Un profond différend oppose le président américain Donald Trump au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au sujet du conflit au Moyen-Orient. Le premier souhaite mettre fin à la guerre par la négociation, tandis que le second veut poursuivre les hostilités contre l’Iran sans relâche. Est-ce le début de la fin de la guerre? David Criekemans, professeur de politique internationale à l’université d’Anvers, analyse la situation…

Donald Trump et Benjamin Netanyahu se sont entretenus par téléphone cette semaine afin de discuter de la suite de la guerre contre l’Iran. Lors de cet échange, l’ampleur de leur divergence d’opinion est apparue de manière flagrante. À l’issue de l’appel, le premier ministre israélien était, selon certaines informations, “hors de lui”.


Il ne croit pas à un accord de paix, ce qui est précisément la voie que Trump souhaite désormais privilégier. Ce dernier a ensuite fait comprendre aux journalistes que les Israéliens finiraient par le suivre: “Netanyahu fera ce que je veux qu’il fasse.” Cela signifie-t-il que la fin du conflit au Moyen-Orient est en vue? “Il y a effectivement de sérieuses interférences dans la relation entre Trump et Netanyahu”, estime le professeur de politique internationale David Criekemans.

“Trump a peut-être le sentiment que Netanyahu l’a acculé. Au début de cette année, le Premier ministre israélien avait encore réussi à convaincre le président américain que le régime iranien s’effondrerait rapidement en cas d’attaque, ce qui a poussé Trump à accepter la guerre. Seulement, il s’avère aujourd’hui que la situation est bien plus complexe que ce que Netanyahu avait laissé paraître. C’est pourquoi Trump souhaite examiner de près toutes les possibilités d’un accord de paix.”

Des pertes américaines colossales
Mais ce n’est pas uniquement parce que la guerre contre l’Iran — notamment en raison de son coût économique élevé — est loin d’être populaire aux États-Unis que le président américain veut donner toutes leurs chances aux négociations. Il existe d’autres raisons pour lesquelles le président américain veut donner toutes leurs chances aux négociations.

Le professeur de politique internationale David Criekemans précise: “Nous ignorons combien d’Américains ont été tués ou blessés entre-temps. Cette information est tenue secrète. Mais il est certain que les États-Unis ont perdu quarante avions de chasse et un avion-radar de grande taille au Moyen-Orient entre février et avril 2026. De plus, plusieurs bases militaires américaines dans la région du Golfe ont été endommagées. Ce serait un danger énorme pour Trump s’il devait à nouveau essuyer de tels revers.”

“Cela mettrait en danger la position stratégique et l’image des États-Unis dans la région”, poursuit le professeur Criekemans. “Je suis certain que d’autres pays du Golfe persique murmurent déjà en coulisses que les États-Unis ne peuvent pas les défendre et se demandent s’ils ne devraient pas mettre leurs œufs dans plusieurs paniers. Cela pourrait d’ailleurs très bien être un panier chinois. Il n’est donc pas illogique que Trump mette tout en œuvre pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. Il ne veut pas suivre Netanyahu, car cela mènerait à une nouvelle escalade du conflit avec encore plus de pertes pour les États-Unis.”

Des conditions de paix inacceptables
Mais si le président américain ne veut pas laisser la guerre s’envenimer, il ne reste qu’une seule possibilité: conclure un accord avec l’Iran. Malheureusement, le pays refuse de signer un traité de paix stipulant qu’il doit abandonner le contrôle du détroit d’Ormuz, ce passage maritime par lequel transite une part cruciale de la consommation mondiale de pétrole. En résumé, Donald Trump doit choisir entre la peste et le choléra: soit poursuivre la guerre, soit accepter les conditions de paix “inacceptables” de l’Iran.

“Le président américain est coincé”, précise Criekemans. “Il ne veut pas choisir. Il cherche une issue et espère malgré tout sortir de l’impasse par des négociations de paix. Lors de son appel avec Trump, Netanyahu a fait savoir très clairement qu’il ne voulait aucune concertation. Ces tensions entre les deux leaders ne permettent cependant pas d’affirmer que la fin de la guerre est proche. Au contraire, ce processus va encore durer longtemps. Pour Trump, ces discussions sont en effet les négociations de la dernière chance. Si elles n’aboutissent à rien, il pourrait opter pour une campagne militaire limitée contre l’Iran. Les médias américains spéculent déjà à ce sujet.”

Une telle campagne militaire “limitée” peut prendre plusieurs formes, mais elle comporte aussi un risque énorme, précisément parce que Netanyahu a l’habitude d’imposer son propre agenda — même si Trump prétend que le Premier ministre israélien lui obéira sagement.

“Avec une telle campagne militaire limitée, les Américains tenteront de desserrer l’étau de l’Iran sur le détroit d’Ormuz ou d’empêcher l’Iran de continuer à exporter du pétrole”, explique Criekemans. “L’objectif est évidemment de placer l’Iran en position de faiblesse à la table des négociations. Seulement, Netanyahu verra dans une attaque américaine limitée un laissez-passer pour repartir lui-même à pleine puissance. Il y verra le signe qu’il peut reprendre pleinement la guerre contre l’Iran.”

Source : 7sur7.be

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