Le Rapport annuel sur la situation de l’inclusion financière dans l’UEMOA au titre de 2025 révèle une évolution contrastée au Mali. Alors que les infrastructures physiques de distribution des services financiers enregistrent un net recul, les indicateurs d’utilisation progressent…

L’inclusion financière au Mali avance à deux vitesses en 2025. D’un côté, le réseau physique de distribution des services financiers se contracte fortement, à la suite de la fermeture de points de service jugés peu performants ou inactifs. De l’autre, l’utilisation des services financiers progresse. Ce contraste ressort du Rapport annuel sur la situation de l’inclusion financière dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) au titre de 2025, publié par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).

Les indicateurs d’accès montrent l’ampleur de cette contraction. Le taux global de pénétration démographique des services financiers (TGPSFd), qui mesure le nombre de points de service pour 10 000 adultes, est passé de 238 en 2024 à 137 en 2025, soit 101 points de service de moins. Le Mali se situe ainsi nettement en dessous de la moyenne de l’Union, établie à 224 points de service pour 10 000 adultes, contre 193 un an plus tôt.

La couverture géographique suit la même tendance. Le taux global de pénétration géographique des services financiers (TGPSFg), qui rapporte le nombre de points de service à une superficie de 1 000 km², est ressorti à 142 en 2025, contre 238 un an auparavant. À l’échelle de l’Union, cet indicateur atteint 563 points de service pour 1 000 km², contre 470 en 2024.

Selon la BCEAO, ce recul s’explique par la fermeture de points de service peu performants au Mali et au Sénégal, seuls pays de l’Union où le taux de pénétration démographique baisse. Pour l’ensemble de l’Union, la hausse des deux indicateurs est attribuée à l’extension des réseaux de distribution, notamment ceux des nouveaux émetteurs de monnaie électronique.

L’indice synthétique d’inclusion financière (IIF) recule lui aussi, passant de 0,491 en 2024 à 0,466 en 2025, sur une échelle de 0 à 1. Le Mali se situe ainsi à un niveau moyen d’inclusion financière, selon la classification de Sarma utilisée par la BCEAO. Dans l’ensemble de l’UEMOA, l’indice progresse de 0,600 à 0,616, un niveau jugé élevé.

Une utilisation des services en progression

La contraction du réseau physique ne s’accompagne pas pour autant d’un recul de l’utilisation. Le taux global d’utilisation des services financiers (TGUSF), également appelé taux d’inclusion financière, qui ajoute les comptes de monnaie électronique aux comptes bancaires et de microfinance, est passé de 58,6 % en 2024 à 61,9 % en 2025, soit un gain de 3,3 points de pourcentage. Les autres indicateurs de bancarisation sont également en hausse.

Le taux de bancarisation strict (TBS), qui mesure la part des adultes détenant un compte auprès des banques, des services postaux, des caisses nationales d’épargne et du Trésor, est passé de 15,6 % à 16,8 %, soit une hausse de 1,2 point. Le taux de bancarisation élargi (TBE), qui intègre aussi les comptes ouverts auprès des institutions de microfinance, a atteint 30,5 %, contre 28,3 % en 2024, soit une progression de 2,2 points. À titre de comparaison, le TGUSF, le TBS et le TBE s’établissent respectivement à 76,1 %, 26,9 % et 50,6 % pour l’ensemble de l’Union.

Le rapport relève également, pour le Mali, la promotion de l’assurance agricole et de l’entrepreneuriat des populations à faible revenu. Lors de la campagne agricole 2024, le Mécanisme de refinancement des systèmes financiers décentralisés (MEREF-SFD), avec l’appui du projet Inclusif et de Pula Advisors, a permis d’assurer 4 392 petits producteurs à travers sept institutions de microfinance partenaires dans les régions de Ségou, Sikasso et Koulikoro. À la suite des inondations survenues dans la région de Ségou, 865 producteurs sinistrés ont été indemnisés pour un montant total de 4 910 088 FCFA.

Le renforcement des capacités des acteurs de la microfinance a aussi marqué l’année. Du 26 au 28 août 2025, le projet Inclusif a organisé un séminaire de formation pour 53 formateurs issus des institutions de microfinance, consacré au financement des chaînes de valeur agricoles. Selon le rapport, cette démarche a contribué à renforcer les capacités institutionnelles et à adapter les produits financiers aux besoins du secteur.

En septembre 2025, le même projet a formé 4 490 relais communautaires aux outils de gestion des activités génératrices de revenus (AGR), afin de favoriser l’autonomisation économique des ménages et de diffuser les bonnes pratiques de gestion au sein des communautés.

Le financement des MPME soutenu par la garantie

L’accompagnement de l’entrepreneuriat constitue un autre axe des interventions recensées au Mali. Le Projet de promotion de l’accès au financement, de l’entrepreneuriat et de l’emploi (PAFEEM) a réalisé, avec la Banque mondiale, une étude sur l’écosystème des technologies financières (fintech) et le cadre réglementaire de la finance numérique. L’objectif est de proposer un encadrement adapté aux solutions innovantes et de renforcer la confiance des acteurs du secteur.

Sur le plan opérationnel, le mécanisme de garantie partielle de portefeuille du PAFEEM a facilité l’accès au financement de 8 654 micro, petites et moyennes entreprises (MPME) en 2025, dont 34 % dirigées par des femmes. Le projet a également accompagné 23 600 bénéficiaires dans les régions du centre, à travers des formations, du mentorat entrepreneurial, la structuration en groupements économiques et le renforcement des capacités en leadership et en gouvernance locale.


A. Ouattara

Source : Malijet.com

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