Depuis, la sérénité qui prévalait au sein du parti de la poignée de mains, socle d’entente sur lequel feu Soumaïla Cissé l’a bâti, est prise à défaut. En effet, la question qui taraude désormais les responsables de la formation est de savoir qui, de Mamadou Igor Diarra ou de Boubou Cissé, portera les couleurs à la consultation électorale pour le choix du futur président de la République. Questionnement d’autant important que l’arrivée de l’ancien et dernier chef du gouvernement de l’ère catastrophique d’IBK au sein du parti du regretté chef de file de l’opposition s’est opérée d’une manière cavalière, une intrusion fulgurante qui a surpris plus d’un. Ce sentiment d’hooliganisme politique va du reste hanter la vie du parti pendant longtemps.

Les raisons sont multiples. Boubou Cissé n’a jamais été un politique. La preuve la plus éclatante est qu’il a toujours été distant du RPM d’Ibrahim Boubacar Keïta lui-même, parti pourtant considéré comme le principal tremplin pour l’ancien chef de l’État pour qui il a été comme recours de circonstance. L’EPM (Ensemble Pour le Mali), regroupement dit de la majorité présidentielle dont la locomotive était le RPM, n’a pas été non plus un allié de Boubou Cissé même au moment crucial où le pouvoir d’IBK était sur la sellette.

Il y a pire. Qu’on l’aime ou qu’on le haïsse, Boubou Cissé est indéniablement au cœur de sulfureuses accusations qui n’autorisent pas qu’il devienne le porte-étendard d’un parti politique qui se respecte à une élection majeure, en l’occurrence la présidentielle. Outre que sa gestion a été catastrophique, d’évidence ayant été incapable de redorer le blason d’un pouvoir en perte de vitesse, qui l’avait pourtant appelé à son chevet, le bon Dr. Cissé est indexé pour moult manquements à l’orthodoxie financière, auteur de gabegies sans pareilles dans les gaspillages, prédations et évasions de deniers qui ont marqué les sept années calamiteuses du règne d’Ibrahim Boubacar Keïta, et singulièrement la dernière année et quelques mois du règne. À toutes ces déconvenues, et sans compter ses agissements crapuleux avec les fonds destinés à la gestion de la pandémie du Coronavirus, il faut ajouter l’acte criminel qui a marqué les derniers instants du gouvernement de Boubou Cissé par la sortie expresse des caisses de l’Etat de la bagatelle de 200 millions de FCFA pour mater les manifestants des 10, 11 et 12 juillet 2020, dont le bilan macabre est chiffré à une vingtaine de citoyens tués. Boubou Cissé, qui n’a jamais manifesté autre chose pour les partis politiques que du dédain, cherche-t-il ainsi, parce que lui et ses soutiens prennent les Maliens pour de grands amnésiques, à se ménager une échappatoire à travers son engagement dans l’URD.

Sa probable élection comme député, voire comme président de la République, puisqu’il a avec lui un tapis de milliards, serait assimilable à une sorte d’opération dite de “faire le bâtard à la démocratie”. Il n’est pas d’autre explication puisqu’il ne peut avoir la décence d’affronter le procès de sa gestion.

Avec un cynisme calculé, il met l’URD  à rude épreuve. L’unité d’action est maintenant compromise, quid de la sérénité. Des débats inutilement houleux quant au choix du futur candidat du parti à l’élection présidentielle, qui ont déjà commencé, mettront aux prises des cadres qui n’avaient besoin de se chamailler sur la question. La victoire qui était à portée de main et qui aurait été le plus grand hommage à feu Soumaïla Cissé, est maintenant des plus douteuses. Tout cela par la faute de celui-là qui, voulant sauver sa propre tête, était le chef du gouvernement au moment de son enlèvement le 25 mars 2020 et de son calvaire comme otage pendant plus de six mois, suivi de sa mort suspecte !

Le 26 juin dernier marque ainsi le lancement de l’OPA sur l’URD, un hold-up cynique par un cartel politique bourré de fric soustrait au peuple. Horreur que d’aucuns ont qualifié de seconde prise en otage et seconde mort de Soumaïla Cissé. Pour en mesurer le degré immonde, le parti de la poignée de mains devient celui de la rupture, des jets anathèmes, de luttes de jactance. Sa victoire, plus que probable avec Mamadou Igor Diarra, technocrate qui avait vite quitté, à l’instar d’Oumar Tatam Ly et au contraire de Boubou Cissé, le bateau de tous les dysfonctionnements d’IBK, n’est plus certaine. La faute ? À tous ceux qui, faisant fi de la mémoire de Soumaïla Cissé et succombant au vertige de l’argent, voudront légitimer l’intrus Boubou Cissé. Mais il y a une justice immanente qui n’a pas dit son dernier mot.

Nouhoum DICKO

Par L’Alerte

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