Six jours. C’est le temps qu’il faut aujourd’hui pour parcourir ce qui devrait être un simple trajet vers la première région administrative du Mali. Six jours d’asphyxie, de chaos et d’épreuves physiques sur un axe routier que la République semble avoir tout simplement rayé de ses cartes. Pour les usagers et les populations locales, circuler n’est plus un déplacement, c’est un calvaire quotidien, vécu dans un silence institutionnel assourdissant…


LE PARADOXE D’UN POUMON ÉCONOMIQUE ASPHYXIÉ


Quelle cruelle ironie, quelle injustice patente pour la région de Kayes ! Portes d’entrée stratégiques sur le Sénégal voisin et la façade maritime, terres regorgeant d’or, de diamants et de ressources minières vitales, ses territoires sont pourtant condamnés à l’enclavement.


Comment expliquer qu’un poumon financier du pays paie un tribut aussi lourd pour le simple droit à la mobilité ?

Comment tolérer que pour rejoindre ses proches ou acheminer des marchandises, des citoyens doivent subir près d’une semaine de traversée du désert routier ?

Kayes ne réclame ni charité ni privilège. Elle exige sa part légitime de développement, de justice et de dignité.
Plus qu’une dégradation, un frein au développement national.

Ces infrastructures en ruine ne représentent pas de simples nids-de-poule ou du bitume dégradé. Elles étranglent l’économie locale en ralentissant le fret et le commerce transfrontalier. Elles isolent des communautés entières, coupant l’accès rapide aux soins d’urgence et aux marchés.

Elles mettent quotidiennement des vies humaines en péril sur des axes devenus hautement accidentogènes. Une région contributrice majeure à la richesse nationale ne devrait jamais avoir à supplier pour obtenir des routes praticables.


Si la responsabilité de l’État reste première et incontournable, le devoir d’interpellation incombe aussi à la communauté kaysienne elle-même.

L’heure est à la structuration du plaidoyer, mobiliser le capital d’influence pour peser sur les décisions budgétaires et les priorités nationales. Exiger des engagements précis et des calendriers de travaux transparents. Instaurer un suivi citoyen rigoureux pour veiller à la concrétisation des infrastructures annoncées.

L’URGENCE DU CONCRET


Kayes mérite des axes routiers à la hauteur de son histoire, de son potentiel économique et de la valeur de sa population. Le temps des déclarations d’intention et des promesses sans lendemain est révolu.


Combien de jours de calvaire, combien de vies brisées faudra-t-il encore ajouter au compteur avant que Kayes ne retrouve enfin le chemin de la dignité et du développement ?

Par Abdourahmane Doucouré

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