
Dans une décision historique marquant une étape symbolique décisive pour la justice cartographique internationale, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté vendredi, à une écrasante majorité, la résolution A/80/L.104, intitulée «Correct the Map» (Corriger la carte). Portée par le Togo au nom d’une initiative conjointe de l’Union africaine, cette résolution a été approuvée par 164 voix pour et une seule voix contre, témoignant d’un consensus mondial quasi unanime autour de la redéfinition des représentations du globe…
DÉTRÔNER LA VISION DE MERCATOR
Au cœur de cette initiative figure la dénonciation des biais géographiques induits par la projection de Mercator. Conçue en 1569 à des fins de navigation maritime, cette représentation déforme disproportionnellement les masses terrestres à mesure qu’elles s’éloignent de l’équateur. Résultat : elle rapetisse visuellement le continent africain, dont la superficie réelle dépasse 30 millions de km², pour le présenter à une échelle comparable à celle du Groenland, pourtant 14 fois plus petit.
Le texte voté à New York encourage officiellement, les gouvernements à mettre à jour leurs supports éducatifs et institutionnels. Les établissements scolaires et universitaires à adopter des représentations équi-aires (comme la projection de Gall-Peters ou de Equal Earth). Les géants de la technologie et de la cartographie numérique à réviser l’affichage par défaut de leurs applications et globes virtuels.
UN ENJEU GÉOPOLITIQUE ET CULTUREL MAJEUR
Pour la diplomatie togolaise et les représentants de l’Union africaine, ce vote va bien au-delà de la simple rigueur géographique. La perception de l’espace conditionne la perception de l’importance politique, économique et culturelle des nations. En rectifiant les visuels qui façonnent l’imaginaire collectif mondial depuis près de cinq siècles, l’ONU accomplit un geste fort en faveur du rééquilibrage de la visibilité du continent africain sur la scène internationale.
Bakary Mamadou COULIBALY
EchosMedias
