A qui appartient le projet « MDKB : Vestibules de veilles des femmes pour une transition et des élections inclusives» ?vMali TribuneMali Tribune  8 Avr 2026 –
Lors de la mission de supervision des partenaires à Gao en 2022…

Le Cabinet d’appui-conseil ESEN soutient mordicus : il a monté et soumis à la Minusma ce projet qui devait être mené dans plusieurs régions du Mali. Pour avoir refusé de payer des rétrocommissions à des agents onusiens, il a été écarté de son propre projet. 

Les documents officiels de la Minusma disent autre chose : le projet MDKB : Vestibules de veille des femmes pour une transition et des élections inclusives est « initié par l’Association Malienne pour la Promotion de la Jeune Fille et de la Femme (AMPJF) avec l’appui de la Minusma ».


Lors de la mission de supervision des partenaires à Gao en 2022

Présenté comme une initiative majeure pour renforcer la participation politique des femmes au Mali, le projet Muso Ni Demiseni Ka Kolochi Bulon (MDKB) : Vestibules de Veille des Femmes pour une Transition et des Elections Inclusives au Mali est aujourd’hui entouré de nombreuses zones d’ombre. Entre conflits de paternité, accusations d’éviction et manque de transparence financière, ce programme financé à plus d’un million de dollars soulève de sérieuses interrogations.


À l’origine de la controverse : la question de savoir qui a réellement conçu le projet. Le cabinet d’appui-conseil ESEN affirme en être l’initiateur. Selon ses responsables, en janvier 2021 leur société aurait élaboré et soumis à la Minusma un projet baptisé «Muso Ni Demiseni Ka Kolochi Bulon (MDKB) : Vestibules de Veille des Femmes et Jeunes pour une Transition et des Elections Inclusives », destiné à être déployé dans sept régions du Mali.

Mais les documents officiels de la Minusma présentent une autre version. Le projet « MDKB : Vestibule de veille des femmes pour une transition et des élections inclusives au Mali » est in fine attribué à l’Association Malienne pour la Promotion de la Jeune Fille et de la Femme (AMPJF), avec l’appui de la Minusma et du ministère malien de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille.

Une divergence majeure qui pose une question centrale : qui est réellement à l’origine de cette initiative ?

Visite de Marta Phoebe au Vestibule de Bamako





Visite de Marta Phoebe au Vestibule de Bamako

D’une durée de 12 mois, le projet VVFF visait à renforcer la participation politique et citoyenne des femmes, notamment dans les régions du Nord, du Centre et à Bamako. Il prévoyait la création de sept espaces d’écoute et de formation, 70 emplois, l’accompagnement des femmes dans leur engagement politique et la sensibilisation à la loi n°052-2015 sur la promotion du genre.

Selon Souadou Diabaté, présidente de l’AMPJF, présentée comme initiatrice du projet, l’objectif est de « garantir la représentativité des femmes dans l’espace public ». Le financement provient du Canada et de la Norvège via un fonds fiduciaire dédié à la paix et à la sécurité au Mali.

Le projet a été officiellement lancé le 28 octobre 2021, avec l’appui de la Minusma, notamment à travers son unité Genre. Quelques mois plus tard, Martha Pobee, Sous-secrétaire générale de l’Onu pour l’Afrique, saluait publiquement l’initiative lors d’une visite au Mali.

Mais derrière cette vitrine institutionnelle, les interrogations n’ont cessé de croître. Le cabinet ESEN affirme avoir été écarté du projet après avoir refusé de verser des rétrocommissions à deux hauts cadres onusiens — une accusation grave et difficile à vérifier, même si les responsables du Cabinet ESEN affirment en détenir des éléments de preuve.

Ceux-ci s’interrogent également sur leur disparition totale des documents officiels, malgré leur paternité revendiquée du projet et leur implication dans les discussions ayant précédé la signature du contrat.


Autre point de tension : la mise en œuvre concrète du projet.

Selon plusieurs sources locales, dans des régions comme Bamako, Gao, Tombouctou, Kidal, Mopti, Ménaka et Taoudéni, les montants effectivement reçus ne correspondraient pas aux prévisions budgétaires ; certaines bénéficiaires affirment ne pas avoir vu les retombées annoncées

Si ces témoignages se confirment, ils posent directement la question de la gestion des fonds.

Contrairement à la version officielle, les sources indiquent que la mise en œuvre ne serait pas exclusivement assurée par l’AMPJF.

Un cabinet privé, ACE Conseil, aurait également été impliqué dans l’exécution du projet, révélant une architecture plus complexe. Ce modèle, s’il est courant, rend la traçabilité des responsabilités plus difficile.

Lors du lancement du projet, Souadou Diabaté avait d’ailleurs salué le rôle de Catherine Andela, cheffe de l’unité Genre de la Minusma. Mais certaines sources évoquent aujourd’hui un possible rôle controversé de cette unité dans la gestion du projet.

Une mission de partenaires techniques et financiers incluant le Canada, la Norvège, les Pays-Bas et le Danemark s’est rendue à Gao en 2022 pour évaluer l’avancement du projet. Mais là encore, aucune conclusion officielle n’a été rendue publique.

Malgré un financement international conséquent, aucune documentation détaillée n’est disponible publiquement, pas même au niveau du MPFEF dont le rôle de coordination est pourtant indiqué dans les documents: pas d’audit financier ; pas de rapport d’impact ou financier; pas de données sur les bénéficiaires ou d’indicateurs de performance.

Les informations disponibles se limitent à des communications institutionnelles et à des articles de presse.

Pour un spécialiste du développement, il s’agit d’un projet « fortement médiatisé mais faiblement documenté sur le plan technique et financier ».

Le projet VVFF s’inscrit pourtant pleinement dans le mandat de la MINUSMA, défini notamment par les résolutions du Conseil de sécurité sur la participation des femmes aux processus politiques.

Capture d’écran 4 – P 12 du document Signe PP:

Résultat, la traçabilité devient extrêmement difficile. À chaque niveau, une partie des ressources est absorbée par des coûts de gestion, de coordination ou de sous-traitance. Dans ce système, la question n’est pas seulement de savoir si des détournements ont eu lieu, mais plutôt quelle part des fonds atteint réellement les femmes censées en bénéficier ?

Au final, plusieurs questions restent sans réponse : qui est le véritable initiateur du projet ?, pourquoi certains acteurs ont-ils disparu du processus ?; comment les fonds ont-ils été utilisés concrètement ?; quel est l’impact réel sur les bénéficiaires ?; Faute de transparence, le projet VVFF risque de rejoindre la longue liste des initiatives de développement dont les résultats réels restent difficiles à mesurer : une lacune d’ailleurs mise en avant par le gouvernement pour justifier la récente ordonnance portant création de l’ANICT afin d’assurer un plus grand contrôle des actions des ONG et fondations.

Nous y reviendrons !

Alexis Kalambry

Source : Mali Tribune

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