Le continent africain regorge de minéraux et de métaux stratégiques – tels que le lithium, les terres rares, le cobalt et le tungstène – indispensables à la fabrication et au fonctionnement de nos appareils technologiques…

 

Ces matériaux sont également essentiels pour de nombreux secteurs, des véhicules électriques aux centres de données pour l’intelligence artificielle, en passant par les systèmes d’armement.

 

Les États-Unis et la Chine se livrent une concurrence féroce pour les minéraux stratégiques africains, vitaux pour les technologies vertes et la défense. Les États-Unis cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine en investissant davantage dans l’extraction et la transformation des minerais en Afrique, tandis que la Chine domine déjà les chaînes d’approvisionnement. Cette situation entraîne une augmentation des investissements étrangers américains, mais place également les nations africaines dans une position délicate, les incitant à rechercher de meilleurs accords, allant au-delà de la simple extraction de ressources, afin de stimuler leurs économies locales et de développer leurs capacités de transformation.

 

La Chine contrôle actuellement une grande partie de l’extraction, du traitement et des chaînes d’approvisionnement de ces minéraux, ce qui crée une vulnérabilité importante pour les États-Unis. Cependant, les États-Unis stimulent les investissements directs étrangers (IDE) et s’associent à des nations africaines (comme le Congo et la Zambie) pour développer des industries locales de batteries, transformer les minéraux et diversifier les chaînes d’approvisionnement afin de réduire leur dépendance à l’égard de la Chine.

 

Les investissements américains en Afrique ont récemment dépassé ceux de la Chine pour la première fois depuis des années, mais les nations africaines souhaitent éviter de nouvelles dépendances. Les États-Unis s’efforcent de contrer l’emprise de la Chine sur ces chaînes d’approvisionnement stratégiques.

 

Ils sont engagés dans une compétition géopolitique et économique majeure pour l’accès aux vastes ressources minérales critiques de l’Afrique, essentielles aux véhicules électriques, aux systèmes de défense et aux technologies de pointe. Si la Chine a historiquement dominé ce secteur, les États-Unis mettent activement en œuvre de nouvelles stratégies pour contrer son influence.

 

Il s’agit en substance d’une course stratégique aux matériaux cruciaux pour les technologies du futur, les États-Unis tentant de briser le quasi-monopole chinois, tandis que les nations africaines tirent parti de cette concurrence pour obtenir de meilleures conditions économiques et favoriser leur développement.

 

Les nations africaines sont généralement ouvertes aux investissements américains et chinois, mais souhaitent éviter d’être contraintes de « choisir leur camp » dans la rivalité géopolitique. Un consensus se dégage parmi les dirigeants et les analystes africains : ils estiment devoir utiliser cette concurrence comme levier pour négocier de meilleures conditions, encourager la transformation locale des matières premières et veiller à ce que les richesses minérales se traduisent par un développement économique généralisé et la création d’emplois.

 

Les pays africains ne se contentent plus de simples accords d’échange de matières premières contre de l’argent ; ils recherchent des partenariats pour la transformation locale, la fabrication, les coentreprises et les fonds de développement. Les dirigeants africains refusent d’être pris entre deux feux dans la rivalité entre les grandes puissances. Ils aspirent à des cadres plus solides, incluant une participation locale au capital et à la transformation des ressources, afin de générer richesse et développement, plutôt que de se limiter à l’exportation de matières premières brutes.

 

Il est important de noter que de nombreux Africains commencent à se plaindre du fait que les investissements chinois ne profitent pas suffisamment aux populations locales. Par ailleurs, l’implication massive de la Chine en Afrique, notamment dans l’extraction des ressources et les infrastructures, contribue de manière significative à la pollution, provoquant la déforestation, la contamination de l’eau et les émissions de carbone, ce qui entraîne une dégradation de l’environnement, des dommages aux écosystèmes et des problèmes de santé.

 

Bien que ces investissements stimulent également le développement économique, ils représentent un défi complexe pour les nations africaines. Les projets miniers, énergétiques et manufacturiers chinois manquent souvent de solides garanties environnementales, ce qui engendre des problèmes tels que des déversements de substances toxiques dans les mines en Zambie et la dégradation des terres en Afrique de l’Ouest. Cela souligne la nécessité de renforcer la réglementation et la responsabilité des entreprises chinoises et des gouvernements africains.

 

À titre de modèle contrasté, les États-Unis tentent de proposer une approche différente, axée sur le renforcement des capacités de transformation locales et le respect de normes environnementales et sociales plus strictes. Certains dirigeants et analystes africains estiment que cette approche est essentielle pour que les nations africaines tirent davantage profit de leurs propres ressources.

 

Cependant, des organisations de défense des droits humains et des organisations de la société civile ont exprimé de vives inquiétudes concernant l’accord ‘‘Minéraux pour la paix’’, négocié sous l’égide des États-Unis, craignant qu’il ne privilégie les intérêts commerciaux au détriment d’une paix véritable et des droits humains. Ces organisations s’inquiètent également du fait que les différents contrats ou accords profitent de manière disproportionnée aux entreprises et aux gouvernements étrangers, sans garantir une participation communautaire suffisante ni un développement local durable, une dynamique que certains qualifient de ‘‘pillage des ressources’’ ou de néocolonialisme.

 

En conclusion, les pays africains doivent faire preuve de fermeté pour défendre leurs intérêts nationaux lors des négociations avec des entités étrangères et ne doivent pas s’attendre à des faveurs. L’Afrique doit se préparer à ces négociations et définir clairement les résultats qu’elle souhaite obtenir. Les dirigeants africains devraient également encourager la concurrence venant d’autres pays comme le Brésil, l’Inde et le Japon, qui manifestent un intérêt croissant pour le continent.

 

À une époque de concurrence géopolitique féroce dans un monde de plus en plus instable, l’Afrique doit renouer avec l’Europe de manière résolue en élaborant de nouvelles politiques et en adoptant de nouvelles approches de coopération qui favorisent des relations solides fondées sur des valeurs partagées et la prospérité, et surtout sur la stabilité à long terme.

 

L’Afrique devrait en fait préparer un nouveau pacte avec l’Europe qui concilie les intérêts économiques et sécuritaires, et visant une alliance plus égalitaire et mutuellement bénéfique.

Cheick Boucadry Traoré

Mali Tribune

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