
À Bamako, derrière les murs de la Maison de l’Espoir, une révolution silencieuse est en marche. Le samedi 18 avril 2026, experts, familles et autorités se sont réunis pour une journée de sensibilisation cruciale. Entre témoignages poignants et ambitions scientifiques, le Mali dessine un nouveau destin pour ses enfants neuroatypiques…

Dans la cour comble de la Maison de l’Espoir, le silence n’est plus de mise. Ce samedi, l’émotion a croisé la rigueur scientifique lors d’un événement placé sous la présidence du Dr Demba Traoré. L’objectif est clair : briser les tabous qui entourent encore les Troubles du Spectre Autistique (TSA) et transformer la prise en charge en une priorité nationale.

Un séisme social dans les foyers
Pour beaucoup de parents maliens, l’autisme est un mot qui fait peur, souvent mal compris ou interprété à travers le prisme de croyances inadaptées. Mme Koïta Aminata Camara, directrice du CESAME, a posé un diagnostic sans concession sur le coût humain du silence : «L’autisme a provoqué de nombreux divorces et brisé des carrières. Des parents doivent tout arrêter pour s’occuper de leur enfant. Ne les laissons plus souffrir seuls.»
Le témoignage d’un parent parrain de l’événement a pourtant apporté une lueur d’espoir, qualifiant les progrès de son enfant de « spectaculaires ». Un message fort : avec un suivi adapté, l’autonomie est possible.
Former pour mieux soigner : le défi de l’expertise

Le centre de rééducation, qui assure déjà plus de 5 000 séances annuelles pour 2 000 jeunes patients, veut aller plus loin. Mais pour cela, le Mali doit former ses propres spécialistes.
Le Pr Boubacar Diallo, directeur général de l’INFSS (Institut National de Formation en Sciences de la Santé), porte une vision souveraine : «Soigner les Maliens au Mali, par des Maliens.» Son plan de bataille ?
L’intégration de modules sur la neurodiversité dès la formation des infirmiers et des sages-femmes. L’enjeu est le dépistage précoce : détecter les signes dès les premières pesées pédiatriques pour agir avant qu’il ne soit trop tard.
Grâce à l’ouverture de cursus complets (Licence, Master, Doctorat) en sciences de la réadaptation, Bamako s’impose désormais comme un pôle de référence pour toute l’Afrique de l’Ouest.
L’école, dernier rempart contre l’exclusion
Au-delà de la santé, c’est sur le terrain de l’éducation que se joue la dignité de ces enfants. Trop souvent exclus du système scolaire classique, les enfants autistes attendent une main tendue.
Le plaidoyer des participants a été ferme : le ministère de l’Éducation doit généraliser la «pédagogie différenciée».
L’idée est simple mais radicale : former les enseignants à accueillir la différence plutôt qu’à la stigmatiser. L’école doit devenir le lieu où l’enfant neuroatypique trouve sa place dans la cité.
Une nation en mouvement
L’alliance entre la bienveillance de la Maison de l’Espoir et la rigueur académique de l’INFSS marque un tournant.
En clôturant cette journée, une promesse a été faite : plus aucun enfant malien ne doit être laissé au bord du chemin. L’autisme n’est plus une fatalité, c’est un défi national que le pays est bien décidé à relever.
Aissetou Cissé
EchosMedias
