Rien ne va plus entre la Société concessionnaire du chemin de fer Dakar-Bamako, Transrail-SA et les anciens cheminots de la régie des chemins de fer du Mali. Ces derniers, à travers la Société Restaurant-Wagons-lits SARL qui gèrent depuis le 20 juin 1996 le Buffet de la Gare de Bamako et l’Hôtel du Rail de Kayes, suite à un contrat de Gérance Libre, ne décolèrent pas aujourd’hui contre la société Transrail-SA. Ils soupçonnent en effet certains responsables de ladite société particulièrement le Directeur administratif et financier, Djibril Naman Kéïta, de vouloir mettre fin au contrat de Gérance Libre qui court cependant jusqu’en 2013 selon les termes de l’avenant signé par l’ancien directeur général de la régie des chemins de fer du Mali, Sympara aujourd’hui conseiller technique au ministère de l’Equipement et des Transports.

Mais ce qui les irrite le plus c’est le fait de vouloir priver 93 chefs de familles de leur source de revenu au profit du grand musicien, artiste de renom mondialement connu : Salif Kéïta. Ce sont entre autres raisons pour lesquelles les anciens cheminots qui gèrent le Buffet Hôtel de la Gare de Bamako et l’Hôtel du rail de Kayes ont sonné la révolte de Kayes à Bamako. Le gérant de l’Hôtel du Rail de Kayes, Cheick Camara, qui a tout donné à son hôtel ne sait même plus à quel saint se vouer. Présentement à Bamako depuis plus d’une dizaine de jours, il ne cesse de multiplier les contacts. Quant aux travailleurs du Buffet Hôtel de la Gare de Bamako, ils attendent avec inquiétude le sort qui les attend désormais.

Comment peut-il en être autrement d’ailleurs si on sait qu’en son temps, chacun des compressés avait contribué à hauteur de 750 000 F Cfa pour pouvoir créer la Société Restaurant Wagon-lit SARL, leur seul espoir pour survivre.

Mais au niveau de Transrail-SA, c’est un tout autre son de cloche qui résonne. Selon Djibril Naman Kéïta, la vérité est que certaines dispositions du contrat de Gérance Libre n’ont pas été respectées par la Société Restaurant Wagon-lits SARL. Il s’agit entre autres de l’article 11 qui stipule «en rémunération du contrat de gérance, le locataire gérant s’engage à payer au propriétaire une redevance annuelle sur les hôtels, forfaitaire de 44 043 271 F Cfa…». Le Buffet de la Gare et l’Hôtel du Rail de Kayes n’ont jamais rien versé de 2003 à nos jours. Ils doivent aujourd’hui 308 millions de F Cfa à Transrail. «C’est à cause de ces impayés qu’on veut les faire sortir», dira Djibril Naman Kéïta.

Dans l’article 4 du contrat de Gérance Libre, fera savoir le Directeur administratif et financier de Transrail, il est clairement mentionné que «le locataire doit entretenir, améliorer et maintenir constamment en bon état de fonctionnement les équipements installations, mobilier et matériel d’exploitation». Le même article dans son alinéa 3 ajoute que «le locataire doit procéder aux réparations d’usure courante et son remplacement par des équipements et installations, mobilier et matériel d’exploitation hors d’usage, conformément aux exigences du maintien du niveau des hôtels». Or, force est de constater que l’état actuel des deux hôtels n’est guère reluisant. Si l’Hôtel du Rail de Kayes marche tant bien que mal, le Buffet Hôtel de la gare est aujourd’hui en déclin. La situation ne fait que se dégrader à cause du bordel qui y règne.

Toutes choses qui feront dire à Djibril Naman Kéïta que sa personne est accusée à tord «parce qu’aujourd’hui je suis le premier responsable malien de cette société». Parlant de l’avenant qui prolonge le contrat de Gérance Libre jusqu’en 2013, il dira que l’ancien Directeur général Sympara a établi un faux. «L’avenant n’existe aucune part dans les archives de la RCFM. C ’est du faux» rétorqua Djibril Naman Kéïta. 

Transrail-SA signe un protocole d’accord avec Salif Kéïta

Le musicien Salif Kéïta qui a commencé sa carrière musicale au Buffet de la gare de Bamako avec «le Rail Band» ne peut rester indifférent à sa situation actuelle. Son ambition aujourd’hui est de mettre sa notoriété à l’appui d’un projet, qui dans la perspective du cinquantième anniversaire de l’Indépendance du Mali, tendrait à redonner l’ensemble constitué par la gare  et le Buffet de la gare son éclat architectural original ainsi qu’à faire retrouver à ce lieu une vocation culturelle, musicale d’abord sans exclure d’autres formes d’expression artistique.

Le message fort qui a séduit la Direction de Transrail est «Salif Kéïta redevient cheminot». Raison pour laquelle en décembre 2009, Transrail et Salif Kéïta ont décidé d’entrer dans un accord de partenariat tendant à restaurer et remettre en valeur l’ensemble architectural formé par la gare de Bamako et le Buffet de la gare, mieux défini au plan d’implantation. Ils entendent refaire de ce lieu un espace de création et d’expressions culturelles. L’objectif des deux parties est d’inscrire cette initiative dans le cadre des festivités entourant la célébration du cinquantenaire de l’Indépendance du Mali. Il est aussi convenu qu’il sera nécessaire de retrouver et d’aménager des espaces extérieurs permettant d’accueillir dans de bonnes conditions d’écoute et de sécurité des événements artistiques susceptibles d’attirer deux mille personnes environ.

C’est dire donc qu’à travers ce protocole d’accord, Salif Kéïta sera responsable de la politique artistique du Buffet de la gare, où il se produira lui-même pour donner tout le crédit nécessaire à ce retour et à ce parrainage. Il choisira et produira les artistes, musiciens et groupes qui y donneront des concerts ou des récitals.

C’est ce projet qui constitue la pomme de discorde entre Transrail-SA et la Société Restaurant Wagon-lits SARL. «Est-ce qu’il faut laisser cet endroit pourrir où le donner à quelqu’un qui puisse lui donner son lustre d’antan ?», se demande Djibril Naman Kéïta.

Birama Fall

Source: LE REPUBLICAIN

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