Des négociateurs américains sont attendus à Islamabad, où les discussions avec la délégation iranienne devraient reprendre demain. Cette réunion diplomatique intervient alors que le cessez-le-feu de deux semaines doit prendre fin mercredi. Mais Téhéran craint que la volonté de négocier affichée par Washington ne soit qu’une simple manœuvre de diversion destinée à couvrir une attaque surprise et une escalade du conflit…

Selon David Criekemans, professeur de politique internationale à l’Université d’Anvers (UAntwerpen), la situation est critique: “Trump s’est enfermé dans une position où il ne lui reste que des mauvais choix.”

En maintenant le blocage du détroit d’Ormuz, l’Iran pousse l’économie mondiale vers une crise majeure. Téhéran accuse les Américains d’avoir violé le cessez-le-feu en bloquant à leur tour les ports iraniens et en ouvrant le feu, dimanche, sur un cargo iranien avant d’en prendre le contrôle. Malgré la trêve, les tensions entre Washington et Téhéran n’ont cessé de croître ces dernières semaines. Ce climat pèsera lourdement sur l’ambiance à la table des négociations, dans la capitale pakistanaise.

Le vice-président JD Vance, accompagné des envoyés spéciaux de Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, est attendu à Islamabad, où les discussions avec la délégation iranienne devraient reprendre demain. Le scepticisme est à son comble côté iranien. Selon Barak Ravid, correspondant israélien du site d’information américain Axios, Téhéran redoute que les discussions à Islamabad ne servent que de façade pour masquer une escalade militaire imminente de la part des États-Unis.

L’Iran craindrait une attaque surprise des États-Unis. Lesnégociations ne sont-elles qu’unemanœuvre de diversion américaine?
David Criekemans: “Si j’étais à la place de l’Iran, je tiendrais compte de cette possibilité. Les Américains ont profité de la pause dans les combats pour reconstituer leurs stocks de munitions dans la région et ont dépêché un troisième porte-avions, l’USS George H.W. Bush, vers le Golfe.

Trump veut une porte de sortie pour cette guerre, et pour cela, il lui faut un accord qu’il puisse présenter comme une victoire. Téhéran est conscient que le temps joue en sa faveur. Les élections de mi-mandat approchent en novembre, alors que le soutien des électeurs américains à la politique de Trump s’effrite, avec 37 % d’opinions favorables, soit son score le plus bas depuis le début de son second mandat.

Même le mouvement MAGA se déchire sur la question de la guerre. De fait, l’Iran se retrouve en position de force pour négocier. C’est tout le paradoxe: Trump pense avoir gagné et exige une reddition rapide de l’Iran, mais la liste des revendications de Téhéran ne cesse de s’allonger. Téhéran estime également avoir ‘gagné’, puisque le régime tient bon. Parvenir à un accord avec l’Iran sera, de toute façon, tout sauf simple.”

Une prolongation du cessez-le-feu est-elle envisageable?

“La situation peut basculer d’un côté comme de l’autre. Trump s’impatiente, et le fait que JD Vance se déplace en personne à Islamabad pourrait indiquer qu’une prolongation est possible. Encore faut-il que Trump ne torpille pas tout lui-même avec ses tweets irréfléchis. Il est vrai que le blocus américain des ports iraniens et l’attaque du cargo constituaient des violations de la trêve, mais l’Iran a également attaqué des navires durant cette période. Les deux parties ont des torts partagés.

Le dossier nucléaire reste par ailleurs une pierre d’achoppement majeure pour toute extension du cessez-le-feu. L’accord conclu par Obama en 2015 avait nécessité des années de négociations. Imaginer que tout puisse être réglé aujourd’hui en seulement quelques réunions me semble totalement irréaliste.”

Les deux parties bloquent le détroit d’Ormuz et exigentque l’autre lève son blocus. Sont-elles prêtes à le faire?
“Trump a instauré son propre blocus pour tenter de briser celui de l’Iran, dans l’espoir que les deux soient levés lors du cycle de négociations. L’idée est la suivante: ‘Nous levons notre blocus si vous levez le vôtre’. Mais cela reviendrait pour l’Iran à abandonner un levier stratégique exceptionnel. Téhéran ne le fera que s’il obtient quelque chose d’incroyable en échange, comme la levée des sanctions économiques par les États-Unis.”

Israël avertit les ÉtatsUnis que l’Iran a reconstitué ses capacitésmilitaires au cours des deux dernières semaines.Israël pousse-t-il les États-Unis à poursuivre la guerre?

“Israël souhaite poursuivre sa politique de pression maximale et occuper au Liban une zone qui ferait la jonction avec le plateau du Golan en Syrie. Ces territoires pourraient, à terme, être intégrés dans un ‘Grand Israël’. L’Iran, de son côté, exige désormais l’instauration d’un cessez-le-feu durable au Liban avant de conclure le moindre accord avec les États-Unis. Sur ce point également, Trump se retrouve dans une impasse: il n’a aucune marge de manœuvre, à moins de restreindre l’aide militaire américaine à Israël, ce qui ne risque pas d’arriver de sitôt. Je pense que cette situation pourrait déclencher une nouvelle spirale de violence.”

Les États-Unis ont-ils encore un moyen de pression, parexemple en s’emparant de l’île stratégique de Kharg?

“Trump a déclaré que lors d’une telle opération, les militaires américains seraient des cibles faciles et il a raison. S’il veut s’emparer de quelque chose, je lui conseillerais plutôt les îles de Larak et d’Ormuz, par lesquelles les navires doivent impérativement passer pour emprunter la route iranienne. 

Mais là encore, le risque de pertes humaines américaines est bien réel. Le Congrès américain dirait alors: ‘Nous devons aller jusqu’au bout, sinon ces soldats seront morts pour rien’. On se retrouverait alors dans une ‘vietnamisation’ du conflit, et les États-Unis ne pourraient plus s’en sortir. Les options sont donc limitées.

On en revient systématiquement au même point: les États-Unis doivent faire pression sur Israël pour clore le dossier libanais afin de rendre un accord avec l’Iran possible. Cela me semble être la seule issue. Le cessez-le-feu peut être prolongé de 14 jours, mais après cela, ils seront de nouveau confrontés à cette même impasse.”

Même s’il a affirmé hier avoir « tout le temps du monde », Trumpsait qu’il perd le soutien de ses électeurs si la guerre s’enlise.Est-ce que cela le rend plus conciliantou, au contraire, plus obstiné?

“Il devrait se montrer plus conciliant pour limiter les dégâts économiques aux États-Unis, qui se feront sentir au moins jusqu’aux élections de mi-mandat en novembre. Mais s’il fait des concessions, il ne pourra plus se proclamer vainqueur. Il s’est enfermé dans une position où il ne lui reste plus que des mauvais choix.”

Source : 7sur7.be

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