
Présent à New York pour la 81ᵉ Assemblée générale des Nations Unies, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine a prononcé un discours véhément. Dénonçant une entreprise de déstabilisation orchestrée par des puissances étrangères, il a accusé Paris et Kyiv de chercher à faire main-basse sur les ressources minières et énergétiques de la région…
Au sommet de la diplomatie mondiale, Niamey a choisi l’offensive. Lors de son intervention vendredi devant la 81ᵉ Assemblée générale de l’ONU à New York, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine a livré une analyse sans concession des violences qui ravagent le Sahel depuis plus de dix ans.
Refusant la grille de lecture traditionnelle, le chef du gouvernement de transition a rejeté les concepts de fatalité ou de conflit religieux : «Notre Sahel est en guerre de libération contre une conspiration visant sa recolonisation. Ce qui se passe dans notre région n’est ni une simple rébellion armée, ni une guerre de religion, ni une fatalité issue de nos faiblesses.»
LA BATAILLE POUR LES RESSOURCES DU SOUS-SOL
Pour le dirigeant nigérien, l’insécurité qui frappe le Sahel dissimule en réalité des appétits géopolitiques et économiques structurés. Il pointe du doigt la convoitise des anciennes puissances tutélaires envers les immenses richesses minières et énergétiques de la région — de l’uranium nigérien à l’or du Mali et du Burkina Faso, en passant par le lithium, le gaz et le pétrole.
Selon Ali Mahaman Lamine Zeine, l’extrémisme armé servirait d’écran de fumée pour imposer un contrôle extérieur et contester la souveraineté des États sahéliens : «Ce que d’aucuns appellent terrorisme est une ingénierie cynique de recolonisation, habillée des oripeaux de l’extrémisme […]. Tous les discours tendent à faire croire que nous n’avons ni l’intelligence ni la souveraineté pour gérer nos richesses, afin de nous contraindre à accepter la tutelle de la France d’Emmanuel Macron et de ses alliés.»
ACCUSATIONS DIRECTES CONTRE PARIS ET KYIV
L’un des temps forts de son allocution réside dans la mise en cause directe de Paris et de Kyiv dans la déstabilisation sécuritaire régionale. Qualifiant cette dynamique de «déstabilisation perfide», le Premier ministre nigérien affirme que des éléments probants existent désormais pour incriminer la France et l’Ukraine, accusées de soutenir des groupes armés à la frontière nigérienne.
«À nos frontières du Nord-Est se trouvent des proxys dirigés par la France, appuyée par l’Ukraine et deux autres pays, sur le point d’attaquer nos positions militaires et nos installations pétrolières», a-t-il soutenu, sans toutefois nommer les deux autres nations évoquées.
UN TOURNANT SOUVERAINISTE AU SEIN DE L’AES
Ces déclarations s’inscrivent dans une rupture géopolitique majeure amorcée depuis l’arrivée au pouvoir de régimes militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) fondée en 2023, ces trois pays ont mis en place une force armée unifiée, dénoncé leurs accords de défense avec la France et officialisé leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qu’ils accusent d’être sous influence occidentale.
De leur côté, les autorités françaises ont systématiquement rejeté ces accusations, qualifiant de désinformation les assertions imputant à Paris un soutien quelconque aux groupes terroristes ou une ingénierie de déstabilisation dans la région.
Malgré les tensions et le risque d’escalade, le message délivré par Niamey à la tribune des Nations Unies se veut catégorique : l’alliance des pays du Sahel entend défendre sa liberté, ses ressources et sa dignité «quel qu’en soit le prix».
Bakary Mamadou COULIBALY
EchosMedias
