Le réseau Siguida Hêrêma vient de boucler son projet éponyme après trois ans d’activités entre Bamako, Mopti et Gao, pour un coût total d’un million d’euros. Après le forum multi-acteurs tenu la semaine dernière à Bamako, son Président du comité de coordination, Salia Kariba Traoré, s’est confié à notre site. Entretien…

Le journaliste: Pouvez-vous nous parler du projet Siguida Hêrêma ? Qu’est-ce que le réseau Siguida Hêrêma ?

Salia Kariba Traoré : Siguida Hêrêma est d’abord une coalition d’organisations de la société civile et de médias, dont 23 OSC et 20 médias, qui se sont mis en réseau dans le cadre du projet qui porte le même nom. Cela s’est fait en collaboration avec Search for Common Ground et l’URTEL, l’Union des Radios et Télévisions Libres du Mali, qui sont les partenaires de mise en uvre, avec comme bailleur la Coopération Belge au Développement. C’est un projet de 30 mois qui a démarré en 2023 et qui se termine ce 30 septembre 2026, pour un coût total d’un million d’euros.

Le journaliste : Quels étaient les objectifs de ce réseau ?

S.K.T : L’objectif, c’était de permettre à ce consortium de médias et de société civile de se mettre en place pour faire des plaidoyers collaboratifs et non-conflictuels, afin que nous puissions avoir des espaces civiques plus ouverts.
Pour ce faire, nous avons mené de grandes activités de plaidoyer dans les zones de mise en uvre : le District de Bamako et les régions de Gao et de Mopti.

Le journaliste : Concrètement, qu’est-ce qui a été fait à Gao et Mopti ?

S.K.T : On est parti d’un constat, après des sessions de renforcement des capacités sur le plaidoyer collaboratif et non-conflictuel. Les membres de chaque localité se sont assis ensemble pour identifier les défis réels de leurs communautés.

Au niveau de Gao, les membres ont fait des propositions de plaidoyer pour le redressement économique de la région et pour renforcer les mécanismes de redevabilité. On a constaté qu’il n’y avait pas assez de redevabilité des différents acteurs. Plusieurs actions ont été menées dans ce sens.

Pour Mopti, c’était autour du nouvel axe Sévaré-Mopti. Les membres se sont rendu compte qu’il y a trop d’accidents et trop de morts sur cette nouvelle route. Une route doit être synonyme de développement, mais là c’était devenu un problème central. Ils se sont mis ensemble pour faire un plaidoyer afin d’améliorer la sécurité routière.

Au-delà de ça, ils ont aussi constaté que les citoyens ne contribuent pas suffisamment au paiement des taxes et impôts. Nous avons donc mis en place un mécanisme pour que les collectivités puissent recouvrer le maximum d’impôts et de taxes pour le développement local.

Le journaliste : Et à Bamako ?

S.K.T : À Bamako, les grandes actions ont porté sur le cyberespace. Nous avons organisé des ateliers de co-construction qui ont réuni les médias, les organisations de la société civile, les leaders religieux et les autorités administratives.

Il y a eu également la mise en place d’un répertoire des textes régissant le cadre légal de la presse au Mali. Le travail a consisté à identifier et documenter tous les textes régissant la presse pour voir les lacunes et proposer des améliorations.
Nous avons enfin tenu un forum multi-acteurs la semaine dernière.

L’objectif était de réunir l’ensemble des membres du réseau et les acteurs impliqués pour faire le bilan du projet et réfléchir à la suite, même sans le bailleur. Cela a été sanctionné par des recommandations et un mémorandum.

Le journaliste : Que contient ce mémorandum ?

S.K.T : Il porte sur les initiatives menées sur le terrain. Ces initiatives ont été assorties d’un chronogramme et d’un plan d’action. C’est ce plan d’action et les grandes recommandations qui ont été traduits en mémorandum et qui sera remis aux autorités pour les accompagner dans l’ouverture de l’espace civique au Mali.

Le journaliste : Le projet se termine le 30 septembre. Quelle est la suite pour le réseau ?

S.K.T : C’est la fin du projet, certes, mais c’est le début d’une nouvelle aventure. C’est une première, à notre connaissance, de voir un réseau composé à la fois de médias et d’organisations de la société civile.

Généralement ces deux mondes ne se retrouvent pas très souvent. Voir les hommes de médias et la société civile converger vers une même action, c’est quelque chose qui doit être pérennisé.
Nous comptons régulariser le réseau à travers un récépissé, une documentation officielle.

Au départ, le réseau s’était créé dans le cadre du projet, mais désormais nous voulons en faire un réseau pérenne au Mali. Je profite de l’occasion pour remercier les partenaires pour leur confiance, les autorités pour leur ouverture d’esprit, les services techniques, le comité de pilotage et l’ensemble des membres du réseau.
Propos recueillis par KC

EchosMedias

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