
Au lendemain de la décision du gouvernement guinéen interdisant l’exploitation anarchique et illégale de l’or dans la région de Siguiri, des milliers d’exploitants miniers étrangers, majoritairement burkinabè, ont commencé à quitter le territoire national. Certains embarquent à bord de véhicules en direction de la frontière guinéo-malienne à Kourémalé, tandis que d’autres effectuent le trajet à pied. Sur leur parcours, de nombreux citoyens guinéens leur témoignent leur solidarité en leur offrant de l’eau, de la nourriture et parfois de l’argent, a constaté Guineematin.com à travers son envoyé spécial…

Le visage de Siguiri connaît un mouvement inhabituel depuis l’annonce des nouvelles mesures gouvernementales contre l’exploitation anarchique de l’or. Sur les principaux axes routiers menant à la frontière guinéo-malienne de Kourémalé, des groupes d’exploitants miniers étrangers sont visibles, bagages à la main, en route vers leurs pays d’origine.
Du centre-ville de Siguiri à Bourenfè, en passant par Soumbarakoba et Doko, le mouvement de départ prend de l’ampleur. Majoritairement constitués de ressortissants burkinabè, ces exploitants quittent les zones minières après l’arrêt des activités d’exploitation aurifère. Si certains ont réussi à trouver des véhicules pour rejoindre la frontière, d’autres parcourent de longues distances à pied, dans l’espoir de regagner leur pays.
Mais au-delà de cette vague de départs, une autre image retient l’attention : celle de la solidarité manifestée par des citoyens guinéens. Tout au long du trajet, des habitants s’arrêtent au bord de la route pour apporter assistance à ces voyageurs. Des sachets d’eau, de la nourriture et des sommes d’argent leur sont spontanément offertes.
Rencontré par les journalistes au cours de ce mouvement de départ, Abdoulaye Zongo, porte-parole des exploitants miniers burkinabè, explique les raisons de leur présence sur cet axe routier et les circonstances de leur retour.
Abdoulaye Zongo, porte-parole des exploitants miniers burkinabè
« On est là parce qu’on aurait appris que le président guinéen a arrêté l’exploitation minière en Guinée. On a décidé de quitter le pays parce qu’il n’y a plus de travail pour nous au pays, parce que le travail que nous effectuons a été arrêté. En tout cas, nous de notre côté pour le moment, il n’y a pas quelqu’un qui nous a arrêtés en cours de route avec des menaces ou quelque chose comme ça. On n’a pas été menacé, ni rien. Il y a certains citoyens guinéens qui sont vraiment gentils, qui nous ont donné de l’eau, de l’argent », a-t-il dit.
Le porte-parole se veut également rassurant sur les conditions de leur déplacement. Selon lui, les exploitants qui ont pris la route n’ont, pour le moment, rencontré aucune difficulté particulière avec les autorités guinéennes.
« Les autorités guinéennes, pour le moment, on n’a pas de problème avec elles. Nous marchons parce qu’on aurait appris qu’il y a des difficultés sur la route, mais lorsque nous avons commencé à marcher, nous n’avons pas trouvé de difficultés », a-t-il précisé.
Ces départs interviennent dans un contexte de durcissement de la position des autorités guinéennes contre l’exploitation anarchique et illégale de l’or. Dans un communiqué conjoint publié le 2 novembre 2026, cinq départements ministériels ont annoncé des mesures visant à mettre un terme définitif aux pratiques minières qui contribuent à la destruction des écosystèmes et menacent notamment le fleuve Niger et ses affluents.
Les missions d’inspection et d’évaluation conduites ces derniers mois dans la région administrative de Siguiri ont révélé une dégradation environnementale jugée alarmante. Selon le gouvernement, certains opérateurs artisanaux utilisent des engins lourds et des produits chimiques dangereux sans respecter les dispositions réglementaires en vigueur.
Parmi les principales conséquences relevées figurent la destruction des sols, des terres agricoles et du couvert végétal, la pollution et l’ensablement du fleuve Niger, du Tinkisso et de leurs affluents, ainsi que l’utilisation de dragues dans les cours d’eau.
Le gouvernement dénonce également le recours aux explosifs, au mercure, au cyanure et à d’autres substances chimiques présentant des risques pour l’environnement et la santé des populations.
En conséquence, l’exploitation minière est formellement interdite dans les lits et sur les berges des cours d’eau, les terres agricoles, les pâturages, les aires protégées, les forêts classées, ainsi qu’aux abords des agglomérations et des infrastructures publiques.
Pour garantir l’application effective de cette décision, les autorités ont annoncé le déploiement permanent des forces de défense et de sécurité dans la région administrative de Siguiri. Des unités de l’armée, de la gendarmerie nationale, de la police nationale, des douanes et du corps des conservateurs de la nature sont mobilisées pour assurer une surveillance de jour comme de nuit.
Des contrôles stricts sont également prévus sur les axes routiers et fluviaux ainsi qu’aux différents points d’entrée de la région, afin d’empêcher l’acheminement d’engins lourds, de dragues, d’explosifs et de produits chimiques destinés à l’exploitation illégale.
Cette décision gouvernementale est portée par cinq membres du gouvernement : Ibrahima Kalil Condé, ministre délégué auprès du président de la République, chargé de la Défense nationale ; Djénabou Touré, ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation ; le général Ahmed Mohamed Oury Diallo, ministre de la Sécurité et de la Protection civile ; Fassou Théa, ministre de l’Environnement et du Développement durable ; et Bouna Sylla, ministre des Mines et de la Géologie.
Des administrateurs territoriaux limogés
Dans une décision publiée dans la matinée de ce mercredi, 4 novembre 2026, le ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation a annoncé le limogeage de 479 présidents de districts et de quartiers de la région administrative de Siguiri. Les personnes concernées par cette sanction sont toutes soupçonnées d’avoir « favorisé la pratique de l’orpaillage illégal clandestin, de l’exploitation artisanale et semi artisanale de l’or, la dégradation de l’environnement, la destruction des terres cultivables, des eaux, des ressources halieutiques, de la faune et de la flore dans la région administrative de Siguiri et pour avoir hébergé et employé des étrangers en situation irrégulière ».
Cette décision a été précédée par un décret du président de la République portant radiation de 22 administrateurs territoriaux, civils et militaires, relevant de la région administrative de Siguiri. Il s’agit de préfets et sous-préfets, tous soupçonnés pour les mêmes faits .
De retour de Kourémalé, Kaïn Naboun Traoré envoyé spécial
Source : Guineematin.com
