À l’ouverture de la première session ordinaire de la Chambre criminelle du Tribunal de Grande instance de la Commune IV, le Procureur Idrissa
Hamidou Touré a brisé l’omerta. En présence du ministre de la Justice, et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, Mamoudou Kassogué, le célèbre magistrat a livré une critique acerbe et sans concession des dérives qui minent le corps judiciaire. Un réquisitoire au vitriol contre ses propres confrères qui n’a pas manqué de soulager un peuple dont il a visiblement marché sur la langue…

C’est un pavé dans la mare de la magistrature, et le mot est faible. Le mardi 19 mai 2026, alors que s’ouvrait, solennellement, la session de la chambre criminelle du Tribunal de la Commune IV de Bamako, l’ambiance feutrée des grandes cérémonies a subitement laissé place à un moment de vérité d’une rare intensité.

Prenant la parole devant un parterre de dignitaires, dont le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, Mamoudou Kassogué, le procureur Touré a choisi de ne pas user de la langue de bois
habituelle.

Son intervention s’est transformée en un véritable réquisitoire contre les dérives, l’arrogance et le manque de rigueur de certains de ses propres collègues. «Deux poids, deux mesures» : la critique d’une justice à double vitesse

Le procureur Idrissa Touré a d’abord pointé du doigt des décisions de justice déroutantes, frôlant le laxisme face aux crimes financiers d’envergure.

Sans détour, il a fustigé ces magistrats pour qui le pouvoir de juger se résume à des sentences déconnectées de la gravité des faits.

«Nombreux parmi nous pensent qu’être juges, c’est uniquement avoir le pouvoir de juger et condamner à 3 mois avec sursis ou à 2 mois, soit la durée de sa détention par exemple, quelqu’un qui est poursuivi
pour escroquerie portant sur 200 millions, sans motiver intellectuellement une telle décision.»

Mais le magistrat ne s’est pas arrêté là.

Il a également dénoncé le comportement de certains procureurs, plus préoccupés par le faste de leur fonction et l’abus de pouvoir sur les plus faibles que par la traque des grands délinquants. Un portrait cinglant de la vanité judiciaire.

«D’autres pensent qu’être procureur, c’est avoir 3 téléphones en main, 5 gardes du corps derrière, on a le pouvoir de mettre les gens en prison et ça crie sur les petits voleurs, des gens auxquels nul n’a jamais indiqué où était la ligne jaune, pendant que les puissants, qui savent et comprennent tout, franchissent tous les jours la ligne rouge en toute impunité

Un cri du cœur pour le retour à la compétence et à l’humilité

Au-delà du constat éthique, c’est le niveau professionnel même de certains acteurs du système judiciaire qui a été mis sur le gril. Entre approximations procédurales et refus d’apprendre, le procureur Touré a dressé un bilan alarmant de l’incompétence de certains de ses pairs.

À ces dires, le bon magistrat est celui qui maîtrise les matières qu’il traite. Ce
qui n’est pas toujours le cas pour beaucoup d’entre nous.

Concernant l’arrogance corporatiste, le Pr du tribunal de grande instance de la Commune IV estime qu’il est regrettable de constater que souvent ça mélange les procédures et ça fait la grosse tête, ça n’écoute personne, bref que c’est compliqué.

Le défi du changement face au ministre Kassogué

En concluant par un vibrant requisitoire «Il faut que l’on change», le procureur Touré renvoie la magistrature face à ses propres démons. Ces propos, tenus sous les yeux du ministre Mamoudou Kassogué, lui-même ancien procureur reconnu pour sa rigueur, résonnent comme un signal d’alarme national.

Alors que les citoyens réclament une justice équitable, transparente et débarrassée de la corruption, cette sortie historique prouve que le désir de réforme vient aussi de l’intérieur de l’appareil judiciaire.

Reste à savoir si ce cri du cœur sera le déclencheur d’une véritable prise de
conscience, ou s’il restera un coup d’éclat sans lendemain dans les couloirs des
tribunaux.

Jean Pierre JAMES

Source : Nouveau Réveil

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