La monnaie, qu’elle soit nationale ou commune, n’est pas une condition indispensable à la croissance et au développement. Il existe plusieurs pays n’ayant pas de monnaie propre, donc pas de banque centrale en tant que telle, et par conséquent, pas de politique monétaire au sens réel du terme…

Ce phénomène, couramment appelé dollarisation, est une réalité depuis plus de deux décennies.

Cependant, l’absence de monnaie nationale ou commune n’a jamais empêché ces États de se développer. Les principaux pays n’ayant pas de monnaie propre sont : le Panama, le Salvador, l’Équateur, le Timor-Leste, la Micronésie, les Îles Marshall, les Palaos et plusieurs micro-États en Europe.

Les micro-États européens ne suscitent pas d’interrogation particulière, mais le cas des pays qui utilisent le dollar est tout de même assez remarquable, eu égard à leur poids économique et même démographique.

L’Équateur a une population qui dépasse les 18 millions d’habitants, avec un PIB nominal de plus de 130 milliards de dollars en 2025. S’agissant du Salvador, son PIB s’élève à 36,71 milliards de dollars, pour une population estimée à 6,37 millions d’habitants. Le troisième exemple frappant est celui du Panama, avec 90 milliards de dollars de PIB et une population de 4,57 millions d’habitants.

Le cas de l’Équateur est assez significatif dans la mesure où, s’il était un pays africain, il se classerait au 7è rang sur les 54 États, et au 5è rang en termes de PIB par tête, avec un montant de 7 125 dollars américains par personne et par an.

Ces chiffres démontrent à suffisance que la question monétaire, bien qu’importante, n’est pas une condition indispensable pour emprunter le chemin de la croissance et du développement.

Ce qui est important en matière monétaire et financière, c’est surtout et avant tout la rigueur avec laquelle les fonds, les déficits et les prix sont administrés.

De manière concrète, il faudrait maîtriser : le mouvement des prix, qui ne doit être ni trop fort ni trop faible, afin d’éviter à la fois l’inflation et la déflation ; le déficit public, qui doit être sous contrôle : les dépenses ne doivent pas être trop supérieures aux recettes, sinon on risque d’endetter lourdement l’avenir ; suffisamment produire et mieux vendre, pour faire rentrer des devises et pouvoir faire face aux besoins de change et d’importations. Le vrai débat se situe à ce niveau.

Pour revenir au sujet, il n’y a pas de raison que des pays disposant d’une monnaie unique et souveraine, ou d’une monnaie commune, ne réussissent pas, alors même que des pays n’ayant ni monnaie nationale unique ni monnaie commune s’en sortent mieux.


Dr Laya Amadou GUINDO/Maître de Conférences

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