
Le dernier sommet de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO a réaffirmé sa ferme volonté de mettre en circulation la monnaie commune : l’Eco, à l’horizon 2027. Mais une monnaie commune a un coût, et le calcul se joue sur le rapport coût-avantage…
Depuis ce jour, le sujet de la monnaie commune a refait surface et fait couler beaucoup d’encre, à tort ou à raison. De même, des informations circulent concernant la réticence de certains États membres de la CEDEAO quant à l’abandon de leur souveraineté monétaire.
En théorie économique, adopter une monnaie commune, c’est accepter de renoncer à une partie de sa souveraineté monétaire, notamment à la possibilité de monétiser sa dette et de recourir à la planche à billets pour financer son économie. Une monnaie commune a donc un coût, et le calcul se joue sur le rapport coût/avantage.
S’agissant de ces avantages, on peut noter entre autres : réduction des coûts de transaction ; stabilité et transparence des prix ; élimination du risque de change ; renforcement de l’intégration économique régionale ; crédibilité monétaire accrue.
Concernant les risques et inconvénients probables, on peut retenir : perte de la politique monétaire nationale ; absence d’ajustement par le taux de change ; asymétrie des chocs économiques entre pays membres ; convergence macroéconomique difficile à atteindre ; risque de domination par les économies les plus fortes (le Nigeria, par exemple, qui représente plus des deux tiers de l’économie de la CEDEAO).
En dépit de ces constats, la CEDEAO a décidé d’adopter l’Eco, mais des questions préjudicielles se posent avec acuité. Sans réponses concrètes à ces préoccupations, la future monnaie se heurtera à des difficultés structurelles susceptibles d’aggraver la vulnérabilité de la zone.
Il s’agit notamment des sujets suivants : la gouvernance de la future banque centrale ; la gestion des réserves de change ; la nature du régime de change (fixe, flottant ou intermédiaire) ; le respect des critères de convergence macroéconomique.
À côté de ces inquiétudes existe aussi la question du sort réservé aux pays de l’AES, qui partagent avec cinq autres nations le franc CFA. L’adoption de l’Eco signifierait son abandon, alors que le divorce entre les deux blocs est consommé depuis longtemps.
Il s’agirait de savoir comment se déroulera la cohabitation, en termes d’union monétaire, entre les 12 pays adoptant l’Eco et la zone AES. C’est à ce niveau que le débat doit s’ouvrir, et il semble particulièrement intéressant pour le peuple ouest-africain.
Dr Laya Amadou GUINDO
