
Plusieurs enquêtes de médias américains montrent que l’administration Trump avait été alertée des risques que ferait peser une guerre en Iran, notamment sur le plan économique. Des réserves écartées car considérées comme secondaires, alors que les proches de Donald Trump plaidaient de plus en plus et avec insistance pour mener des frappes…
Décembre 2025: Benyamin Netanyahu s’entretient avec Donald Trump sur l’Iran. Rien n’est encore officiel mais le gouvernement du Premier ministre israélien prévoit déjà d’attaquer l’Iran tôt ou tard. Il demande donc au président américain une confirmation de son soutien pour frapper conjointement le régime iranien, comme l’ont fait savoir des sources diverses au New York Times.
Peu de temps après, début janvier, des manifestations de grande ampleur éclatent en Iran puis sont réprimées dans le sang. À ce moment-là, ni Israël ni les États-Unis ne sont prêts à passer à l’offensive. Mais dès lors, les réunions s’enchaînent et Trump commence à parler pour la première fois publiquement de frappes sur l’Iran. Selon des sources consultées par CNN, des réserves sont émises quant aux risques inhérents à une telle opération, mais elles seront vite balayées par le camp favorable à la guerre au sein de l’administration Trump.
Un blocage du détroit d’Ormuz jugé improbable
Au cours des réunions organisées afin de planifier une opération contre Téhéran, des responsables clés des départements de l’Énergie et du Trésor sont présents. Leurs analyses et prévisions sont toutefois considérées comme secondaires. La possibilité d’un blocage du détroit d’Ormuz est discutée, mais jugée improbable, selon plusieurs sources. Les responsables américains estiment que cela nuirait davantage à l’Iran qu’aux États-Unis et notent que Téhéran n’a pas mis cette menace à exécution lors des frappes israélo-américaines de l’été 2025. D’où une sous-estimation du risque.
“Éviter un scénario, aussi impossible qu’il puisse paraître, est un principe fondamental de la politique de sécurité nationale américaine depuis des décennies”, déclare à CNN un ancien responsable américain ayant servi sous des administrations républicaines et démocrates qui se dit “sidéré”.
Des soutiens toujours plus nombreux à la guerre
L’avis des conseillers sceptiques était d’autant plus marginalisé qu’ils faisaient face à des soutiens de taille à une initiative guerrière. Outre Benyamin Netanyahu et plusieurs responsables israéliens, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a lui aussi plaidé pour des frappes lors de plusieurs appels téléphoniques avec Donald Trump, relève le Washington Post.
Lors des négociations entre les États-Unis et l’Iran, deux proches de Donald Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, ont également acquis la conviction que l’Iran continuait de “jouer un jeu dangereux” afin de continuer son projet d’enrichissement d’uranium, étape indispensable à la confection d’armes nucléaires. Pour le New York Times, il est désormais clair que le fait d’avoir laissé traîner ces négociations en longueur a en réalité permis de gagner du temps pour préparer une attaque sur l’Iran.
Face à cette situation, le cercle restreint du président se prononce de plus en plus en faveur de la guerre, y compris le vice-président J.D. Vance. Ce dernier est pourtant connu pour ses réticences envers les interventions américaines à l’étranger, héritées de son engagement en tant qu’ex-marine dans la guerre en Irak. Lors d’une réunion tenue le 18 février afin de planifier l’attaque, il explique que s’il y a une intervention militaire, il faut “frapper vite et fort”. Son avis s’impose alors face à celui du général Caine, qui mettait en garde contre un risque de déstabilisation de la région. Par la suite, tout scénario impliquant des frappes limitées est écarté.
Les dernières réticences balayées
Les critiques se taisent alors, sauf exception, comme celle de l’animateur de podcast d’extrême droite Tucker Carlson. Reçu à Washington à trois reprises en février, il prévient la Maison-Blanche qu’une attaque contre l’Iran ferait peser des risques autant pour les soldats américains que pour les prix de l’énergie. Selon le New York Times, le président aurait répondu qu’il comprenait les risques, mais qu’il n’avait d’autre choix que de soutenir des frappes lancées par Israël.
Peu avant le lancement du conflit, la CIA apprend que le guide suprême iranien Ali Khamenei sera dans sa résidence le samedi 28 février au matin, avec une possibilité de mener une frappe pour le tuer, lui ainsi que de hauts dignitaires du régime. La décision est alors prise: même si les services de renseignement américains affirment que le territoire américain a peu de risques d’être attaqué par l’Iran au cours de la prochaine décennie, cette opportunité d’éliminer Ali Khamenei ne peut pas être gâchée.
L’administration Trump et la crainte de perdre les élections de mi-mandat
Deux semaines plus tard, le risque d’enlisement du conflit est pourtant devenu bien réel. Ce qui était considéré comme le scénario du pire, à savoir un régime iranien qui refuse de céder et un blocage du détroit d’Ormuz, est devenu réalité. Selon l’agence Reuters, des responsables économiques, notamment du département du Trésor, mettent désormais en garde la Maison-Blanche contre le risque que représente un choc pétrolier pour le soutien des électeurs à la guerre en Iran.
L’enjeu est loin d’être anecdotique. En novembre prochain, les élections de mi-mandat décideront si les républicains garderont leur contrôle du Sénat et de la Chambre des représentants ou pas, ce qui aura un impact certain sur ce que Donald Trump pourra ou non faire durant la fin de son mandat.
Pour autant, des élus républicains, notamment plusieurs sénateurs favorables à la guerre, poussent pour continuer l’opération militaire en Iran. Il n’est donc pas certain que le président cherchera à arrêter le conflit. La Maison-Blanche semble néanmoins avoir suivi l’avis de ses conseillers économiques en suggérant que la guerre pourrait s’arrêter rapidement afin de calmer les marchés, du moins temporairement.
Source: https://www.7sur7.be/
