarité ne devrait pas se limiter à quelques mots échangés en privé ; elle devrait aussi consister à défendre, avec responsabilité, les principes auxquels on dit croire. Il est parfaitement légitime de ne pas partager toutes les orientations d’un gouvernement. Il est tout aussi légitime de refuser les insultes, les invectives ou les campagnes de manipulation.

Le débat politique gagne toujours à être fondé sur les arguments plutôt que sur les excès. Notre pays a connu une période où une partie de la classe politique a été sévèrement critiquée pour des affaires de corruption, de mauvaise gouvernance ou de dépendance à des intérêts extérieurs.

Cette réalité nourrit encore aujourd’hui une profonde défiance d’une partie de l’opinion. Mais précisément parce que le Mali aspire à un État fort et respecté, il doit également préserver les principes d’un débat contradictoire, où la critique responsable trouve sa place.

C’est dans cet esprit que j’ai demandé à l’un de mes reporters de suivre le procès de Ben le Cerveau. Non pas pour défendre un homme à tout prix, ni pour le condamner sans examen, mais pour comprendre les faits avec rigueur.

Le rôle du journaliste n’est ni de suivre la foule ni de céder aux passions ; il est d’écouter, de vérifier, de contextualiser et de permettre aux citoyens de se forger leur propre opinion. Une nation forte n’a pas peur des idées. Elle les confronte, les discute et les dépasse par le droit, la raison et le débat.

Source : Le Poing

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