
Issa KANTE, Ingénieur d’Agriculture et du Génie Rural Spécialisé en Aménagement du Territoire Environnement et Gestion Urbaine. Le murmure du Bakoye face au vacarme des rumeurs : les inquiétudes d’un vieux de Toukoto pour le Mali…
Au crépuscule, un vieux de Toukoto, assis sur un rocher au bord du fleuve Bakoye, laissait son regard se perdre sur les eaux qui coulaient lentement. Le vent faisait frissonner les hautes herbes, les oiseaux regagnaient leurs nids et le murmure du fleuve semblait raconter les secrets des générations disparues. Pourtant, ce soir-là, le vieil homme n’entendait plus seulement le chant de la nature : il croyait percevoir les échos d’un monde où les rumeurs couraient plus vite que la vérité. Le cœur serré, il se demandait comment des paroles sans preuve pouvaient désormais traverser les villages, les villes et les réseaux avec la force d’une tempête, semant le doute là où l’on avait tant besoin de confiance.
En contemplant les remous du Bakoye, il soupira et murmura : _«Quand le muet informe le sourd que l’aveugle le regarde, c’est que le monde a perdu le sens de l’écoute, de la parole et du discernement.»
Cette pensée l’inquiétait profondément pour le Mali. Il voyait un peuple courageux, héritier du Danbé et du Maya, exposé au poison de la désinformation qui divise les familles, oppose les communautés et fragilise la nation. Alors il leva les yeux vers le ciel, comme pour implorer les anciens de transmettre une dernière leçon : avant de croire, il faut vérifier ; avant de partager, il faut réfléchir ; avant de juger, il faut écouter. Car un pays ne se protège pas seulement avec des armes, mais aussi avec des citoyens lucides qui savent reconnaître la vérité au milieu du bruit.
«Une rumeur peut traverser tout un village avant que la vérité n’ait fini de lacer ses sandales.»
Une image qui nous invite à réfléchir
L’expression «Le muet informe le sourd que l’aveugle le regarde» est une image pleine de sens. Elle traduit l’absurdité d’une communication où personne ne détient réellement la vérité, mais où chacun prétend la transmettre. C’est le monde des rumeurs, des malentendus et des jugements hâtifs.
Aujourd’hui, à l’ère des réseaux sociaux, cette image est plus actuelle que jamais. Une information peut faire le tour du pays en quelques minutes, sans avoir été vérifiée. Pourtant, derrière chaque information se trouvent des femmes, des hommes, des familles et parfois l’avenir de toute une communauté.
Le Mali a besoin de vérité, pas de rumeurs
Notre pays traverse une période où chaque parole compte. Les défis sécuritaires, économiques et sociaux exigent plus que jamais la confiance entre les citoyens.
Malheureusement, certaines rumeurs sèment la peur, alimentent les divisions et opposent des frères qui devraient pourtant marcher dans la même direction. Une fausse information peut détruire en quelques instants ce que des années d’efforts ont permis de construire.
Le Mali ne gagnera pas ses combats avec les rumeurs, mais avec la lucidité, la responsabilité et la vérité.
Le Danbé : parler avec dignité et responsabilité
Le Danbé, cette valeur si chère à notre culture, nous enseigne que la dignité se manifeste aussi dans nos paroles. Une personne de Danbé ne relaie pas une information qu’elle ne maîtrise pas. Elle refuse les insultes, les accusations sans preuve et les paroles qui blessent inutilement.
Parler avec dignité, c’est respecter la vérité, protéger l’honneur d’autrui et mesurer l’impact de chaque mot. Les paroles peuvent construire une nation, mais elles peuvent aussi la fragiliser.
Le Maya : préserver le vivre-ensemble
Le Maya, qui incarne la fraternité, la solidarité et le respect de l’autre, nous rappelle que chaque Malien est le frère ou la sœur d’un autre Malien.
Avant de partager une information, demandons-nous si elle contribue à rapprocher les cœurs ou à les diviser. Avant de juger, prenons le temps d’écouter. Avant de condamner, cherchons à comprendre.
Le Maya nous invite à être des artisans de paix plutôt que des relais de discorde.
Chacun est gardien de la parole publique
Dans une famille, dans un quartier, au marché, dans les grins ou sur les réseaux sociaux, chacun porte une part de responsabilité.
Vérifier avant de partager, écouter avant de réagir et dialoguer avant de condamner sont désormais des actes de patriotisme. La paix ne se construit pas uniquement sur les champs de bataille ; elle se construit aussi dans nos conversations quotidiennes et dans notre manière de communiquer.
Faisons du Danbé et du Maya notre boussole
Le Danbé nous apprend à parler avec honneur. Le Maya nous apprend à vivre ensemble dans le respect et la solidarité. Si nous faisons de ces deux valeurs les fondements de notre communication, les rumeurs perdront leur force et la vérité retrouvera sa place.
Construire un Mali fort ne dépend pas seulement des grandes décisions politiques. Cela commence aussi par un engagement personnel : celui de faire circuler la vérité plutôt que la rumeur, l’espérance plutôt que la peur, et l’unité plutôt que la division.
«La parole est une graine : semée avec le Danbé, elle fait grandir le respect ; cultivée avec le Maya, elle fait fleurir la paix.»
Issa KANTE
