
L’histoire des relations internationales est souvent racontée du point de vue des vainqueurs, mais ceux qui ont subi les premières grandes violences systémiques gardent la mémoire de leurs souffrances. Les États‑Unis, par exemple, s’affichent aujourd’hui comme les champions de la liberté et des droits humains, alors que leur naissance politique est marquée par le génocide des peuples autochtones d’Amérique…
Les Indiens d’Amérique, véritables habitants originels de ce continent, ont été massacrés, dépossédés de leurs terres et relégués à la marge de la société, confinés encore aujourd’hui dans des réserves en Arizona, au Missouri, ou ailleurs.
Cette réalité, trop souvent oubliée ou ignorée dans les grands récits médiatiques, rappelle que les discours de bienveillance ne compensent pas les actes de domination.
Et pourtant, ce même pays qui se prétend défenseur de la démocratie et des libertés multiplie aujourd’hui des décisions unilatérales qui piétinent à nouveau la dignité africaine.

La suspension ou le durcissement de l’octroi de visas à plusieurs pays du continent, sans explication cohérente ni justification transparente, en est une illustration flagrante.
Ce durcissement n’a suscité aucune réaction ferme et collective des institutions africaines, alors même que ces mesures affectent directement la liberté de circulation, l’éducation, les échanges culturels et la coopération scientifique entre l’Afrique et le monde.
Si seules les nations de l’Alliance des États du Sahel (AES) avaient été visées, c’est un torrent d’indignation que l’on aurait vu déferler sur les plateaux télé et dans les salons internationaux, les ONG se seraient emparées du sujet, les médias auraient commenté ad nauseam ces décisions, et les «spécialistes» auraient dénoncé un affront à la démocratie.
Mais parce que cette mesure inclut d’autres pays influents, une étonnante indifférence s’est installée.
Cette absence de réaction est encore plus frappante lorsque l’on constate la disparition progressive de structures américaines autrefois présentes en Afrique, telles que l’USAID, jadis promue comme une locomotive du développement.
La réduction ou la fermeture de ses bureaux dans plusieurs pays africains, tout comme la fermeture ou la marginalisation progressive de radios comme La Voix de l’Amérique, se fait dans un silence assourdissant.
Où sont donc passés ceux qui, il y a quelques années, dénonçaient avec véhémence les moindres réformes souveraines africaines, les qualifiant de recul démocratique ou d’autoritarisme latent ?
Les mêmes aujourd’hui ne disent mot lorsque des entités américaines se retirent sans explication, laissant un vide qui n’est ni comblé, ni discuté publiquement.
La vérité est simple, tant que l’Afrique demeurera dans une logique de validation externe, elle restera une variable d’ajustement dans les jeux géopolitiques des puissances.
Les décisions de Washington démontrent que ces puissances appliquent une arrogance sélective, favorisant leurs intérêts stratégiques plutôt que des principes universels.
Traversée par cette logique, l’Afrique a parfois été manipulée comme un marché à conquérir, une source de ressources à exploiter, ou encore un espace à influencer idéologiquement.
Cela ne date pas d’hier, la compétition internationale autour des ressources, qu’il s’agisse de pétrole, de terres rares, de minerais stratégiques ou d’investissements financiers à souvent instrumentalisé les aspirations de développement des États africains à des fins étrangères.
Il ne faut pas être naïf, derrière certaines accusations morales, comme l’idée de génocide contre des populations religieuses dans certains pays africains, se profilent des stratégies d’influence.
Ces accusations peuvent servir de prétexte à des interventions déguisées en «mission humanitaire». Cette instrumentalisatioest d’autant plus inquiétante qu’elle est relayée par des discours médiatiques sans nuance, souvent repris sans vérification par des observateurs mal informés.
Face à cela, l’Afrique ne peut plus se contenter de réactions fragmentaires ou de protestations symboliques. Il est temps que les pays africains, au travers de leurs institutions, l’Union africaine, la CEDEAO, la CEEAC et autres plateformes régionales, s’unissent sur le principe de réciprocité diplomatique, qui est un fondement reconnu du droit international.
Lorsqu’un État adopte une mesure discriminatoire à l’encontre d’un autre, ce dernier est en droit d’appliquer une mesure équivalente, non pas pour entrer dans une escalade hostile, mais pour défendre sa dignité, son honneur et l’égalité souveraine entre nations.
La richesse économique d’un pays n’est pas mesurée par le revenu individuel de ses citoyens, ni par leur capacité à payer des frais exorbitants pour un visa.
La richesse se mesure à la profondeur des structures culturelles, à la résilience des systèmes sociaux, à l’histoire, à la créativité des peuples, et à l’intégrité des institutions publiques.
Les Africains doivent reprendre cette définition pour eux-mêmes, sans laisser des puissances extérieures dicter des normes qui servent leurs propres intérêts.
Ce n’est pas seulement une question d’orgueil ou de fierté nationale. C’est une question de survie et de souveraineté. Car les États qui ne se tiennent pas debout, qui acceptent sans réagir aux humiliations systématiques, finiront par être balayés par l’histoire. Les États qui se tairont devant les injustices répétées accepteront leur propre effacement.
L’heure n’est plus aux lamentations sans lendemain ni aux espoirs conditionnés par une reconnaissance extérieure. L’heure est à l’affirmation, claire et irréversible, d’une nouvelle ère africaine, fondée sur la dignité, la souveraineté, la cohésion régionale et la coopération véritable entre peuples égaux. Car le véritable respect ne s’achète pas. Il se conquiert par la fermeté, la lucidité et l’unité. Source Le Poing.
